Génocide Rwandais : Témoignage d’Helmut Strizek dans le Procès contre Bernard Ntuyahaga

- Publicité -

Par Helmut Strizek, Témoignage dans le Procès contre Bernard Ntuyahaga, Bruxelles, 10 mai 2007, 14.30 h.


Permettez‑moi quelques mots introductifs expliquant les motifs de mes efforts de recherche depuis 1994. Vous allez voir que je lutte contre la «version officielle» de l’explication du génocide contre les tutsi. Ma question principale a toujours été et restera toujours : Pourquoi les tutsi n’ont‑il pas été sauvés tandis que cela était faisable? Qui a sacrifié les tutsi ? Pour être clair : les tutsi ont été victimes de la fureur d’un million de déplacés internes hutu chassé de nouveau par le FPR le 7 avril 1994. Cette «fureur hutu» était sciemment provoquée par le FPR alors qu’elle aurait pu être endiguée facilement dans le cadre d’une concertation internationale. Le destin des tutsi était scellé par la décision honteuse de Conseil de sécurité du 21 avril 1994 de réduire à un chiffre symbolique la MINUAR et d’encourager par ce fait «la bête humaine». Les victimes hutu dans les territoires sous contrôle du FPR ne peuvent plus être niées, mais c’est justement là le grand tabou. Robin PHILPOT a raison : «Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali»1.

Je vais me concentrer maintenant sur le rôle de quelques personnes qui ont œuvré pour cacher au monde la vérité historique dans l’intérêt de Paul KAGAME. Ce vainqueur de la guerre d’agression a été caractérisé dans une interview avec LE SOIR du 13.1.2005 par Filip REYNTJENS à forte raison comme «le plus grand criminel de guerre en fonction aujourd’hui».

La création du réseau international du Front Patriotique Rwandais (FPR)

- Publicité -

Deux noms s’imposent en premier lieu: Alexandre KIMENYI et Roger WINTER. Alexandre KIMENYI a pu faire ses études de linguiste aux États-Unis à Partir de 1971 et y est resté comme une sorte d’exilé tutsi rwandais. Il est devenu professeur à l’université à Sacramento en Californie. Il a créé en 1982 la revue IMPURUZA où il a propagé le retour au pouvoir des aristocrates tutsi. Il était très lié à Fred RWIGEMA, un exilé tutsi, devenu vice­ministre de la défense sous Yoweri MUSEVENI en Ouganda. Le «Commandant Fred» avait créé avec un groupe d’amis, entre autres avec le chef adjoint du service secret militaire ougandais Paul KAGAME, la nouvelle organisation des exilés tutsi FPR en 1986/7. C’est RWIGEMA qui a commandé l’agression du FPR en octobre 1990 mais a été tué dans des circonstances toujours obscures dans les premiers jours de cette guerre de reconquête.

Notamment avec Roger WINTER, Alexandre KIMENYI2 avait organisé en 1988 une conférence à Washington où la décision du retour armé a été prise. Cette conférence a été rendue possible par le fait que Roger WINTER pouvait utiliser ses contacts politiques et se servir des infrastructures de l’organisation semi‑étatique qu’il présidait. En effet, depuis longtemps Roger WINTER était directeur de United-States Committee for Refugees qui s’occupe de l’aide aux réfugiés dans beaucoup de pays‑ du monde. Mais il avait établi spécialement des liens avec et des sympathies pour les exilés tutsi en Ouganda notamment.

WINTER défend de tout coeur la cause du FPR dès sa création et est resté jusqu’à présent un «sponsor» infaillible du régime KAGAME Roger WINTER peut être considéré comme un des plus importants «blancs menteurs» pour reprendre la terminologie de Pierre PÉAN. WINTER a joué un rôle important dans la duperie concernant l’implication rwandaise dans la destruction des camps de réfugiés à l’est du Zaïre et le renversement de MOBUTU pour empêcher des élections au Congo en 1996/1997.

