The African Stakes in the Congo War (Les enjeux africains de la guerre du Congo) | Fiche de lecture

The African Stakes in the Congo War (Les enjeux africains de la guerre du Congo) analyse le conflit du Congo en examinant les rôles joués par divers États et facteurs dans le conflit.  Le livre est issu d’une conférence intitulée «Conflit et rétablissement de la paix dans la région des Grands Lacs» qui s’est tenue à Entebbe, en Ouganda, du 10 au 12 juillet 2000. La collection comprend des universitaires africains et américains/britanniques et couvre le récent transfert de pouvoir de Laurent à Joseph Kabila. La collection tente de faire la lumière sur la motivation et les stratégies employées par les personnes impliquées dans les guerres civiles en République démocratique du Congo (RDC). En se concentrant sur les aspects théoriques de la guerre du Congo, l’éditeur espère que les lecteurs, dont la majorité, selon lui, seraient des étudiants en politique africaine et en relations internationales, des politologues et des théoriciens sociaux, trouveront le livre utile. Il ne fait aucun doute que le livre peut être utile au grand public car il est rédigé dans un langage simple. Le livre se compose de treize chapitres qui représentent les contributions de douze personnes. L’éditeur a contribué au chapitre d’introduction et au chapitre neuf.

Le corps du texte

La première partie introduit le conflit en montrant le contexte historique et régional de la guerre.  Dans le premier chapitre, John Clark examine les «causes et conséquences de la guerre du Congo». Ce chapitre fournit divers cadres théoriques qui devraient éclairer les débats sur la guerre du Congo. Des questions sur l’évolution de la politique en République démocratique du Congo (RDC) sont soulevées et l’auteur interroge les sources et les manifestations de la guerre au Congo. Le deuxième chapitre, de Crawford Young, présente la guerre du Congo comme un «morceau dans une courtepointe» des guerres en Afrique. Young offre une perspective historique très succincte en posant la question : existe-t-il de vastes processus ou développements sociaux qui ont donné naissance à cette nouvelle tendance en Afrique? Les politiques internationales ont exacerbé la situation africaine. L’instabilité des États africains pourrait avoir été causée par des forces exogènes. Les processus économiques mondiaux ont transformé les pays africains et Young affirme que les impacts de la mondialisation sont visibles dans toute l’Afrique. L’effondrement des États en Afrique est une préoccupation majeure du chapitre de Young, mais plus important encore, Young place l’impact de la guerre froide et le retrait du soutien américain sur la trajectoire interne de la politique au Congo dans la bonne perspective.

La deuxième partie examine les États et les groupes qui ont soutenu le régime de Kaliba. Ici, ce livre retrace clairement l’histoire de la crise au Congo et engage le lecteur dans la discussion des régimes «post-Mobutu» au Congo. Les époques de différents dirigeants sont examinées et les rôles joués par ces dirigeants sont présentés dans des perspectives claires et concises. Cependant, il faut noter que de nombreux pays ont été impliqués dans la guerre du Congo. Par exemple, le chapitre de Turner discute du rôle de l’Angola dans la guerre du Congo tandis que celui de Rupiya examine l’implication politique et militaire du Zimbabwe dans la seconde guerre du Congo. Le cercle vicieux des troubles civils en Afrique est débilitant et destructeur pour la durabilité des systèmes politiques, sociaux et économiques de l’Afrique.

La troisième partie examine les groupes rebelles qui s’efforcent de renverser Kabila et ceux qui interviennent en leur nom. Cette section ouvre la discussion sur les «candidats au régime de Kabila». Le chapitre d’Osita Afoaku explique les origines, la motivation et les stratégies des rebelles congolais. L’implication des gouvernements ougandais et rwandais dans la création de la rébellion contre le gouvernement de Kabila est expliquée. Le mouvement anti-Kabila s’est intensifié avec l’implication délibérée des gouvernements rwandais et ougandais. Les justifications de Timothy Longman pour l’engagement du Rwanda au Congo embellissent bon nombre des arguments avancés par Afoaku. Le chapitre de Longman se concentre sur «les intérêts humanitaires et la solidarité ethnique», les «préoccupations de sécurité», les «intérêts économiques», la «conspiration tutsie» et les stratégies qu’a employé le gouvernement rwandais pendant la Deuxième guerre du Congo. Il conclut qu’il y avait une multiplicité de motifs dans l’intervention du Rwanda au Congo depuis 1998.

La quatrième partie examine le rôle d’États soi-disant neutres comme l’Afrique du Sud et examine les effets sociaux et économiques de la guerre en examinant les facteurs transétatiques tels que les groupes rebelles, le commerce des armes et les conséquences économiques.  Le chapitre de Chris Landsberg sur l’impossible neutralité retrace l’impact de la politique étrangère de l’Afrique du Sud sur la guerre du Congo, tandis que le chapitre d’Augusta Muchai sur la prolifération des armes au Congo soutient que les armes provenant de l’extérieur du Congo exacerbent la guerre du Congo.

Notre avis

Pris dans leur totalité, les chapitres de ce livre fournissent des explications solides sur la guerre au Congo, sans toutefois jamais montré clairement, comme beaucoup d’œuvres à ce sujet, quelle était la motivation des puissances anglo-saxonnes dans la mise en feu de la région des Grands-Lacs. Dans cette faiblesse, les chapitres semblent bien ancrés dans les fondements théoriques et historiques de la guerre en articulant les contextes dans lesquels la guerre du Congo devrait être examinée. Comme beaucoup de guerres en Afrique, les guerres du Congo ont des «acteurs» endogènes et exogènes et ce livre donne une analyse approfondie des rôles joués par les différents groupes d’intérêt impliqués. Nous le recommandons aux africanistes et universitaires intéressés à comprendre les conflits au Congo et en Afrique en général, mais sans qu’ils ne perdent de vue que plus qu’un accident historique, la destruction du Zaïre affaiblie de l’extérieur et exsangue par la dictature de Mobutu a été voulue et planifiée.

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