Qui a tué Patrice Lumumba, et pourquoi? – Chronologie commentée

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Les circonstances de l’assassinat de Patrice Lumumba sont restées inconnues du grand public pendant des décennies. Les seules informations avérées dans un premier temps furent celles portant sur le rôle que Mobutu Sese Seko (alors chef d’état-major adjoint, en lien avec la CIA et le renseignement belge) et ses proches avaient joué dans la capture de Lumumba et de ses associés. Ce n’est qu’après près de deux décennies que les détails du crime ont commencé à être connus. Une enquête et des documents déclassifiés ont notamment, en effet, mis la lumière sur le plus grand crime du 20e siècle, de par ses conséquences sur le destin du Congo et de l’Afrique. Il a alors été établi que le meurtre de Patrice Lumumba a été ordonné, contrôlé et exécuté par les gouvernements américain et belge ; et facilité par des opposants congolais à leur solde. Sa mort n’était rien d’autre qu’un déni de la souveraineté politique et économique du Congo.


I. Qui a tué Patrice Lumumba?

Pour Patrice Lumumba, les États-Unis et la Belgique ont utilisé tous les outils et ressources à leur disposition, y compris le secrétariat général des Nations Unies, sous Dag Hammarskjöld et Ralph Bunche, les rivaux congolais de Lumumba et des mercenaires tueurs. En effet, peu de temps après avoir pris ses fonctions de Premier ministre, la CIA, avec l’approbation de la Maison Blanche, a ordonné son assassinat et envoyé un agent infiltré pour l’empoisonner. Les empoisonneurs potentiels ne pouvaient pas s’approcher suffisamment de Lumumba pour faire le travail, alors les États-Unis et la Belgique ont secrètement acheminé de l’argent et de l’aide aux politiciens rivaux qui ont pris le pouvoir et arrêté le Premier ministre, qui a alors été livré aux mercenaires étrangers, belges entre autres.

“La mort de Lumumba fut un véritable scénario de sorcellerie organisée qu’il ne serait pas facile et agréable de raconter”, dit Jean Omasombo Tshonda, dans son livre Lumumba, drame sans fin et deuil inachevé de la colonisation (2004). Ouvert dans son premier chapitre sur un titre révélateur «Comme chez les sorciers ! », ce livre est terrible et émouvant. L’auteur y résume brillamment les choses : «L’assassinat de Patrice Lumumba présente l’image d’une partie de chasse, en trois phases. Dans l’une, Lumumba échappe à la capture. Dans l’autre, les chasseurs redoublent d’astuces plus subtiles afin de traquer Lumumba, mais ils échouent de nouveau. Enfin, dans la troisième phase, c’est la coalition de plusieurs chasseurs qui vient à bout de la résistance». Pour comprendre ces trois temps, une chronologie des faits importants est nécessaire.

A. Lumumba ou le Congo qu’on ne veut pas voir émergé

Le 13 janvier 1959, le roi Baudouin se prononce pour l’indépendance du Congo, «sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée». Fin octobre et début novembre de la mème année, des rassemblements de masse anti-coloniaux débouchent sur des confrontations sanglantes avec les forces armées. Patrice Lumumba, dirigeant du Mouvement national congolais (MNC), est emprisonné.

Le 27 janvier débute la Table ronde à Bruxelles. Le gouvernement belge “cède” au mouvement anticolonial : l’indépendance sera octroyée au Congo le 30 juin. Lumumba, qui était en prison, est libéré et transféré à Bruxelles.

Du 11 au 25 mai 1959 ont lieu des élections au Congo. Le MNC de Lumumba les remporte et forme le gouvernement.

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Entre le 23-24 juin 1959, la Chambre et le Sénat congolais votent la confiance au gouvernement Lumumba. Kasavubu est élu président.

Le 30 juin 1960 a lieu la Proclamation de l’indépendance du Congo.

Le 4 juillet, la mutinerie de Thysville éclate ; le 5 juillet le commandant en chef de la Force Publique adresse au premier ministre Patrice Lumumba une lettre insultante ; le 7 juillet, les soldats du camp Léopold se débandent et la panique gagne la population européenne. Cependant, rien n’est perdu. Le premier ministre Patrice Lumumba peut faire appel aux troupes belges. Il s’en abstient. Son souci est de faire équipe avec le Président de la République. Ensemble tous deux vont voler de ville en ville pour rassurer et rétablir la paix. C’est ainsi que entre le 6-8 juillet 1960, le gouvernement congolais africanise l’armée. Mobutu (qui avait fait partie du MNC de Lumumba et qui est alors son proche), est nommé colonel et chef d’état-major.

Le 10 juillet 1960 a lieu une intervention de troupes belges à Élisabethville (Katanga). Cela est fait en violation des lois de la République du Congo. C’est une violation de la souveraineté du Congo. Bien plus, alors que se réduisent les mutineries, que des hommes comme Mobutu et Bomboko font face aux mutins et progressivement rétablissent l’ordre, alors qu’un accord intervient à Luluabourg et que Stanleyville (fief du MNC de Patrice Lumumba) et Bukavu sont totalement calme, et alors que même l’ambassade de Belgique négocie avec le gouvernement congolais, toutes les chances de redressement sont brutalement compromises par l’attaque que la Belgique organisa ce même 10 juillet contre Matadi où il n’y avait plus d’europééens à évacuer. Cette attaque aura les répercussions les plus graves car elle est contraire à la politique proclamée laquelle ne justifie l’intervention milititaire que pour la protection des personnes.

Le 11 juillet 1960 Moïse Tshombe proclame la sécession du Katanga. La Belgique qui y a déjà envoyé ses troupes la veille, avait préparé ce coup avant même la proclamation de l’indépendance du Congo. En fait, dans le même temps où elle organise le Katanga, la Belgique désorganise le reste du pays, sauf le Kasaï minier qui fait également sécession, et où elle envoie aussi ses troupes (Luluabourg, actuelle Kananga). A Brazzaville est installée une antenne belge qui intensifie la propagande contre le gouvernement Lumumba.

Le 12 juillet 1960, le président Kasavubu et le Premier ministre Lumumba appellent les Nations unies à agir «contre l’actuelle agression extérieure», selon les mots de Patrice Lumumba. Le 14 juillet 1960, le Conseil de sécurité de l’ONU décide d’intervenir au Congo et appelle le gouvernement belge à «retirer ses troupes du territoire de la République du Congo». A peine 48 heures après cette décision, les premiers casques bleus arrivent au Congo.

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Le 22 juillet 1960, le Conseil de sécurité appelle Bruxelles à exécuter «rapidement» la résolution du 14 juillet 1960. Ainsi le 23 juillet 1960 a lieu le départ des derniers soldats belges de Léopoldville. Des contingents de troupes de l’ONU s’établissent partout dans le Congo, à l’exception du Katanga, où des troupes belges maintiennent Moïse Tshombe en selle.

Le 1er août 1960, le président américain Eisenhower préside une réunion du Conseil de sécurité nationale à la Maison Blanche d’été à Newport (Rhode Island). Le principal sujet de discussion était le Congo. Les chefs d’état-major s’inquiétaient de la possibilité que les bases belges au Congo tombent aux mains des Soviétiques. Le conseil a décidé que les États-Unis devaient être prêts “à tout moment à prendre des mesures militaires appropriées pour empêcher ou vaincre l’intervention militaire soviétique au Congo”.

