Crises au Rwanda, déstabilisation du Zaïre et guerre sans fin à l’Est de la RDC : Chronologie commentée

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Dans cette chronologie commentée, nous présentons l’histoire des acteurs, des enjeux, des toutes les informations nécessaires pour comprendre comment on en est arrivé à la plus grande crise humaine avec en prix des millions des morts.  Il en ressort que l’’Afrique centrale et orientale subit les conséquences non pas du génocide rwandais en soi tel qu’on l’aime le présenter, mais celles des soubresauts politiques affectant l’ex-Zaïre ainsi que l’échec et la malveillance des diplomaties occidentales qui ont laissés place à une géopolitique régionale de la mort, en particulier pour la République Démocratique du Congo, pays victime de ses richesses et de son potentiel minier, et qui est devenu le symbole d’une souveraineté confisquée par les puissances étrangères.


Avant 1990

Il y a 4 ou 5 siècles : Migration d’Hamites (Tutsi), venant des Hauts plateaux d’Éthiopie et de la région du Nil (d’où le nom de “Nilothiques”), éleveurs avec leur bétail, vers le Sud de l’Ouganda, le N-E du Congo (e.a en Ituri : Ajur et Bahema), le Rwanda et le Burundi.

Progressivement, souvent grâce à leurs vaches et leur sens de la diplomatie, ils se substituent aux chefs locaux (Bantu au Rwanda et Burundi) et apprennent leur langue. Ils constituent environ 15% de la population au Rwanda et au Burundi. Au Rwanda, l’autorité belge de tutelle met en place une politique favorisant les Tutsi, méprisant les Hutu. De force, le dernier chef coutumier hutu est remplacé par un Tutsi dans les années 30.

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● Années 1950 : Émergence d’une prise de conscience des Hutu de leurs potentialités. D’où le désir de démocratie. Ils prennent le pouvoir en 1959 par des élections libres, facilitées par l’autorité de tutelle. Le premier président démocratiquement élu est le Hutu Grégoire KAYIBANDA. Le nouveau gouvernement Hutu, emporté par la logique de rivalité attisée par la colonisation, gère mal la démocratie : des exterminations des milliers de Tutsi en 1959, en 1962 et en 1963 ont lieu. Des milliers des Tutsi s’enfuient chaque fois vers le l’Ouganda, le Zaïre et le Burundi.

● En 1973, le commandant militaire hutu Juvénal Habyarimana prend le pouvoir par un coup d’État. Les Tutsi sont minorisés dans beaucoup des domaines, par exemple dans les écoles et ils n’ont droit qu’à 10% des places.

En même temps, des jeunes Tutsi grandissent en Ouganda, entrent dans l’armée de libération de Museveni (contre le président civil Obote) pour l’amener au pouvoir. “Ensuite, je vous aiderai à reprendre le pouvoir à Kigali”. Certains jouent un rôle important dans l’armée ougandaise et constitueront par après les cadres de leur nouvelle “Armée Patriotique Rwandaise (APR)”.

1990 : l’Horreur fait tente en Afrique centrale

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● Le 01 octobre 1990 : L’APR attaque le Rwanda à partir de l’Ouganda. Son avancée est très lente. Dans les régions du front, au Nord du pays, la population, surtout hutu, se replie vers le Sud, ils seront jusqu’à 900.000 dans les “camps des déplacés”. Les soldats Tutsi tuent de civils hutu sur leur passage (premier ‘génocide’ des Tutsi sur les Hutus?).

● En 1993 : après des longs pourpalers à Arusha, les dirigeants H. et T. arrivent à un accord. Un parlement proportionnel, mais forte disproportion dans la nouvelle armée rwandaise : les tutsi obtiennent 50% des officiers et 40% des troupes. Fin décembre 1993, suite aux accords, 600 soldats Tutsi sont amenés à Kigali “pour protéger les nouveaux parlementaires et ministres Tutsi”. Ils sont le cheval de Troie dans la ville. Des listes des personnes à éliminer, des deux ethnies, circulent. Et les Hutu disposent d’“escadrons de la mort”.

