Mouvement du 23 mars (M23) : origine et revendications

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Le Mouvement du 23 mars ou M23 est un grouple armé essentiellement organisé et soutenu par le Rwanda et qui combat les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans l’est du pays (RDC). Le groupe armé a été créé à la suite de la Guerre du Kivu, guerre qui a opposée de 2004 à 2009 les FARDC au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkundabatware (seigneur de guerre tutsi qui a combattu dans l’Armée de résistance nationale de Yoweri Museveni en Ouganda, puis au Rwanda dans le FPR de Paul Kagame entre 1990 et 1994, puis pendant les deux guerres du Congo sous l’AFDL et sous le RCD). Le M23 est composé d’ex-miliciens essentiellement tutsi, qui ont été intégrés dans l’armée de la République Démocratique du Congo à la suite d’un accord dit de paix négocié par le Rwanda pour le compte du CNDP, et signé le 23 mars 2009 (entre Kinshasa et le CNDP), et qui ce sont mutinés en mars et avril 2012.


Origine

Présenté comme une rébellion, d’après les éléments de langage introduit dès la première guerre du Congo qui fut une agression du Congo par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi soutenus par des puissances occidentales dont les États-Unis et l’Angleterre, et entretenu par le Rwanda, le Mouvement du 23 mars (M23) a commencé fin mars 2012 avec les défections de Bosco Ntaganda et d’environ 300 autres soldats tutsi, anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkundabatware ou Laurent Nkunda intégrés dans l’armée congolaise à la suite de la signature du traité de paix le 23 mars 2009, d’où le nom ”M23”. Cet accord fut négocié par le gouvernement rwandais. Les rebelles du M23 affirment alors que le gouvernement congolais n’a pas tenu sa part de l’accord, et ils disent depuis 2012 qu’ils se rebellent en raison de l’échec évident de l’intégration des éléments des mouvements politico-militaires dans les forces armées congolaises. Mais la véritbale raison de la mutinerie/rébellion du M23 est la volonté de Kinshasa de se débarrasser des chaînes de commandement parallèles de l’ex-CNDP dans le Kivu.

En effet, pour l’histoire, le CNDP a été créé fin 2006 et sa branche armée a été officiellement dissoute avec le traité en 2009. Lorsque le CNDP a intégré l’armée nationale à la suite de l’accord du 23 mars 2009, Bosco Ntaganda (surnommé ‘The Terminator’ pour sa réputation impitoyable) qui dirigeait alors le mouvement, a reçu le grade de général, même si la Cour pénale internationale (CPI) le recherchait pour crimes de guerre sur la base d’allégations selon lesquelles son ancien groupe – l’Union des Patriotes Congolais, UPC – aurait utilisé des enfants soldats. La CPI a depuis émis un deuxième mandat d’arrêt contre Bosco Ntaganda pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis sous son commandement par le CNDP.

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De 2009 à 2012, les anciens ‘rebelles’ du CNDP ont opéré sous leur propre chaîne de commandement au sein des FARDC, ont constitué une armée au sein de l’armée, et ont pu consolider le contrôle des ressources naturelles de l’est du Congo (à savoir les opérations d’extraction de minerais dans des zones riches en étain, tantale, tungstène et or, etc). Ainsi, l’accord du 23 mars 2009 s’est avéré providentiel pour les membres de l’ex-CNDP. Bosco Ntaganda et ses troupes ont bénéficié de trois ans de contrôle sur les itinéraires de contrebande et les rackets fiscaux. Mais au début de 2012, les officiers de l’armée congolaise ont commencé à prendre des mesures pour briser les réseaux de l’ex-CNDP au sein des FARDC. Dans le même temps, les crimes de guerre et contre l’humanité  de Bosco Ntaganda et ses troupes ont commencé à le rattraper ; plus tôt cette année, la pression internationale pour arrêter le général a augmenté. Ce sont ces ces facteurs qui ont contribués à la vague de défections fin mars et début avril 2012.