Le 5 août 1960, suite aux protestations véhémentes de Tshombe, le secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjöld renonce au départ, annoncé publiquement, des casques bleus pour le Katanga. Le 8-9 août, le Conseil de sécurité demande que Bruxelles retire «immédiatement» ses troupes du Katanga.

Le 12-13 août 1960, Hammarskjöld négocie avec Tshombe à Élisabethville. Des troupes de l’ONU entreront au Katanga, mais le régime de Tshombe reçoit des garanties que l’on ne touchera pas à la sécession. L’ONU que Lumumba avait invitée, avait pourtant pour mission de contrer l’invasion et la déstabilisation organisée du pays par la Belgique et pour aider à mettre fin à la sécession de la riche province du Katanga, sécession créée, entretenue et soutenue essentiellement par la même Belgique en intelligence avec d’autres puissances (Grande Bretagne, France, etc.). En se rangeant derrière les séparatistes et en refusant d’engager toute mesure significative pour arrêter la balkanisation du pays ou encore l’énorme persécution de Lumumba, l’ONU trahit le gouvernement congolais.

Le 14-15 août a lieu la rupture entre Hammarskjöld et Lumumba. Lumumba menaça d’expulser la ‘force de maintien de paix’ des Nations Unies. La stratégie américaine consistant à utiliser les Nations Unies pour contenir Lumumba est donc en difficulté. Depuis Léopoldville, le chef de Station de la CIA, Lawrence Devlin, lance alors la charge : ”L’ambassade et la station pensent que le Congo connaît un effort communiste classique pour prendre le pouvoir. De nombreuses forces sont à l’œuvre ici : Soviets… Parti communiste, etc. Bien qu’il soit difficile de déterminer les principaux facteurs d’influence pour prédire l’issue de la lutte pour le pouvoir, la période décisive n’est pas loin. Que Lumumba soit ou non réellement communiste ou qu’il joue simplement au jeu communiste pour aider son pouvoir à se solidifier, les forces anti-occidentales augmentent rapidement le pouvoir du Congo et il peut rester peu de temps pour agir afin d’éviter un autre Cuba”. Pour contrer cette menace, Devlin a proposé une opération visant à «remplacer Lumumba par un groupe pro-occidental». Bronson Tweedy, chef de la division Afrique des services clandestins de la CIA, a répondu qu’il cherchait l’approbation du Département d’État.

Le même jour, la CIA et des responsables du département d’État ont soulevé la question du Congo avec le président Eisenhower lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale. Selon le procès-verbal de la réunion, Dillon a déclaré qu’il était essentiel d’empêcher Lumumba de forcer le contingent des Nations Unies à quitter le Congo : ”L’élimination de l’ONU serait un désastre, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour prévenir. Si l’ONU était expulsée, nous pourrions être confrontés à une situation où les Soviétiques interviendraient à l’invitation du Congo”, déclara le secrétaire Dillon. La réaction d’Eisenhower, comme le précise le procès-verbal, a été énergique : “Le président a déclaré que la possibilité que l’ONU soit expulsée était tout simplement inconcevable. Nous devrions garder l’ONU au Congo même si nous devions demander des troupes européennes pour le faire. Nous devrions le faire même si une telle action était utilisée par les Soviétiques comme base pour déclencher un combat”.

Dillon a commenté que c’était ainsi que le département d’État le voyait, mais que Hammarskjold et Henry Cabot Lodge, l’ambassadeur américain aux Nations Unies, doutaient que l’organisme mondial puisse maintenir sa force au Congo si le Congo s’opposait avec détermination à sa présence. “En réponse, le président a déclaré que M. Lodge avait tort dans cette mesure – nous parlions d’un homme nous forçant à quitter le Congo ; de Lumumba soutenu par les Soviétiques. Rien n’indiquait, a déclaré le président, que les Congolais ne souhaitaient pas le soutien de l’ONU et le maintien de l’ordre. Le secrétaire Dillon a réitéré que c’était le sentiment de l’État à ce sujet. La situation qui serait créée par un retrait de l’ONU était tout à fait trop horrible à envisager”, lit-t-on dans le procès verbal.

Parmi les personnes présentes à la réunion était un fonctionnaire de niveau intermédiaire, Robert H. Johnson, membre du personnel du Conseil de sécurité nationale, et en 1975, il a témoigné devant le comité Frank Church comme suit : ”À un certain moment au cours de cette discussion, le président Eisenhower a dit quelque chose – je ne me souviens plus de ses paroles – qui m’est apparu comme un ordre d’assassinat de Lumumba … Il n’y a pas eu de discussion ; la réunion a simplement continué. Je me souviens assez clairement de ce que j’ai ressenti à ce moment-là, car la déclaration du président a été un grand choc pour moi”. Johnson a ajouté que “en pensant à l’incident plus récemment”, il avait “eu des doutes” sur l’exactitude de son impression; il était possible que ce qu’il avait entendu était un ordre “d’action politique” contre Lumumba. Pourtant, après réflexion, a-t-il dit, il est revenu au sentiment que son impression initiale était correcte. Le procès-verbal de la réunion ne contenait aucun ordre d’assassinat de ce type, mais cela ne prouvait rien dans un sens ou dans l’autre, selon Johnson. Selon les procédures alors en vigueur, a-t-il expliqué, un ordre présidentiel d’une telle nature aurait été soit omis du procès-verbal, soit “traité par une sorte d’euphémisme”.

Le témoignage des autres participants à la réunion était moins dramatique. Marion Boggs, secrétaire exécutif par intérim du conseil, ne se souvenait pas d’avoir entendu le président dire quoi que ce soit qui ”pourrait être interprété comme favorisant une action des États-Unis pour provoquer l’assassinat de Lumumba”. Dillon a déclaré qu’il ne se souvenait pas d’un ”clair-ordre coupé” par Eisenhower pour l’assassinat de Lumumba, mais les circonstances elles-mêmes, a-t-il ajouté, étaient ambiguës : ”Cela aurait pu être – au vu de ce sentiment de tout le monde que Lumumba était (une) personne très difficile sinon impossible à traiter, et était dangereux pour la paix et la sécurité du monde – que le président s’est dit : ‘Nous devrons faire tout ce qui est nécessaire pour nous débarrasser de lui’. Je ne sais pas si j’aurais pris cela comme un ordre clair, comme M. Johnson l’a apparemment fait. Et je pense que d’autres personnes présentes l’ont peut-être interprété d’une autre manière”.

Par exemple, a-t-il dit, il serait «parfaitement plausible» de supposer que Dulles aurait pris un tel langage présidentiel comme une «autorisation implicite» pour procéder à un plan d’assassinat. ”(Dulles) a estimé très fermement que nous ne devrions pas impliquer directement le président dans des choses de cette nature”, a déclaré Dillon. “Et il était parfaitement disposé à assumer personnellement la responsabilité”.  En tout cas, la prochaine étape enregistrée était un câble envoyé à Devlin à Léopoldville le lendemain par Richard Bissell, directeur adjoint des plans de la CIA. Bissell, qui était en charge des opérations secrètes, a autorisé le chef de station à poursuivre son projet de remplacer Lumumba par un groupe pro-occidental. Devlin, deux jours plus tard, a rapporté des nouvelles décourageantes : les dirigeants anti-Lumumba avaient approché le président du Congo, Joseph Kasavubu, avec un ”plan pour assassiner Lumumba”, mais Kasavubu avait refusé, expliquant qu’il était réticent à recourir à la violence et qu’il n’y avait pas d’autre chef de “stature suffisante pour remplacer Lumumba”.