Le réseau international du FPR en action

- Publicité -

KIMENYI et WINTER avaient compris déjà en 1988 qu’il fallait mettre en oeuvre une stratégie astucieuse pour convaincre la communauté internationale de la nécessité d’une guerre de reconquête du pouvoir à un moment où le vent démocratique commençait à souffler à travers le monde entier. Ils savaient que ce vent transformerait obligatoirement la structure étatique rwandaise. Il faillait donc cacher la peur de la minorité aristocratique devant des élections qu’elle perdrait à coup sûr. C’est pour cela qu’elle s’est couverte de quelques hutu qui étaient en brouille avec le Président HABYARIMANA et qui vivaient à l’extérieur du Rwanda. Il fallait devancer par tous les moyens ce processus démocratique par l’incitation d’une guerre civile et un dénigrement à outrance du gouvernement légal en place sous la direction du Général Juvénal HABYARIMANA. «Le danger démocratique» a grandi avec la défaite cuisante du FPR et la mort de Fred RWIGEMA en octobre 1990. La propagande camouflant des vrais objectifs du FPR est devenue un impératif quand Paul KAGAME est devenu l’homme fort du FPR malgré la présidence formelle du hutu Alexis KANYARENGWE à la tête de l’organisation. Dès la reprise de la guerre en janvier 1991 KAGAME a appliqué une stratégie de terreur contre la population civile. Pour divertir l’opinion internationale de ce fait il fallait donc attribuer au régime en place les crimes qui étaient la conséquence inévitable de la stratégie de guérilla. La recherche du soutien d’un «réseau blanc» dans l’application de la propagande anti‑Habyarimana était judicieuse et KAGAME a raison quand il a constaté une fois que personne n’a maîtrisé l’outil de propagande mieux que le FPR.

Roger WINTER et ses amis à travers le monde entier ont justifié tout sacrifice imposé à la population hutu rwandaise par l’invention d’horreurs attribuées au régime Habyarimana. Sans rentrer dans les détails je voudrais juste mentionner qu’une partie importante dans cette propagande revenait au protestantisme américain et international pour des raisons pas très faciles à expliquer. L’ancien Premier ministre français et protestant pratiquant Michel ROCARD y ajoué un certain rôle en diffusant après un voyage au Rwanda en 1997 le terme ‑inventé par Jean‑Pierre Chrétien ‑ «nazisme tropical» pour caractériser le régime HABYARIMANA.

Pendant la guerre de reconquête qui n’était pas populaire dans un monde après l’écroulement du communisme et la dissolution de l’Union Soviétique il fallait absolument inventer des prétextes pour divertir l’opinion internationale du fait que le FPR a toujours rompu des accords de cessez‑le‑feu quand elle avait pu s’approvisionner suffisamment en armes.

La stratégie de diversion du FPR

- Publicité -

En infraction des cessez‑le‑feu en vigueur le FPR : (a)  a lancé une nouvelle offensive en juin 1992 pour occuper une partie du territoire rwandais au nord, (b)  a attaqué le 8 février 1993 pour imposer une zone démilitarisée et a commencé l’agression finale le 6 avril 1994 contre l’esprit et la lettre des Accords d’Arusha conclus le 4 août 1993.  La propagande anti‑gouvernementale a minutieusement été développée pour divertir notamment le public des conséquences néfastes prévisibles de l’agression du 8 février 1993. Ce fut une sorte de répétition générale. Toutes les actions de propagande appliquée avant l’offensive du 7 avril 1994 sont une sorte de doublette de ce qui a été préparé en janvier 1993 à l’exception de l’attentat des deux Chefs d’États rwandais et burundais le 6 avril 1994.