● Le 06 avril 1994 : des soldats tutsi se dispersent discrètement dans la ville. Vers 20h, l’avion du président Hbyarimana (en compagnie du président du Burundi) est abattu à sa descente près de l’aéroport. Le génocide des Hutu sur les Tutsi commence aussitôt. On note une excitation fanatique par la radio “Mille collines”. Beaucoup des Tutsi s’enfuient vers des pays voisins.

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● Le 05 juillet 1994 : début de l’Opération Turquoise de l’armée française.

● 17 juillet 1994 : l’APR entre victorieusement à Kigali. Les Tutsi qui s’étaient enfuient reviennent. Les Hutus s’enfuient massivement : environ 2 000 000 vers le Zaïre, et environ 300 000 vers la Tanzanie. L’aide humanitaire s’organise assez rapidement. Dans les camps des réfugiés se réorganisent des milliers des soldats Hutus de l’ancienne armée, ainsi que des “Interahamwe” (extrémistes Hutu, présumés responsables du génocide contre les Tutsi). Ils y recrutent et entrainent des jeunes, en vue d’un retour au Rwanda.

● Mai et juin 1996 : des soldats “Banyamulenge” (Tutsi, immigrés au Congo), reviennent du Rwanda, où ils se sont battus à coté de l’APR, vers le Kivu.

La première guerre d’Agression du Zaïre

● Aout 1996 : Fondation de l’AFDL (ensemble des 4 partis, dont Laurent Désiré Kabila est le porte parole).

Début octobre 1996 : les Banyamulenge déclenche la guerre à partir des hauts-plateaux de Minembwe, où ils vivent, contre les soldats ds Forces Armées Zaïroises et des milices d’autodéfense lococales.

● Le 18 octobre 1996 : Signature de l’accord de LEMERA, de l’AFDL.

● Le 25 octobre : L’AFDL déclare vouloir renverser Mobutu.

● Du 29 au 30 octobre 1996 : prise de Bukavu par des soldats Tutsi et assassinat par eux de Mgr l’archevêque Munzihirwa (le 29 octobre).

● Le 31 octobre 1996 : prise de Goma à partir du Rwanda. En même temps, attaques contre les camps des réfugiés Hutus par des bombardements et l’infanterie. Les réfugiés s’enfuient vers l’intérieur du Zaïre, mais sont poursuivi et tués par des soldats Tutsi.

Dans les régions “libérées”, l’AFDL recrute et entraine aussitôt des jeunes congolais “pour aller chasser Mobutu”.

● Le 15 nombre 1996 : environ 500 000 réfugiés restant de la région de Goma commencent à retourner au Rwanda. L’ONU vote l’intervention d’une force internationale pour secourir les réfugiés. Cette intervention est sabotée le 13 décembre 1996 par les États-Unis, “car il n’y a pas de réfugiés au Zaïre”.

● Le 28 novembre 1996 : Arrivée des soldats ougandais au Nord-Kivu.

● Décembre 1996 : premières découvertes dans la région de Goma des “charniers” de réfugiés.

18 décembre 1996 : Mobutu déclare”lancer une contre-offensive foudroyante”. Zéro !

Entre Janvier et Mai 1997 : Les troupes rwandaides, les recrues congolaises (kadogo) et les “gendarmes katangais” (revenus de l’Agola) avancent rapidement, quoique le plus souvent à pie, vers le Sud et l’Ouest. Ils chassent et tuent devant eux des dizaines des milliers des réfugiés, à Shabunda, à Tingitingi, etc. Emma Bonini, déléguée du parlement européen, estime qu’il y a 400.000 réfugiés “introuvables” et accuse Kabila d’“avoir transformé l’Est du Zaire en abattoir”.