En effet, a témoigné Bissell, Allen Dulles recevait un message du président par l’intermédiaire de Gordon Gray, conseiller spécial du président américain pour la sécurité nationale. Le Directeur de la CIA (Allen Dulles) était sous pression pour produire des résultats. Le jour suivant, il a envoyé à Devlin un câble soulignant le point de vue “dans les hauts quartiers ici” que le “retrait de Lumumba doit être un objectif urgent et primordial”. Il a donné à Devlin encore ”une autorité plus large” pour remplacer Lumumba par un groupe pro-occidental, “incluant des actions encore plus agressives si elles peuvent rester secrètes” et autorisé des dépenses allant jusqu’à 100 000 dollars ”pour mener à bien tout programme d’urgence sur lequel vous n’avez pas la possibilité de consulter le siège”. Les implications de cette «autorité élargie» ont été expliquées par Bissell à Tweedy, le chef de sa division africaine. Tweedy a décrit leur conversation comme suit : “Ce que M. Bissell me disait, c’est qu’il y avait un accord, un accord politique, à Washington sur le fait que Lumumba devait être retiré de la position de contrôle et d’influence au Congo … et que parmi les possibilités de cette élimination était en effet un assassinat”.

Le 21-22 août ; le Conseil de sécurité se range derrière le secrétaire général de l’ONU, et donc contre le gouvernement congolais de Lumumba. Dans un documentaire de 2000 de la série télévisée “Political Murders”, sur la mort mystérieuse du secrétaire général de l’ONU à l’époque (Dag Hammarskjold), il était clairement repris que le comportement destructeur de l’ONU au Congo était imposé par le gouvernement britannique et massivement soutenu par les Américains. Les Britanniques ont empêché l’intervention de l’ONU de mettre fin rapidement à la crise au Congo.

Le 25 août 1960, Gordon Gray, a assisté à une réunion du groupe spécial, un sous-comité du Conseil de sécurité nationale responsable de la planification des opérations secrètes. Gray a écouté avec intérêt un représentant de la CIA, Thomas Parrott, décrire un plan pour travailler avec certains groupes de travail congolais et organiser un vote de défiance à Lumumba au Sénat congolais. Comme indiqué dans le procès-verbal de la réunion, Gray a déclaré que “ses associés avaient exprimé des sentiments extrêmement forts sur la nécessité d’une action très simple dans cette situation, et il se demandait si les plans tels qu’ils étaient décrits étaient suffisants pour y parvenir”. Mais une intrigue purement politique contre Lumumba n’était apparemment pas ce que la Maison Blanche avait en tête. Gray et Parrott ont déclaré au comité du Sénateur Frank Church que la référence de Gray à ses “associés” était un euphémisme pour le président, une façon de maintenir la doctrine de “déni plausible” (la capacité de nier plus tard que le président avait eu connaissance de la question en discussion). Allen Dulles, selon le procès-verbal de la réunion du groupe spécial, a répondu qu’il avait pris au sérieux les vues des associés et qu’il avait l’intention de procéder aussi vigoureusement que possible, mais qu’il devait interpréter ces instructions “dans les limites de la nécessité et capacité”. Il a été convenu que ”la planification pour le Congo n’exclurait pas nécessairement la ‘considération’ d’un type particulier d’activité qui pourrait contribuer à se débarrasser de Lumumba”.

Aucun des participants, dans leur témoignage ultérieur, ne se souvient d’avoir entendu parler d’assassinat. Mais John N. Irwin II, secrétaire adjoint à la Défense, pensait que la référence à «se débarrasser de Lumumba» était suffisamment large pour couvrir cette option. Dillon, qui n’avait pas été à la réunion, a déclaré que le procès-verbal indiquait que ”l’assassinat était dans les limites”. Bissell était encore plus précis : ”Lorsque vous utilisez le langage qu’aucun moyen particulier n’a été exclu, c’est évidemment signifié, et cela signifiait cela pour tout le monde dans la salle. … Vous n’utilisez pas un langage de ce genre, sauf pour signifier, en fait, on dit au directeur, débarrassez-vous du gars, et si vous devez utiliser des moyens extrêmes jusqu’à l’assassinat, allez-y”.

Le 26 août, Allen Dulles, directeur de la CIA, envoie un télégramme à la CIA de Léopoldville : «l’éloignement [de Lumumba] est notre objectif le plus important (…) il mérite grande priorité dans notre action secrète».

Le 5 septembre, chapitré par l’ambassadeur américain Clare Timberlake, le président Joseph Kasavubu annonce avoir démis de ses fonctions le premier ministre Patrice Lumumba et six autres ministres. Dans les coulisses, l’ONU, poussée et aidée par Washington, apporte un soutien décisif à Kasavubu pour ce geste. Il choisit de le faire pour, croit-il, sauver ce qui peut l’être encore. Malheureusement quand il le fait, le Congo n’est plus qu’un pays disloqué, une proie offerte à toutes les interventions extérieures.

Le 10 septembre, le ministre belge des Affaires étrangères, Pierre Wigny, écrit à ses collaborateurs à Brazzaville : «Les autorités constituées ont le devoir de mettre Lumumba hors d’état de nuire». Ainsi, le 11-12 septembre ; le colonel belge Louis Marlière commence les préparatifs pour une action belge visant à éliminer Lumumba, appelé le plan Barracuda. Dans un message, Bruxelles fait savoir que le ministre des Affaires africaines jugera de l’opportunité de passer aux actes, sauf urgence. Dans ce cas, le ministre couvrira l’assassinat de Lumumba.

Le 13 septembre, les Chambres congolaises réunies accordent les pleins pouvoirs au gouvernement de Lumumba. Mais le 14 septembre, le Président Kasavubu, toujours sous pression occidentale, renvoie le parlement congolais. Le soir, le colonel Mobutu, persuadé par les américains et leurs alliés, proclame son premier coup d’État, ”il neutralise les politiciens jusqu’au 31 décembre”, remplace le gouvernement par un collège des commissaires, et expulse les diplomates soviétiques et tchécoslovaques, ainsi que les conseillers militaires et leur équipement.