Revendications du M23 et faits

Selon les rebelles et l’opinion rwandaises, le gouvernement congolais n’avait pas respecté les termes de l’accord du 23 mars 2009. Ainsi, par ”M23” le mouvement laisse comprendre que tout ce qu’il veut, c’est l’application de l’accord du 23 mars 2009. Il est vrai qu’il y avait des lacunes (davantage pourrait être fait pour favoriser le rapatriement des réfugiés congolais du Rwanda, même si la question est complexe). Il y avait certainement des tensions et des insultes échangées entre l’ex-CNDP et d’autres commandants des FARDC, et le comité de mise en œuvre ne s’était pas réuni depuis de nombreux mois. Toutefois,  l’allégation de non réception des salaires étai exagéré, étant donné que de nombreux ex-officiers du CNDP profitaient royalement de leurs déploiements dans les zones minières et de leur contrôle sur les rackets de la contrebande. Bosco Ntaganda en particulier s’était enrichi grâce à la contrebande de minerais à travers la frontière ; ses hommes avaient même cambriolé des banques dans la ville de Goma en plein jour.

Quant aux opérations contre les FDLR, jugées insuffisantes par le M23, des avancées majeures ont été enregistrées de 2009 à 2012. Selon l’ONU, 4 914 combattants FDLR sont rentrés chez eux via la MONUSCO entre 2009 et février 2012, avec presque autant de personnes à charge. Cela pourrait représenter n’importe où entre 50 et 75 % de toutes les troupes des FDLR, bien que cela ne tienne pas compte du nouveau recrutement et que les estimations initiales de l’effectif des FDLR aient pu être légèrement erronées. En outre, le gouvernement congolais a continué à autoriser une compagnie des forces spéciales rwandaises à maintenir une base dans l’est du Congo et à mener des opérations contre les FDLR. Ceux-ci, encore une fois, ont été très réussis (bien que souvent à un coût humanitaire élevé). C’est ainsi que le chef d’état-major des FDLR, le colonel Mugaragu, a été tué, tout comme l’influent commandant de bataillon, le colonel Kanzeguhera (alias Sadiki Soleil) et plusieurs autres officiers importants.

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Dans la même veine, il y a l’allégation selon laquelle l’armée congolaise collabore avec les FDLR dans leur offensive contre le M23. Il s’agit d’une allégation faite par le gouvernement rwandais et le M23. Selon eux, la plainte la plus grave était la visite du colonel des FDLR Pacifique Ntawunguka (alias Omega) à Goma en mai 2012, prétendument pour rencontrer le général congolais Didier Etumba et recevoir de l’argent pour combattre le M23. Il n’y a pas de preuve tangible jusqu’à présent pour étayer cela. Cette année 2022, d’autres allégations ont été faites. Alors que l’armée congolaise a collaboré avec les FDLR dans le passé (en 2008) il n’y a pas encore eu de vérification indépendante d’une quelconque collaboration systématique contre le M23.

Il y a ensuite les allégations de discrimination anti-tutsi en République Démocratique du Congo. En 1996, le Rwanda justifie son intervention dans l’ancien Zaïre par les menaces contre les Banyamulenge, un groupe tutsi d’origine rwandaise qui a émigré au Congo quelques décennies avant. De fait, il ne fait aucun doute qu’un profond ressentiment et des préjugés regnaient alors contre contre la communauté tutsi dans l’est du Congo, communauté qui n’arrivaient pas à s’intégrer. Si toutes les communautés de l’est du Congo ont subi des abus, la perception tutsi de la discrimination est accentuée compte tenu de leur histoire particulière. En raison du comportement de l’armée rwandaise dans l’est du Congo et de la manière dont les Tutsi de natinalité congolaise ont été instrumentalisés (par exemple les Banyamulenge), un sentiment anti-tutsi s’est rapidement renforcé, conduisant à l’ethnogenèse : des groupes auparavant sans lien ont commencé à se considérer comme faisant partie de deux catégories plus larges, les Bantous et les Hamitiques, parfois appelés Nilotiques, et on a commencé à penser que ces catégories étaient nécessairement hostiles les unes aux autres. Le plus important ici est que l’idée d’une composante ethnique dans le  conflit est intenable, et si elle existait, elle ne serait que le fait d’un sentiment réactionnaire, et non le primo movens.