La CIE

En préparation de l’agression du 8 février 1993 un rôle décisif revenait au réseau «blanc» du FPR. En anticipant les événements horribles qui accompagneraient cette offensive «le réseau blanc» est arrivé à imposer à l’opinion internationale une «lecture officielle» par l’envoi d’une «COMMISSION INTERNATIONALE D’ENQUETE SUR LES VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME AU RWANDA DEPUIS LE 1 er OCTOBRE 1990». Les membres de cette Commission arrivent au Rwanda le 8 janvier 1993. Sur base de documents incontestables, on sait que le FPR a attendu le rapport des «ses» experts ‑ en majorité blancs. KAGAME pouvait être sûr que ses experts joueraient le rôle qu’il leur a attribué. Et effectivement le rapport préliminaire soumis fin janvier 1993 au public dans une conférence de presse fort médiatisée a eu les effets attendus. L’opinion internationale a pris les «résultats» des éminents personnages à la lettre. Par conséquent HABYARIMANA et son gouvernement de coalition ont perdu tout crédit de la part des «donateurs». La Belgique a tout de suite gelé son programme d’aide.

Je voudrais vous présenter un petit tableau non‑exhaustif des actrices et des acteurs blancs sur la scène médiatique en faveur du FPR notamment les membres de cette «Commission d’Enquête». La «procureure mondiale honoraire» qu’est devenue Alison DES FORGES ‑ que la Cour a déjà entendu ‑ entre au moment de la préparation de cet Commission aux services de Africa Watch ‑ aujourd’hui Human Rights Watch ‑ pour succéder à la Somaliene Rakyia OMAAR qui était déjà « brulée » puisque tout le monde connaissait ses partis pris en faveur du FPR. A Alison Des FORGES revenait ‑ soutenu entre autres par Filip REYNTJENS ‑ à partir de New York l’organisation technique de cette fameuse «COMMISSION INTERNATIONALE D’ENQUETE» pour divertir l’opinion internationale des effets néfastes que l’agression programmée par le FPR va avoir sans doutes.

La Commission était composée d’éminents personnages. A côté de Alison DES FORGES se trouvaient des juristes de renom comme les professeurs SCHABAS (Canada) et SEGUI­DEGNI (Côte d’Noire), Halidou OUEDRAOGO de la Cour Suprême de Burkina Faso, l’avocat belge Eric GILLET, le Docteur en droit et journaliste Philippe DAHINDEN (Suisse) et le Néerlandais Rein ODINK. Comme «chef spirituel» de l’opération s’est avéré Jean CARBONARE, le chef de l’organisation SURVIE en France. Lors de la conférence de presse sensationnelle, déjà mentionnée, la délégation surprend le monde entier en accusation le Président HABYARIMANA et son Premier ministre NSENGIYAREMYE de préparer à l’aide des « escadrons de la mort » un génocide dirigé contre la population tutsi .

Puisque Kenneth ROTH, le nouveau chef du Human Rights Watch et dont une partie de la famille était victime de la Shoa perpétrée par le gouvernement allemand, a demandé l’utilisation prudente du terme de génocide, le Rapport publié le 8 mars 1993, par conséquent, n’accuse pas ouvertement Habyarimana de planifier un génocide. On y lit la phrase énigmatique : «Certains juristes estiment que le nombre de tués est un élément d’importance pour que l’on puisse parler de génocide. Les chiffres que nous avons cités, certes considérables pour le Rwanda, pourraient, aux yeux de cesjuristes, rester en deça du seuil juridique requis. La Commission estime que, quoi qu’il en soit des qualifications juridiques, la réalité est tragiquement identique». Le Rapport présenté par cette Commission est scandaleux. Presque toutes les affirmations ont été démasquées entre‑temps. Les instigateurs de la Commission ont apparemment essayé de créer un document comparable aux procès‑verbaux de la Conférence de Wannsee en 1942 qui effectivement ont prouvé la planification de l’extermination des juifs européens par l’état nazi. Le rapport de la Commission d’enquête servait aux Procureurs du Tribunal d’Arusha pendant un certain temps comme document de référence pour «prouver» la thèse de la planification du génocide anti‑tutsi par les extrémistes hutu. Mais à la longue toute personne honnête doit reconnaître sa mauvaise qualité et son caractère trompeur.