Le 19 septembre 1960, le chef de station de la Central Intelligence Agency (CIA) à Léopoldville reçoit un message via un canal top secret de ses supérieurs à Washington que quelqu’un du quartier général se faisant appeler ”Joe de Paris” arriverait avec des instructions pour une mission urgente. Aucun autre détail n’a été fourni. Le chef de la station a été averti de ne pas discuter du message avec qui que ce soit. En fait, ‘Joe de Paris’ était le meilleur scientifique de la CIA : c’était Sidney Gottlieb, conseiller spécial de Bissell pour les questions scientifiques. Celui-ci lui avait en effet demandé de préparer des matériaux biologiques et de les préparer à court préavis pour une éventuelle utilisation dans l’assassinat d’un dirigeant africain non spécifié, ”au cas où la décision était d’aller de l’avant”. Selon le témoignage de Gottlieb devant le comité Frank Church, Bissell lui a dit qu’il ”avait reçu des instructions de la plus haute autorité … pour se lancer dans ce genre d’opération”. Gottlieb a supposé qu’il faisait référence au président. Le scientifique a vérifié auprès de l’Army Chemical Corps à Fort Detrick, dans le Maryland, des substances qui ”tueraient l’individu ou l’immobiliseraient si gravement qu’il serait hors de combat”, et il en a choisi une qui ”était censée produire une maladie qui était … indigène à cette région (de l’Afrique) et qui pourrait être mortelle”. Il a également assemblé des ‘matériels accessoires’, tels que des aiguilles hypodermiques, des gants en caoutchouc et des masques à gaz. C’est alors qu’on lui a dit que le chef africain en question était Lumumba, qu’il avait été décidé d’aller de l’avant et qu’il devait porter son colis mortel à Léopoldville.

Sidney Gottlieb est donc arrivé à Léopoldville étant équipé d’un kit contenant un poison. Cette substance mortelle, a-t-il informé au chef de station à Léopoldville, était destinée à Patrice Lumumba, le Premier ministre du Congo récemment évincé, qui avait de bonnes chances de revenir au pouvoir. Le poison, a déclaré le scientifique, devait en quelque sorte être glissé dans la nourriture de Lumumba, ou peut-être, dans son dentifrice. Le poison n’était pas la seule méthode acceptable ; n’importe quelle forme d’assassinat ferait l’affaire, tant qu’il ne pourrait pas être retracé jusqu’au gouvernement des États-Unis.

Ironiquement, lorsque Gottlieb a rendu compte à Lawrence Devlin de sa mission, le chef de station (Lawrence Devlin), selon son témoignage ultérieur, a eu une ”réaction émotionnelle de grande surprise”. Soulignant que l’assassinat n’était pas exactement une tactique courante de la CIA, le chef de station a demandé qui avait autorisé la mission. Le scientifique a indiqué que l’ordre était venu de la ”plus haute autorité” – de Dwight D. Eisenhower, président des États-UnisComme il l’a dit : ”Je considérais l’Agence comme un bras exécutif de la présidence … Par conséquent, je suppose que je pensais qu’il s’agissait d’un ordre émis en bonne et due forme par une autorité compétente. D’un autre côté, je le considérais comme une sorte d’opération dont je pouvais me passer, dont je pensais que l’Agence et le gouvernement américain pourraient probablement se passer … Je ne considérais pas Lumumba comme le genre de personne qui allait déclencher la troisième guerre mondiale. J’aurais peut-être eu une attitude quelque peu différente si j’avais pensé qu’un seul homme pouvait déclencher la Troisième Guerre mondiale et entraîner la mort de millions de personnes ou quelque chose comme ça, mais je ne le voyais pas sous cet angle. Je le voyais comme un danger pour la position politique des États-Unis en Afrique, mais rien de plus”.

Lawrence Devlin avait également des objections pratiques au complot d’assassinat : «Je le considérais comme un stratagème assez sauvage professionnellement … Je l’ai exploré, mais je doute que je me sois jamais vraiment attendu à le réaliser». Il a recommandé un certain nombre d’étapes exploratoires, telles que l’infiltration de l’entourage de Lumumba. Si le quartier général l’approuvait, il demanderait à l’un de ses agents de «se réfugier chez Big Brother» (Lumumba) et de «rafraîchir les détails jusqu’au bord du rasoir». Le quartier général lui a dit d’aller de l’avant. Au cours des deux mois suivants, Lawrence Devlin a envoyé un flux constant de rapports d’avancement à Washington via un canal top secret mis en place pour le projet d’assassinat. Mais, bien qu’il ait insisté sur la nécessité de se hâter, il avait apparemment encore des réserves sur le projet, car il n’arrêtait pas de retarder sa mise en œuvre.

En même temps, la situation au Congo avait changé avec la prise du pouvoir par Mobutu. Le 5 octobre, Gottlieb a quitté Léopoldville, rappelant plus tard qu’il avait déversé le poison dans le fleuve Congo avant son départ parce qu’il n’était «pas réfrigéré et instable» et n’était probablement plus suffisamment «fiable». Par ailleurs, le chef de Station de la CIA à Léopoldville, Lawrence Devlin, dans ses télégrammes, accorde peu d’importance à la stabilité du nouveau régime (Mobutu). “La seule solution”, a-t-il écrit, “est de le retirer de la scène le plus tôt possible”. Allen Dulles accepte. Il a dit à Eisenhower le 21 septembre que le ”danger d’influence soviétique” était toujours présent au Congo et que Lumumba ”restait un grave danger tant qu’il n’était pas éliminé”.

Le 6 octobre, le ministre belge des Affaires africaines, Harold d’Aspremont Lynden, télégraphie à ses collaborateurs de Brazzaville et d’Élisabethville : «l’objectif principal à poursuivre dans l’intérêt du Congo, du Katanga et de la Belgique est évidemment l’élimination définitive de Lumumba». Le 10 octobre Patrice Lumumba est mis, de fait, aux arrêts a domicile à Léopoldville. L’action militaire est soutenue par la CIA, dont, pendant ce temps, le quartier général de la CIA est impatient. Bronson Tweedy, chef de la division Afrique des services clandestins de la CIA, demande à Lawrence Devlin ce qu’il pensait de l’idée d’envoyer un officier de la CIA à Léopoldville pour se concentrer sur le projet d’assassinat, compte tenu des exigences imposées à Lawrence Devlin par ses autres engagements. Tweedy a également suggéré d’utiliser un ”groupe de type commando” pour enlever Lumumba de la résidence où il était sous la protection des troupes des Nations Unies.

Lawrence Devlin pensait que l’envoi d’un autre homme était une ‘excellente idée’. Quant aux autres moyens de se débarrasser de Lumumba, il a recommandé qu’un «fusil de fabrication étrangère de grande puissance avec lunette télescopique et silencieux» lui soit envoyé par voie diplomatique. «La chasse est bonne ici», a-t-il câblé de manière énigmatique, «quand les lumières sont bonnes». L’officier responsable du dossier sélectionné pour la tâche de débloquer le projet d’assassinat avait ses propres réserves quant à l’idée. Le responsable, Justin O’Donnell, a témoigné devant le comité du Sénateur Frank Church qu’il avait été appelé par Bissell à la mi-octobre et qu’on lui avait demandé de se rendre au Congo pour ”éliminer Lumumba”. «Je lui ai dit que je ne prendrai absolument pas une quelconque part dans le meurtre de Lumumba», a-t-il dit. Cependant, O’Donnell était prêt à se rendre à Léopoldville et à essayer de ‘neutraliser’ Lumumba «en tant que facteur politique». Comme il l’a expliqué dans son témoignage, «je voulais … le faire sortir, le tromper, si je le pouvais, puis le remettre … aux autorités judiciaires et de le laisser subir son procès». Il n’avait ‘aucun scrupule’ à remettre Lumumba pour procès par un «juré de ses pairs», bien qu’il ait réalisé qu’il y avait une «très, très forte probabilité» qu’il soit condamné à mort.