Le 17 mai 1997 : Les forces “rebelles” entrent à Kinshasa et Kabila se proclame Chef de l’État. La réalisation d’un rêve vieux de plus de 35 ans. Mais est-ce “Mission accomplie”? Il ne tardera pas à découvrir que non. En fait, il y avait deux objectifs simultanés : (1) Chasser (et éliminer) les Hutu des camps pour “protéger les frontières des trois pays voisins, et (2) détrôner Mobutu. Est-ce tout? Que prévoyaient d’autre les accords de LEMERA? Nous ne le savons pas.

Juillet 1998 : Le président Kabila remercie les Rwandais et les Ougandais pour les services rendu et leur demande de rentrer dans leur pays. C’est partie pour une nouvelle guerre.

La deuxième guerre d’agression de l’ex-Zaïre (RDC)

Le 2 aout 1998 : Les troupes rwandaises reviennent au galop. A Bukavu et à Goma, où s’installe vite un gouvernement “rebelle”, le Rassemblement Congolais pour la démocratie. A Kitona,  une base militaire, où des militaires et instructeurs rwandais rééduquent et entrainent l’armée congolaise. Ce jour, plusieurs gros porteurs acheminent à partir de Goma et du Rwanda beaucoup des soldats, des armes et des munitions.  Grace à l’aide militaire de l’Angola et du Zimbabwe, Kinshasa est sauvé de justesse et le Bas-Congo est repris aux rebelles.

Mais pourquoi cette deuxième guerre? Un prétexte : chasser Kabila, car il est un nouveau dictateur. Mais en réalité, se venger sur lui, car il n’a pas tenu ses promesses (dont on ignore toujours la réelle portée), et s’assurer le pouvoir à Kinshasa, par es congolais plus maniables interposés, à défaut des tutsi chassés par Kabila. Et en même temps, exploiter les richesses du pays à leur profit. Plus tard, la redéfinition des frontières (par annexion du Kivu au Rwanda ou par création d’un État tampon) sera présentée aussi comme enjeu majeur. Enfin, continuer la chasse et l’élimination des Hutus restant, sous prétexte de protéger les frontières.

Les “rebelles” (armées ougandaise, rwandaise, burundaises et soldats certains soldats congolais recrutés) avancent plus lentement qu’en 1996-1997. Il y a deux fronts : Celui du Nord (Ougandais + certains congolais) et celui du Sud (Rwandais et Burundais). Derrière le front : les milices d’autodéfense congolaises (Mai-Mai et autres), ex-FAR et militaires congolais les attaquent dans le dos; mais dérangent aussi gravement la population locale.

1998. Mme Susan Rice visite Kinshasa. Lors d’une rencontre avec les membres de la société civile à Kinshasa, déclare : “Une de trois grandes préoccupations de Washington est celle de garantir, dans la Région des Grands Lacs, un espace pour l’ethnie tutsi, pas seulement pour les banyamulenge, tutsi autochtones du Congo, mais également pour le groupe d’origine nilotique plus en général”. Car “les États-Unis, veulent éviter un nouveau génocide”, a-t-elle poursuivi. Logique étrange, c’est le moins que l’on puisse dire : le souci d’éviter un autre génocide devrait plutôt pousser les américains à exercer une pression sur les régimes dictatoriaux tutsi et exiger le dialogue, la réconciliation nationale et la démocratie en Ouganda, au Rwanda et au Burundi. Par contre, leur appui à l’agression et à l’occupation du Congo ne fait que créer les conditions susceptibles de provoquer le drame humain qu’ils disent vouloir éviter, après toutes les violences et les humiliations infligées à la population congolaise.

Le 13 avril 1999 : Résolution 1234 du Conseil de Sécurité demandant un accord de paix.

Le 10 juillet 1999 : Signature d’un cessez-le-feu à Lusaka par les chefs d’État concernés. Le 31 aout, par il sera signé par les “rebelles” congolais.

Le RCD essaie de récupérer la Société civile et l’Église catholique de Bukavu, sans succès. Le 21 juillet 1997, il ferme la Radio libre “Maendeleo”. En même temps, il essaie de contrôler la presse écrite.

Et la guerre continue …

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