Jean CARBONARE ‑ le «chef de file» des «blancs menteurs»

Parlons un peu plus du grand «blanc menteur» qu’est Jean CARBONARE. Ce protestant français joue un grand rôle dans la justification de la reconquête du pouvoir par les exilés. Jean CARBONARE avait un renommé de vrai «tiers‑mondiste» auprès de la gauche européenne. J’ose dire que c’est ce fait qui, a même fait hésiter le Président Mitterrand d’utiliser des informations dont il disposait pour réfuter immédiatement les mensonges propagé par Jean CARBONARE à la télévision française le 28 janvier 1993. A partir de ce moment toute la gauche européenne ‑ et pas seulement elle ‑ croyait que le Président HABYARIMANA était un train de préparer un génocide. Comme je l’ai déjà les «révélations» de Jean CARBONARE devant la presse internationale ont atteint leur objectif majeur. La communauté internationale, notamment la Belgique a commencé à geler ‑ Jean GOL en était heureux ‑ son soutien de vingt années au Président HABYARIMANA.

François‑Xavier VERSCHAVE, à ce moment proche collaborate & de Jean CARBONARE en sa fonction de président de l’organisation SURVIE a succédé à Jean CARBONARE dans cette fonction quand celui‑ci s’est installé après la victoire du FPR à Kigali pour bien «observer» au nom de Paul K‑AGAME le hutu Pasteur BIZIMUNGU, le premier Président de «l’Etat FPR». CARBONARE et VERSCHAVE ont développé une haine farouche contre l’armée française, ce qui a plu à une grande partie de la gauche mondiale.

Filip REYNTJENS ne faisait pas partie de la Commission mais c’est lui qui avait fournie avant l’arrivée de la Commission à Kigali de la crédibilité à un certain Janvier AFRIKA qui s’est avéré beaucoup plus tard de ne pas être crédible du tout. Mais sous la pression du «réseau REYNTJENS» HABYARIMANA a accepté que la Commission a pu rendre visite à Janvier AFRIKA en prison sans accompagnement d’agents du gouvernement pour «pérorer» devant une caméra sur le rôle de Président HABYARIMANA au sein de ces escadrons de la mort inventés de A à Z.

Vous avez eu l’occasion d’entendre longuement le Professeur REYNTJENS dont la position très critique actuelle envers Paul KAGAME ne peut pas cacher que jusqu’à présent il est influencé par une haine presque maladive contre le Président HABYARIMANA, haine qui l’a conduit jusqu’à fournir la première filière française ‑ fausse ‑ concernant la provenance des missiles qui on détruit l’avion présidentiel le 6 avril 1994. Il avoue aujourd’hui cette erreur, mais il continue à maintenir ses spéculations concernant la planification du génocide par des « extrémistes hutu». Selon mes informations il a fait croire à la Cour que l’information que le gouvernement belge avait des indications concernant la planification de l’assassinat d’un certain nombre de casques bleus belges pas les «génocidaires hutu» est sérieuse. Or, cette information se trouve dans le fameux fax du Général DALLAIRE du 11 janvier 1994 reportant des «informations» d’un certain «Jean‑Pierre». D’ailleurs, l’original de ce fax adressé à son ami canadien Maurice BARIL au Quartier Général à New York ne se trouve pas dans les archives des Nations Unies. Toutes les conséquences que ce fax a produites se basent sur une copie et Chris BLACK, un avocat au TPIR, affirme que la copie contiendrait des rajouts.

Concernant les « révélations » de «Jean‑Pierre» on ne risque plus de se tromper quand on affirme que cet homme ‑ du vrai nom de Abubakar TURATSINZE ‑ était un agent du FPR qui a dû payer de sa vie cette connaissance dangereuse.