Le 3 novembre 1960, O’Donnell arrive à Léopoldville. Mais il n’a jamais eu la chance de mettre en œuvre son plan pour attirer Lumumba. Lumumba s’est éclipsé de son propre gré le 27 novembre, après un vote des Nations Unies pour asseoir la délégation de Kasavubu plutôt que la sienne. Craignant de perdre la protection de la force des Nations Unies, Lumumba se dirigea vers son propre bastion de Stanleyville (actuelle ville de Kisangani), à 1 000 milles à l’est. Il est arrêté en chemin par les soldats du colonel Mobutu et emprisonné à Thysville (Mbanza-Ngungu), à 90 milles de Léopoldville.

Le 24 novembre, sous la pression massive de l’Occident, l’Assemblée générale de l’ONU reconnaît la délégation de Kasavubu comme représentante légale de la République du Congo.

Le 27 novembre, échappant à ses geôliers, le Premier ministre Lumumba s’enfuit de sa résidence et essaie de rejoindre Stanleyville, où les nationalistes se regroupent. Le 1er décembre, il est rattrapé près de Lodi, dans le Kasai, par des soldats de Mobutu, qui le ramènent sauvagement battu avant d’etre enfermé, le 3 décembre, au camp militaire Hardy, de Thysville (Mbanza-Ngungu).

Le 2 décembre, la direction de l’ONU ordonne à ses troupes de ne protéger en aucun cas Lumumba, qui est recherché par les soldats de Mobutu. Des casques bleus ghanéens refusent de protéger Lumumba pourchassé. Seul, l’ex-Premier ministre est arrêté et enfermé à Thysville (Mbanza-Ngungu).

Fin décembre, début janvier, a lieu une offensive nationaliste à partir de Stanleyville.

Le 4 janvier 1961, Bruxelles envoie un télégramme à Brazzaville, où «la toute spéciale attention» de Léopoldville est attirée «sur les conséquences désastreuses de la libération de Lumumba».

  Le 13 janvier 1961, la garnison de Thysville (où est détenu Lumumba) se mutine, exigeant un salaire plus élevé et menaçant de remettre Lumumba au pouvoir. Lawrence Devlin a envoyé un télégramme alarmant à Washington : «La station et l’ambassade pensent que le gouvernement actuel pourrait tomber d’ici quelques jours. Le résultat serait presque certainement le chaos et le retour (de Lumumba) au pouvoir». Il a ajouté : «Le refus de prendre des mesures drastiques en ce moment conduira à la défaite de la politique [des États-Unis] au Congo». Le lendemain, Lawrence Devlin est informé que Mobutu va transférer Lumumba dans une prison plus sûre. Trois jours plus tard, Lumumba a été transporté par avion dans la province du Katanga, domaine de son ennemi juré, le chef provincial Moise Tshombe. Alors qu’il trébuchait de l’avion dans la capitale provinciale d’Elisabethville, les yeux bandés, les mains liées derrière le dos, il a été frappé à coups de pied et battu par des soldats katangais, jeté dans une jeep et chassé.

Le dernier regard avant la mort … Il y a encore de la vie dedans, et peut-être même de l’espoir. C’est celui du Premier ministre du Congo, Patrice Lumumba, le 5 décembre 1960, en état d’arrestation par des soldats avant d’être transporté à Thysville (Mbanza-Ngungu). Il est ligoté, ensanglanté, assis par terre, entouré de militaires.  Avec lui, le président du Sénat Joseph Okito et le ministre de la défense Maurice Mpolo (Christophe Musungu, du MNC, était aussi arrêté). Tous ont été mis en pièces. Crédit photo : © STRINGER / AFP

  Le 14 janvier, la mutinerie déborde vers le camp de l’armée dans la capitale. Le retour politique de Lumumba semble imminent. Whashington et Bruxelles entreprennent des démarches acharnées afin de faire livrer Lumumba à Tshombe (au Katanga). Le comte Harold d’Aspremont Lynden attire l’attention de son délégué à Brazzaville sur les ”conséquences désastreuses qu’aurait une libération de Lumumba”.

Le 16 janvier, le même ministre des Affaires africaines (Harold d’Aspremont Lynden) insiste auprès de Tshombe pour que Lumumba ”soit transféré au Katanga dans les délais les plus brefs”.

⊛  Le 17 janvier 1961, vers six heures du matin, le chef de la Sûreté congolaise, Victor Nendaka, sort Lumumba et neuf autres prisonniers politiques de leur cellule du camp militaire de Thysville. Nendaka sépare trois prisonniers des autres : Patrice Lumumba, Okito, le vice-président du Sénat, et le ministre Mpolo. Les trois hommes sont amenés en camion à une heure de route, pour monter ensuite dans un petit avion et rejoindre Moanda, sur la côte atlantique. Les prisonniers montent à bord, avec les deux commissaires et une escorte de trois soldats. Le pilote reçoit l’ordre de joindre Elisabethville, la capitale du Katanga en sécession. Jusqu’à la dernière minute, une autre destination était possible : Bakwanga, au Sud-Kasaï, lui aussi en sécession.

Le transfert s’impose pour éloigner Lumumba et le “mettre en lieu sûr”, comme on l’écrit officiellement. Les trois prisonniers sont constamment battus dans l’avion, un Douglas DC-4, et le pilote doit même demander d’arrêter les coups, parce qu’ils déstabilisent l’appareil. L’avion annonce son arrivée et atterrit peu avant 17 heures. C’est la surprise. Le président du Katanga en sécession, Moïse Tshombe, avait accepté le transfert la veille, sous conditions, mais il ne s’attendait pas une arrivée aussi rapide. Le pouvoir central à Léopoldville le prend de vitesse et le met au pied du mur. Le ministre katangais de l’Intérieur, Godefroid Munongo, est au pied de l’avion, avec une escorte armée d’une centaine d’hommes et un blindé léger. Plusieurs agents belges sont présents. Des soldats de l’ONU assistent aussi.

Trainés, frappés à coups de crosse puis jeté comme des sacs dans une Jeep, les trois prisonniers sont amenés sans ménagements à 17h30 dans une villa réquisitionnée d’un colon Belge, Lucien Brouwez. Ils sont très violemment frappés et battus à plusieurs reprises par des mercenaires et des agents belges, ainsi que par des ministres katangais. A ce moment là, il y a sans doute déjà un consensus sur le projet de tuer Lumumba, reste à décider comment. La procédure est “””décision collective est prise avant 20heures. Un convoi quitte la villa Brouwez vers 20h30 et part à 50 km de là, avec un peloton de gendarmes katangais, sous les ordres du capitaine belge Gat, officier mercenaire de la sécession, et s’arrête près d’une savane boisée. Le commissaire de police belge Verscheure est lui aussi présent, avec deux autres agents belges au service du Katanga. Les Belges ce soir-là sont des exécutants, et le ministre Munongo dirige toute l’opération. Le président Tshombe et quatre ou cinq ministres katangais assistent aux exécutions.