Par ailleurs, les allégations de discrimination anti-tutsi ne sont pas toujours fondées et ont parfois été manipulées. En 2012 par exemple, dès le début du M23, il y avait eu des accusations d’attaques anti-rwandophones (Tutsi et Hutu), notamment dans le Masisi. Bien qu’il n’y avait pas eu d’enquêtes exhaustives, l’ONU et les ONG internationales s’étaient penchées sur ces allégations en envoyant des équipes sur le terrain, mais ces équipes n’avaient trouver des preuves d’abus systématiques. En particulier, l’allégation formulée à la fois par le gouvernement rwandais et le M23 selon laquelle 43 ex-CNDP Tutsi avaient été tués à Dungu lors d’opérations anti-LRA n’avait pas été corroborée ni par la société civile congolaise ni par les ONG internationales basées là-bas. En fait, il y avait bien eu des civils tutsi et hutu arrêtés par l’armée congolaise et les services de renseignement car soupçonnés de collaboration avec le M23, et certains de ces civils pourraient avoir été battus. Mais rien de plus n’avait été prouvé.  Il convient de souligner que bon nombre des unités déployées contre le M23 dans la partie Mushaki-Kilolirwe du Masisi appartenaient initialement au 601e bataillon, qui comprenait de nombreux officiers tutsi et hema au niveau de la compagnie. En outre, le commandant de secteur qui avait succédé au M23 dans le Masisi était le colonel Innocent Kabundi, un Tutsi lui-même du Masisi, et de nombreux officiers d’état-major commandant des opérations au Nord-Kivu étaient des tutsis (Innocent Gahizi, Aaron Nyamushebwa, etc.).

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En résumé, il y a certainement eu des problèmes d’intégration de l’ex-CNDP et de manque de sincérité de part et d’autre. Mais ces problèmes, au regard des efforts fournis, auraient dû être résolus à la table des négociations, pas sur le champ de bataille, sauf si les motivations dépassaient le cadre des revendications.

Lire aussi : Crises au Rwanda, déstabilisation du Zaïre et guerre sans fin à l’Est de la République Démocratique du Congo – Chronologie commentée.

Sources

Reyntjens, Filip, Rwanda, ten years on : From genocide to dictatorship. African Affairs. Volume 103, Issue 411, April 2004, Pages 177–210. DOI: 103. 10.1093/afraf/adh045.

Mollie Zapata. Enough 101: What is the M23 Movement in Eastern Congo?. Enough Project, Aug 28, 2012.

Human Rights Watch. RD Congo : Les rebelles du M23 commettent des crimes de guerre. 10 septembre 2012.

Claude Muhindo Sengenya & Patricia Huon. Revived M23 rebellion worsens DR Congo’s security troubles. The New Humanitarian, 7 July 2022.

Daniel Levine-Spound & Niku Jafarnia. New Armed Conflict in DR Congo: A Renewed Call for Civilian Protection. Just Security, June 30, 2022.

SSRC – Conflit prevention and peace forum, Consolidating the Peace- Closing the M23 Chapter, DRC Affinity Group, December 2014.

Andres Schipani, How the DRC became the battleground of a proxy war over precious resources. Financial Times, October 27 2022.

Blanca Palacián de Inza. IS IT THE END OF M23? THE NEED TO MAKE A STAND, IEEE, Document of Analysis 52/2013, 1st October 2013.

SIDA, A Strategic Conflict Analysis for the Great Lakes Region, Division for Eastern and Western Africa, March 2004. Available on the website: www.sida.se/publications

Sadiki Koko, Peace at last?, ACCORD, .

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