Je ne veux pas spéculer trop pourquoi le FPR a mis au monde cette information le 10 janvier 1994. Je veux simplement dire que ce n’est pas du tout une information émanant de quelques groupes hutu. Par ailleurs, une grande partie des informations qui devraient prouver le rôle criminel du régime HABYARIMANA par exemple la lettre des « militaires modérés » du 3 décembre 1993 étaient fabriquées par le FPR. Le cas le plus spectaculaire me semblent être les assassinats d’Emmanuel GAPYISI et de Félicien GATABAZI. Pendant des années la communauté internationale croyait à la version officielle de la responsabilité du « cercle HABYARIMANA » pour ces meurtres. Maintenant il est établi par André GUICHAOUA que la responsabilité en revient à Paul KAGAME.

Jean GOL

J’aimerais juste un petit moment revenir sur le rôle décisif de Jean GOL pour la préparation du terrain international en faveur du FPR. Il y a beaucoup d’éléments pour expliquer pourquoi cet homme anti‑clérical soit anti‑catholique et humaniste a pu être gagné à la cause terroriste du FPR. De fait il a cru à la présentation scandaleuse des exilés aristocratiques comme les « Juifs africains » par le réseau mondial des extrémistes tutsi comme Alexandre KIMENYI. Par ailleurs, Louis MICHEL, l’actuel Commissaire Européen au Développement, se comporte comme successeur spirituel de Jean GOL. La justification par Louis MICHEL de tous les crimes commis par Paul KAGAME ‑ décrits minutieusement par le dissident du FPR Abdul RUZIBIZA ‑ et ses éloges en faveur de la dictature rwandaise actuelle s’inspirent bien de l’action de feu Jean GOL. Dans la même ligne d’idées, il faut citer Alain DESTHEXE. Ses sympathies pour la dictature de Kigali sont notoires.

Concernant Colette BREACKMAN et Marie‑France CROS, les deux « haut parleurs » belges de la voix du FPR je veux me limiter à citer leurs noms. Vous les connaissez mieux que moi. Mais il faut dire que Colette BREACKMAN a joué un rôle de premier ordre pour empêcher la gauche internationale d’utiliser leurs propres têtes pour analyser la vraie situation. Gérard PRUNER avait une importance égale dans ce processus avec son livre tout de suite publié en anglais pour présenter la «lecture officielle». Comme Filip REYNTJENS, tous les trois ont entre‑temps changé ‑ même plusieurs fois ‑ leurs positions, mais maintiennent néanmoins la fausse thèse de la planification du génocide préparé par le gouvernement intérimaire. Cette thèse est la raison d’être du Tribunal d’Arusha dont la création était favorisée par tous les quatre.

Je ne comprendrai jamais pourquoi un quotidien conservateur comme LE FIGARO a ouvert ses colonnes pendant maintenant plus de 10 ans à leurs thèses plutôt « gauchistes » de dénigrement de l’armée françaises reprises par Patrick de SAINT EXUPÉRY3. Pour convaincre les sociaux‑démocrates Allemands qui étaient de longue date très critiques vis‑à‑vis de la présence «néo‑coloniale» française en Afrique francophone et vis‑à‑vis du catholique fervent HABYARIMANA le professeur Jean‑Pierre CHRÉTIEN ajoué un rôle très important. Le directeur pour l’Afrique au ministère des affaires étrangères allemand Harald GANNS a beaucoup apprécié et la position de SURVIE et celle de Jean‑Pierre CHRÉTIEN. GANNS, un social‑démocrate servant sous un ministre libéral, était une sorte de courroie de transmission pour SURVIE en Allemagne puisque il connaissait très bien l’Afrique pour avoir été longtemps ambassadeur dans différents pays africain et pour avoir développé une certaine antipathie visible contre les français en Afrique. C’est un des éléments qui ont joué pour découvrir une grande sympathie envers Paul KAGAME. Harald GANNS vient de défendre dans une revue de tendance protestante sa « priorité des priorités » pour défendre le régime FPR contre vents et marées. Il écrit qu’il a visité entre 1994 et 1998 10 fois le Rwanda et a eu 15 entrevues avec KAGAME. Lors d’une conférence il a publiquement expliqué le 30 avril 1995 : «Nous nous battonsfarouchement avec lesfrançais concernant le Rwanda, mais nous lefaisons à huis‑clos puisque nous ne voulons pas risquer une crise avec la France au sujet de ce pavs».