Les trois prisonniers sont abattus l’un après l’autre, Patrice Lumumba en dernier lieu, avec toute la fureur déchaînée propre aux prédateurs agacés dans la clairière d’une proche forêt. Il est 21h43, comme le révèlera l’agenda du commissaire de police avec l’ajout à côté de l’heure : “L. dood (L. mort)”, en néerlandais. L’arbre auquel il a été adossé est encore marqué aujourd’hui des très nombreux impacts de balles. Ils sont ensuite enterrés sommairement. Les villageois des alentours ont entendu les fusillades. Le lendemain matin, ils découvrent la terre remuée, une main sort du sol; ils préviennent les autorités. Les officiels veulent cacher les assassinats, et veulent éviter un éventuel culte autour des trois cadavres si la vérité était connue. Deux policiers belges sont chargés de la sinistre besogne de faire disparaître les trois cadavres en les découpant et en les détruisant dans de l’acide.

Le 19 janvier 1961, deux jours après son transfert au Katanga, la station de la CIA  à Elisabethville a câblé le siège : «Merci pour Patrice. Si nous avions su qu’il venait, nous aurions cuit un serpent».

Le 13 février, les autorités katangaises annoncent que Patrice Lumumba se serait échappé. Trois jours plus tard, ils déclarent qu’il aurait été capturé et tué par des membres d’une tribu congolaise. Pendant les semaines suivantes, la localisation de Lumumba était une question de confusion et d’incertitude. Le crime fait, arrive l’idée de cacher sa mort. Face à l’impossibilité de le faire, les responsables de sa mort cherchent à détruire dans le peuple tout espoir de revoir un jour Patrice Lumumba :  “Il paraît que c’était impossible [de cacher sa mort]. Il fallait, au contraire que les populations du Katanga, et plus généralement celles du Congo, sachent que l’ex-Premier ministre était mort et enterré, il fallait couper au pied tout espoir de le voir réapparaître un jour, et c’est d’ailleurs pour cela qu’on a fait appel au témoignage d’un médecin belge, à la réputation parfaite”, observe Philippe Toussaint dans Pourquoi pas? en février 1961. Puis, les coupables et les autorités Katangaises ont décidé de rejeter la responsabilité de toutes ces atrocités sur les habitants d’un village voisin.

  Une enquête des Nations Unies, tout en n’établissant pas les circonstances exactes de la mort de Lumumba, conclu qu’il avait été assassiné par des responsables katangais et des mercenaires belges dans la nuit du 17 janvier, immédiatement après son arrivée à Elisabethville, avec la participation ou l’approbation personnelle de Moïse Tshombe. Commence alors un effort de rejet des responsabilités.

En 2014, le Département d’État américain a reconnu, dans un document déclassifié de 900 pages, son implication dans le renversement et l’assassinat de l’ancien Premier Ministre Congolais. Selon ce document – nommé «Congo 1960-1968» et retraçant la politique des USA au Congo dans les années soixante – «… une oreille a été coupée de la tête de Lumumba». Ce document d’archives, déclassifié 50 ans après, confirme l’implication de la CIA et des services secrets belges dans l’assassinat de Lumumba et livre des anecdotes. Il y est expliqué que «Dès août 1960, le gouvernement américain a lancé un programme politique secret au Congo qui a duré près de 7 ans, d’abord en vue d’éliminer Lumumba du pouvoir et de le remplacer par un leader pro­occidental plus modéré». Inutile de préciser que ce personnage fut Joseph­ Désiré Mobutu, qui était à l’époque Chef d’état ­major de l’armée congolaise. Concernant les circonstances de l’assassinat de Lumumba, sujet à de nombreuses divergences chez les historiens, on apprend de ce document qu’un télégramme daté du 8 février 1961 que «Patrice Lumumba, Okito et Maurice Joseph Mpolo furent exécutés peu de temps après leur arrivée à Elisabethville le soir du 17 janvier. Le soldat Jan Katanga a abattu Okito et Mpolo. Un agent belge a exécuté Lumumba avec une rafale de mitraillette fireat 2300Z le 17 janvier. Une oreille a été coupée de la tête de Lumumba et envoyée à Albert Kalonji, président du Sud­Kasaï [une autre région sécessionniste]. Les trois corps ont été enterrés dans une fosse commune».

“Patrice Lumumba a été tué. La tragédie qui s’est déroulée dans la province congolaise du Katanga a frappé le monde avec un flot de fait accompli”, a écrit Nikolai Khokhlov, dans son livre sur Patrice Lumumba, publié en 1971. “Les détails sont cauchemardesques : lui, le premier ministre légitimement élu d’une république africaine souveraine, s’est fait arracher des mèches de cheveux, un garde, saisissant Lumumba par la tête, l’a battu contre le flanc d’un camion ; du sang coulait des oreilles et du nez. Enfin, une balle dans la nuque … “, poursuivait Nikolai Khokhlov (Patrice Lumumba, 1971). Selon cet auteur, les captifs ont été soumis à des abus sophistiqués, après quoi ils ont été exécutés par des soldats katangais pour Okito et Mpolo et par un belge pour Lumumba. Le captif Lumumba a reçu la visite de Tshombe lui-même et d’hommes politiques belges. Après des insultes et des brimades, Patrice a été abattu et enterré.

Mais, prémonitoire, «Lumumba n’est pas quelqu’un que l’on peut enterrer facilement», avait déjà fait observer Le Figaro le 13 septembre 1960.  Et justement, le lendemain de son assassinat et de son enterrement, son cadavre est déterré, démembré, et dissout dans de l’acide sulfurique, et tout ce qui restait a été brûlé. En fait, après que Lumumba ait été tué et enterré,  un autre Belge, Gérard Soete qui alla rechercher le corps, témoigne, (nous sommes en 1978) : «À vingt mètres de la route, sur les lieux de l’exécution, en pleine savane arborisée, la main raide du Prophète (Lumumba) dépasse le sol sablonneux et pointe vers le ciel : une dernière tentative d’accuser, de faire appel à ses troupes destructrices. Ils ne parviennent toujours pas à tuer décemment. Ils ne pensent pas au cadavre qui reste après la destruction de l’être humain». Le Corps de Lumumba est «détruit», dissout jusqu’au dernier morceau.

On sait qu’une dent a été arrachée à un Lumumba vivant ou déjà mort – après la destruction du cadavre, il est probablement resté le seul modèle biologique d’un homme politique. En souvenir, la dent a été prise par l’un des Belges qui a participé au tournage et a aidé à brouiller les pistes. «J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba. En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper en morceaux, à la tronçonneuse, avant d’y verser de l’acide. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare», a indiqué le belge Gérard Soete le 15 mai 2002, dans un récit qui fait froid dans le dos.

C. Le rôle des laquais congolais

Ils l’avaient trahi, tous l’avait trahi. Ils avaient collaboré avec le ennemis du Congo. Les uns depuis la Table Ronde de Bruxelles en s’unissant aux ennemis du Congo grand et Uni, trompés et manipulés par les colonisateurs (Moïse Tshombe et al.), les autres par opportunisme pur (Joseph Mobutu et al.), les autres enfin, par lâcheté (Joseph Kasavubu).  En 1992, le plus proche collaborateur de Moïse Tshombe, Godefroid Munongo, a annoncé qu’il raconterait en détail les circonstances de la mort de Patrice Lumumba. En effet, en tant que chef traditionnel important au Katanga, il fut invité à participer à la Conférence nationale souveraine en 1990. Après avoir été attaqué au sujet de la mort de Lumumba, il annonça qu’il ferait des révélations à ce sujet le , à 17H00. À 12H30 le même jour, «il fit une crise cardiaque qui l’emporta».