A partir de 1995 il était soutenu par Uschi EID dans son effort de protéger KAGAME. Mme EID est toujours député du parti des écologistes GRÜNE et a «couvert» le régime de KAGAME notamment pendant ses années comme Secrétaire d’Etat parlementaires. Elle a pu sous la protection du ministre des Affaires étrangères Joschka FISCHER qui de sa part était protégé par Madeleine ALBRIGHT supprimer toute velléité allemande qui aurait pu chercher la vérité concernant l’attentat du 6 avril 1994.

Bill CLINTON et Madeleine ALBRIGTH

C’est le bon moment de faire un petit saut en arrière. Puisque la prise en charge de l’administration américaine par le nouveau Président américain Bill CLINTON le 20 janvier 1993 est décisive pour l’ambiance anti‑Habyarimana dans le monde occidental. Tandis que l’administration BUSH père favorisait en la personne du Secrétaire d’Etat Herman COHEN une collaboration étroite avec la France, ce contact perd tout son poids sous la nouvelle administration. Pourtant la France et la nouvelle administration CLINTON ont encore négocié ensemble les Accords d’Arusha qui prévoyaient une participation du FPR au pouvoir mais voulaient empêcher la prise totale du pouvoir pas les exilés tutsi. Selon mes recherches c’est avant tout la nouvelle représentante américaine auprès des Nations Unies, Madeleine ALBRIGHT, probablement parce qu’elle se méfiait de la position pro Arabe de Mitterrand, qui cherchait à arriver à d’autres rives. Quand CLINTON a subitement quitté militairement l’Afrique après la débâcle de Mogadishu le 3 octobre 1993 les États Unis ont abandonné la concertation avec MITTERRAND. La démocratisation~propagée par lui n’était plus à l’ordre du jour à Washington. L’éloge de la nouvelle génération de chefs militaires comme alliés des Etats Unis se faisait jour.

Un autre fait important n’est pas pris en compte à sa juste valeur. C’est l’arrivée de Robert RAWSON comme Ambassadeur américain à Kigali. Ce militant du mouvement protestant «évangélical» Prayer Breakfast Movement avait participé comme représentant de ce  mouvement aux négociations d’Arusha. Il a pu exercer une certaine influence pour que leur résultat soit en faveur du FPR et de l’Ouganda. Quand il est arrivé peu après à Kigali comme ambassadeur américain RAWSON a pu influencer à Kigali ensemble avec la numéro 2 de l’ambassade Joyce LEADER l’application des Accords dans un esprit pro‑FPR. RAWSON avait longtemps collaboré avec le fervent protestant Rudolf DECKER, chef de la succursale allemande des Breakfast Prayer dans l’établissement des Accords d’Arusha. DECKER a pu établir de liens étroits avec la famille HABYARIMANA pour la convaincre des bonnes intentions de MUSEVENI. Est‑ce que RAWSON et DECKER étaient définitivement au courant de la décision du Pentagon de laisser leurs alliés FPR «liquider» HABYARIMANA et le nouveau Président hutu Cyprien NTARYAMIRA.

Je ne peux pas le prouver. Il est cependant révélateur qu’un militaire américain est arrivé à Kigali quelques heures avant l’attentat du 6 avril 1994 pour préparer l’évacuation de personnel de l’ambassade et des ressortissants américains.

Il est évident que depuis le mois d’octobre 1993 les Etats Unis favorisent la victoire du FPR au détriment d’un partage de pouvoir négocié à Arusha. En conséquence, ils ont laissé la main libre au tandem KAGAME‑MUSEVENI pour préparer la disparition d’abord du Président hutu du Burundi Melchior NDADAYE et plus tard de HABYARIMANA. Car les amis de KAGAME ont partagé son avis que HABYARIMANA et le mouvement démocratique du Burundi représentaient un danger pour la conquête militaire du pouvoir au Rwanda. Le «danger français» qui avait en février 1993 empêché la victoire déjà tangible était écarté à Arusha où le départ des soldats français était fixé après l’arrivée de la MINUAR. Le «problème NDADAYE» fut «réglé» le 21 octobre 1993 par son assassinat. Le réseau FPR a pu contenir toute réaction internationale défavorable au FPR.

Il restait à régler «le problème HABYARIMANA». Après le départ définitif des soldats français fin décembre 1993 le moment était venu pour passer à l’action. Ce fut fait par le commando spécial du FPR4 avec l’accord tacite des Etats Unis et probablement de la Belgique le 6 avril 1994. Je n’ai pas de doute que le général DALLAIRE travaillait dès son arrivée sur la scène rwandaise en faveur de la victoire du FPR, mais il est également clair qu’il pensait que la victoire était compatible avec le sauvetage des tutsi, ce qui n’était malheureusement pas dans la stratégie de Paul KAGAME. Bien au contraire il a pu convaincre Washington d’éviter le moindre risque et de réduire la MINUAR.

Tout était prévu car déjà le 13 avril 1994 dans une lettre de son représentant à New York adressée au Conseil de Sécurité ‑ le gouvernement intérimaire a trouvé seulement la veille son domicile préliminaire près de Gitarama ‑ le FPR a constaté un «génocide accompli» (« a crime of genocide has been committed »). Le FPR refusait tout effort pour l’établissement d’un cessz‑le‑feu et a demandé de pouvoir régler le problème des massacres à sa façon. Déjà à ce moment, le FPR a demandé un tribunal international pour juger les responsables parce que les « perpetrators of these atrocities in Rwanda are known ». La machine publicitaire préparée entre autres par les gens dont je viens d’évoquer leur rôle dans cette entreprise de diversion, fut mise en marche et travaille formidablement bien au TPIR à Arusha jusqu’à ce jour.

Résumé

Je veux m’arrêter à ce point tout en sachant que le tableau n’est pas encore complet. Je devrais par exemple évoquer un peu plus en détail les réseaux de soutien canadien où Louise ARBOUR a sa place et néerlandais où il faudrait parler de Jan PRONK. Comme résumé je voudrais faire deux constatations : (a) Personne n’a pu prouver un plan de génocide anti‑tutsi établi par la communauté hutu. Les massacres des tutsi par un million de fuyards hutu ont pu se réaliser dans un vide étatique créé par le FPR et ses alliés, et (b) Les alliés occidentaux du FPR ont mis en scène un scénario pour cacher leur responsabilité pour une politique agressive qui a causé des millions de morts dans la Région des Grands Lacs Africains. Dans cet objectif beaucoup de boucs émissaires hutu ont été inventés.

Je vous remercie de votre attention et me tiens à votre disposition pour tout éclaircissement demandé.

Notes

  1. Titre de son livre de 2003.
  2. Après la victoire du FPR KIMENYI a rompu avec KAGAME sur des divergences concernant la façon de diriger le nouvel état.
  3. Le professeur français Bernard LUGAN vient de réfuter toutes les attaques contre l’armée française dans un livre intitulé : Rwanda. Contre‑enquête sur le génocide.
  4. Voir l’Ordonnance de Soit‑Communiqué du juge Bruguière du 17 november 2006.

Sur les mêmes sujets

-- Annonce --
Total
0
Share