III. Et pourquoi a-t-il été assassiné?

De nombreuses versions de la journée du 17 janvier 1961 ont circulé pendant 40 ans, avec des récits parfois romancés, souvent contradictoires, et marqués surtout par la volonté des coupables de diminuer ou de cacher leur responsabilité. En Belgique comme aux Etats-Unis et dans plusieurs médias, experts, enquêteurs, et journalistes ont cherché à clarifier le “comment” de l’assassinat tout en évitant soigneusement d’aborder la question du “pourquoi”. Pourquoi, que voici.

A. La cupide et coupable Belgique

En 2002, l’enquête L’assassinant de Lumumba, du sociologue et chercheur belge Ludo De Witte datée de 2001-2002, tient en une double thèse : l’assassinat de Patrice Lumumba a été monté politiquement depuis Bruxelles, et son exécution à Élisabethville, était entièrement contrôlée par les Belges. Selon lui, à Bruxelles, plusieurs acteurs travailleront à l’élaboration d’une stratégie en vue de son élimination. Au premier rang de ces acteurs, il faut bien sûr épingler, explique l’auteur, le gouvernement belge de Gaston Eyskens. Toujours selon Ludo De Witte, l’autre personnage dont l’intervention s’est révélée prépondérante est le jeune roi Baudouin. Dans le chef du monarque, l‘élimination de Patrice Lumumba répond à un impératif plus important qu’un conflit de personnes, contrairement à la thèse selon laquelle l’allocution de Lumumba le 30 juin 1960 fut la cause de sa chute. Le palais est en effet «au centre d’un réseau économico-financier», qui tisse des liens entre la dynastie et l’élite en Belgique autour de la défense du portefeuille colonial. «Il ne faut pas s’en étonner», écrit De Witte, «car l’histoire de la Belgique, la dynastie, la Société Générale et le Congo sont étroitement imbriqués».

En d’autres termes, le palais, à l’instar d’une partie du monde politique belge, avait un intérêt matériel direct en jeu dans la crise congolaise. Il n’est donc pas surprenant que la préférence du roi soit allée à Moïse Tshombé plutôt qu’à Lumumba, selon De White.  Pour légitimer la sécession katangaise, Baudouin traite en effet la province minière comme n’importe quel État reconnu. Il décerne même à son président, Moïse Tshombé, reçu en audience officielle à Bruxelles, le grand cordon de l’ordre de la couronne. Cette attitude profite évidemment au gouvernement Eyskens qui s’assure, grâce à ce patronage, le soutien de l’opinion publique.

Quant à «l’élimination définitive» de Patrice Lumumba, il ne fait pas de doute, pour Ludo De Witte, qu’elle était cautionnée par le palais, par le Roi des belges. Car, comment comprendre autrement, questionne l’auteur, que comme un geste de gratitude les marques de reconnaissance qui seront accordées par Baudouin aux protagonistes belges de l’affaire? Ce ne sont ni plus ni moins que les portes de la noblesse qui leur seront ouvertes après l’assassinat de Lumumba ! En effet, «Le colonel Paul Perrad, ancien commandant de l’armée secrète, chef d’État-Major de l’armée katangaise et l’un des officiers, qui, le 17 janvier 1961, n’ont pas empêché le meurtre, devient chevalier de l’ordre de l’Étoile africaine. Gaston Eyskens est nommé vicomte, Pierre Wigny est fait baron, Guy Weber devient aide de camp de Léopold III et est toujours, actuellement, secrétaire de la princesse Lilian. Jacques Brassinne, ex-membre du Bureau-conseil au Katanga, est anobli chevalier en 1988» ; soit à l’époque où il travaille à une thèse de doctorat qui dédouane la Belgique de toute implication dans l’assassinat de Lumumba.

B. L’impérialisme américain

Lumumba, communiste?

L’article de intitulé “Recalling Major Lessons of the Church Committee (publié le 30 juillet 1987 dans le  New York Times) est un rappel opportun que les audiences de 1975 menées par le sénateur Frank Church sur les complots de la CIA visant à assassiner des dirigeants étrangers ont produit au moins trois conclusions générales pertinentes : (1) L’intelligence politique est un art imparfait qui peut être basé sur des informations spéculatives, inadéquates ou biaisées. (2) Les fonctionnaires de l’administration isolés et surprotégés – saisis par des préconceptions idéologiques rigides et encouragés par des subordonnés soumis – peuvent se lancer dans des aventures erronées dans leur conception et imprudentes dans la pratique. (3) Des fanatiques incontrôlés et incontrôlables avec un accès libéral aux fonds clandestins se retrouvent empêtrés dans des stratagèmes insensés embarrassants ou préjudiciables à l’intérêt national.

Aucun épisode ne fournit une illustration plus graphique que l’intrigue sinistre pour tuer Patrice Lumumba. Le sous-secrétaire d’État Douglas avait déclaré que Lumumba servait les objectifs de l’Union soviétique. L’ambassadeur des États-Unis à Bruxelles a télégraphié : “Un objectif principal de notre action politique et diplomatique doit être de détruire le gouvernement Lumumba”. Allen Dulles, qui était alors directeur de la CIA, soutenu par d’autres hauts fonctionnaires de l’administration Eisenhower, a conclu : “Nous sommes confrontés à une personne qui est un Castro ou pire. Lumumba a été acheté par les communistes”. Allen Dulles dit au chef de la station de la CIA au Congo que ”l’enlèvement de Lumumba doit être un objectif urgent et primordial … et une haute priorité de notre action secrète”.

Mais que c’était hypocrite ! Tout cela faisait fi du fait que le premier appel de Lumumba à une aide extérieure pour rétablir l’ordre, alors que son pays embryonnaire se fragmentait autour de lui, n’était pas à l’Union soviétique, mais aux États-Unis. Les gouvernements occidentaux, les mêmes auprès de qui il avait recouru en premier (USA) et qui l’avait trahi dès le départ (Belgique), l’ont rapidement faussement stigmatisé. Au cours de sa brève carrière, il s’est opposé à ce qu’il pensait être les nouvelles dominations postcoloniales imposées par des puissances étrangères et une autorité arrogante des Nations Unies, qui, selon ses propres termes, «faisait comme si je n’existais pas». En fait, Lumumba n’était pas communiste. Il n’était qu’un homme naïf, fervent nationaliste, acharné à l’œuvre d’édification d’une Nation indépendante et prospère ; ce qui fit à ce qu’il soit combattu, délaissé, trahi.

La vraie raison de l’assassinat

Selon le sous-secrétaire d’État Douglas Dillon, témoignant devant le comité du Sénateur Frank Church, apprend-t-on dans le rapport du comité, c’est à peu près à l’occasion du passage de Patrice Lumumba à Washington le 27 juillet 1960 que l’idée de l’assassiner est apparue. Cette idée a été abordée lors d’une réunion du Pentagone à laquelle Douglas Dillon a assisté, avec des représentants du ministère de la Défense, des chefs d’état-major interarmées et de la CIA. Douglas Dillon témoigne alors, ”une question concernant la possibilité d’une tentative d’assassinat contre Lumumba a été brièvement soulevée, ‘pour être’ désactivée par la CIA”. Les personnes présentes semblaient réticentes à discuter du sujet – non pas, selon Douglas Dillon, pour une raison morale, mais parce qu’elles considéraient l’idée comme irréalisable ou pensaient que le groupe était “trop grand pour une discussion aussi sensible”. Mais pourquoi Lumumba? Quelle que soit la raison presentée pour cacher la vérité, le fait est que c’est parce qu’il était non seulement le plus intelligent, mais aussi celui qui incarné le mieux l’unité du Congo et sa volonté de devenir véritablement indépendant.

En effet, lorsque les atrocités liées à l’exploitation économique brutale dans l’État indépendant du Congo de Léopold II ont fait des millions des morts, les États-Unis se sont joints à d’autres puissances mondiales pour forcer la Belgique à prendre le contrôle du pays en tant que colonie régulière. Et c’est pendant la période coloniale que les États-Unis ont acquis une participation stratégique dans l’énorme richesse naturelle du Congo, suite à l’utilisation de l’uranium des mines congolaises pour fabriquer les premières armes atomiques, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki. Les indépendances proclamées, les États-Unis et leurs alliés occidentaux n’ont pas voulus laissés aux africains le contrôle effectif sur les matières premières stratégiques. Avec l’avènement du fougueux et charismatique Lumumba au poste de Premier ministre, les craintes au sein du gouvernement belge et des cercles industriels se sont transformées en panique. La contagion s’est immédiatement transférée à Washington.

En sommes, si les deux arguments avancés (son communisme et son discours) ne sont pas vraies ou ne peuvent justifier un tel crime, quelle est donc la raison pour laquelle Lumumba fut assassiné? Ce fut en fait pour ses convictions : il voulait une indépendance économique en plus de celle politique. Tout tourne autour de la volonté des puissances impériales de ne pas céder aux congolais le pouvoir sur la richesse de leur pays, plus particulièrement du Katanga, dont le sous-sol était géré par l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK). Inutile de préciser qu’après l’indépendance du Congo, le contrôle de cet eldorado et la sauvegarde des intérêts économiques qu’il représentait seront l’objectif prioritaire de la Belgique, de l’Angletterre, de la France, et … des États-Unis d’Amérique. C’est donc la détermination de Patrice Lumumba à accéder à une véritable indépendance et à maîtriser pleinement les ressources du Congo afin de les utiliser pour améliorer les conditions de vie de son peuple a été perçue comme une menace pour les intérêts occidentaux.

V. Les conséquences de sa mort

L’assassinat a eu lieu à un moment où le pays était tombé sous quatre gouvernements distincts, dans une déstabilisation organisée : le gouvernement central à Kinshasa (alors Léopoldville) ; un gouvernement central rival des partisans de Lumumba à Kisangani (alors Stanleyville) ; et les régimes sécessionnistes dans les provinces riches en minerais du Katanga et du Sud Kasaï. Étant donné que l’élimination physique de Lumumba avait éliminé ce que l’Occident considérait comme la principale menace pour ses intérêts au Congo, des efforts internationaux ont été entrepris pour restaurer l’autorité du régime modéré et pro-occidental de Kinshasa sur l’ensemble du pays. Ils ont abouti à une unité sous tutelle, soit la fin du régime lumumbiste à Kisangani en août 1961, de la sécession du Sud Kasaï en septembre 1962 et de la sécession du Katanga en janvier 1963.

Ludo De Witte, l’auteur de L’assassinant de Lumumba, qualifie ce crime comme “l’assassinat le plus important du 20e siècle”. L’importance historique de l’assassinat réside dans une multitude de facteurs, les plus pertinents étant le contexte mondial dans lequel il a eu lieu (Guerre froide), son impact sur la politique congolaise depuis lors, ainsi que l’héritage global de Lumumba en tant que leader nationaliste. En fait, l’assassinat de Lumumba comme personne (intelligence) et comme étendard du Congo comme pays qui se veut une Nation, est un assassinat du Congo comme projet. Venant moins de sept mois après l’indépendance, ce fut une pierre d’achoppement pour les idéaux d’unité nationale, d’indépendance économique et de solidarité panafricaine, idéaux que Lumumba avait défendus, ainsi qu’un coup dur pour les espoirs de millions des Congolais pour la liberté et la prospérité matérielle.

VI. Héritage et gloire éternelle

Grand, mince, très intelligent, les yeux pétillants derrière ses lunettes, Patrice Lumumba était un orateur envoûtant qui avait créé un parti nationaliste et l’avait mené à la victoire lors des premières élections congolaises. Il a incarné l’espérance des Congolais et des Africains en des jours heureux, de dignité, de souveraineté et de prospérité. Comme le Christ, Patrice Lumumba est mort trahi par un de ses proches (Mobutu) et supplicié – Nous pensons de même que comme Lui, il est mort comme il devrait, sans sépulcre, sans restes, sans traces, pour vivre éternellement dans l’âme de chaque congolais, de chaque africain, de toute personne éprise de liberté, de justice et de dignité humaine !

Le plus grand héritage que Lumumba a laissé au Congo est l’idéal d’unité nationale. Pour l’Afrique, «Mort, écrivait Jean-Paul Sartre, Lumumba cesse d’être une personne pour devenir l’Afrique entière, avec sa volonté unitaire, ses désordres, sa force et son impuissance». «Patrice Lumumba a glorifié son peuple et l’a amené dans l’arène de l’histoire moderne turbulente», écrivait quant à lui Nikolai Khokhlov (1974). «Le Bruxelles officiel a été troublé par la parole et l’action du premier ministre du Congo souverain, et aux tournants critiques des événements congolais, à la tête desquels Lumumba était, il n’a rien trouvé d’autre que l’intervention armée familière depuis le siècle dernier. La montée du Congo sous Lumumba signifiait, entre autres, la capitulation morale de la Belgique. Comme un chevalier sans peur ni reproche, Patrice est mort dans l’attaque : il est mort vainqueur, ne reculant pas devant l’assaut général des colonialistes brutalisés». C’est ainsi que Patrice Lumumba est devenu un véritable mythe qui a subjugué l’imaginaire d’une génération marquée par les violences (post)coloniales, et continue aujourd’hui de faire rever celle détruite par celles néocoloniales.

Sources

Kalb, M. G. (1982). The Congo cables : the cold war in Africa – from Eisenhower to Kennedy. Macmillan.

New York Times, THE C.I.A. AND LUMUMBA,  August 2, 1981, Section 6, Page 32.

Delas Daniel, et Pierre Leroux. «Tchicaya U Tam’si», Poésie, vol. 153-154, no. 3-4, 2015, pp. 43-61.

, Recalling Key Lessons Of the Church Committee, New York Times, July 30, 1987.

New York Times, C.I.A. War Against Lumumba Illustrated Errors of Covert Policy, Sept. 2, 1987.

Ludo De Witte, L’assassinant de Lumumba, Editions Karthala, 2000.

US Senate, Reports of Other Select or Special Committees, Interim Report, Alleged Assassination Plots Involving Foreign Leaders, S. Rep. No. 94-465, 1975.

Jacques Marrès & Ivan Vermast, Le Congo assassiné, Max Arnord, Belgique, 1974.

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