Pauvreté et chômage en RDC : état des lieux, analyses et perspectives

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Dans sa thèse de doctorat intitulée “Pauvreté et chômage en République Démocratique du Congo: état des lieux, analyses et perspectives”, Jonas Kibala Kuma a analysé la situation de la pauvreté en République Démocratique du Congo, dans une approche descriptive. Dans le cadre de son étude, il définit la pauvreté comme étant l’insuffisance des ressources matérielles (la nourriture, l’accès à l’eau potable, les vêtements, le logement, les conditions de vie) et des ressources intangibles comme l’accès à l’éducation, l’exercice d’une activité valorisante, le respect reçu des autres citoyens, etc. (Besbes et Boujelbene, 2010). Par ailleurs, ont fait l’objet des développements dans le cadre de cette étude : l’État de lieux du chômage et de la pauvreté en RDC; les Causes et les conséquences de cet état de choses; la Mobilisation des ressources et partenaires; ainsi qu’une réflexion sur les voies éventuelles de sortie. Selon le chercheur, pour lutter contre la pauvreté et le chômage en RDC, les mesures suivantes sont envisageables :

1. En matière d’eau potable et assainissement : (i) Accroitre les investissements publics ; (ii) Renforcer les capacités de captage, de traitement, de stockage et de distribution d’eau de la société nationale de l’eau (REGIDESO) ; (iii) Améliorer la gouvernance du secteur, par la finalisation et la promulgation de la loi sur la gestion de l’eau ; (iv) Accroitre les moyens d’intervention de l’Office des voiries et drainage (OVD) pour l’aménagement des systèmes efficients de drainage et d’évacuation des eaux usées des grandes villes ; (v) Renforcer les capacités financières, opérationnelles et techniques des services publics d’assainissement ; (vi) Développer un programme d’éducation à l’hygiène et à l’assainissement.

2. En matière d’énergie : Appliquer la loi sur l’électricité et mettre en place des agences de régulation pour favoriser le lancement des projets de construction ou de modernisation des mini-barrages hydro-électriques.

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3. En matière de transport et télécommunications : (i) Mettre en place un système de transport intégré et multimodal, capable de désenclaver le pays pour favoriser l’émergence d’un vaste marché intérieur, (ii) Accroitre la part du budget consacré aux infrastructures ou les dépenses en capital, tout en veillant au respect des normes environnementales et sociales dans la réalisation des infrastructures, et à l’opérationnalisation des mécanismes d’entretien et de maintenance des infrastructures prévus.

4. En matière d’éducation et formation professionnelle : (i) Poursuivre la mise en œuvre de la Stratégie sectorielle de l’éducation et de la formation (SSEF) 2016-2025, pour développer l’accès, l’équité et la rétention scolaire, améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage et renforcer la gouvernance du secteur; (ii) Poursuivre la mise en œuvre du programme de construction des écoles dans les zones non couvertes, le recrutement d’enseignants, la création des cantines scolaires et l’octroi de bourses ou d’aides directes ciblées ; (iii) Organiser une formation professionnelle de qualité dans les trois secteurs clés qui emploient une part importante de main d’œuvre (formelle et informelle), soit l’agriculture, la construction et les mines. Il est à préciser que les variations dans le secteur minier influent sur les taux d’emplois dans d’autres secteurs.

5. En matière de genre :  Plusieurs stratégies sont mises en œuvre pour corriger les disparités subsistantes. Il s’agit notamment de la Politique Nationale Genre, de la Stratégie nationale d’intégration du genre dans les politiques et programmes, de la politique de santé de la reproduction, et du Programme national de santé de la reproduction (PNSR). Par ailleurs, le nouveau Code de la famille, adopté en 2016, a permis de corriger certaines injustices dont les femmes étaient victimes. Enfin, la Loi n° 16/010 du 15 juillet 2016 modifiant et complétant la Loi n° 015-2002 portant Code du travail permet à la femme de travailler de nuit et à la femme enceinte de suspendre son contrat de travail sans que cela ne constitue une cause de résiliation. Les efforts restent à fournir pour l’utilisation efficace de ces stratégies et la mise en œuvre des programmes arrêtés.

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6. En matière d’emploi et de protection sociale : (i) Appliquer la Politique nationale de l’emploi et de la formation professionnelle (PNEFP), adoptée par le gouvernement congolais 2015, qui est de nature à contribuer à la réduction du chômage, (ii) Mettre en œuvre ou appuyer (optimiser) les instruments suivants : la Politique nationale de la protection sociale (PNPS), la Stratégie nationale de la politique sociale (SNPS) et la caisse nationale de retraite des fonctionnaires de l’État (CNSSAP), (iii) Accroitre la part du budget allouée à la protection sociale (1,5% du budget total en 2017, avec un taux d’exécution de 41%) ; (iv) La RDC a élaboré sa première stratégie de formalisation de l’exploitation minière petite et artisanale/EMPA. Elle doit envisager aussi à instaurer le permis d’exploitation minière à petite échelle pour décourager les activités informelles dans ce secteur, assurer la sécurité d’occupation, mettre en place un régime d’imposition efficace, fournir une assistance technique aux mineurs (intrants technologiques, etc.) et une meilleure organisation sociale (coopératives, etc.).

7.  Pour le développement socio-économique du pays :

  1. Au regard de la situation socio-économique du pays, les défis majeurs demeurent principalement de doter la RDC des capacités à promouvoir une croissance qui soit à la fois inclusive et multisectorielle, de trouver des moyens adéquats et de concevoir des stratégies et actions prioritaires ayant des effets d’entrainement sur d’autres secteurs.
  2. Comme l’estime la BAD (Dabire J.M., 2018), la croissance générée principalement par le secteur extractif est peu favorable aux pauvres ; ainsi, il tient de renforcer la gouvernance économique et financière pour assurer une redistribution plus équitable des revenus générés par ce secteur.
  3. Diversifier l’économie congolaise. Et, pour ce faire, les pouvoirs publics devraient utiliser les rentes minières pour investir dans les secteurs à forte intensité de main d’œuvre (secteur agricole) pour absorber un bon nombre des chômeurs et améliorer les revenus de la population pauvre.
  4. Accélérer avec l’adoption du cadre juridique relatif aux partenariats public-privé (PPP) en cours d’examen par le parlement.
  5. Poursuivre avec les réformes visant l’amélioration du climat des affaires. A ce sujet, Sumata Claude (2020) signale que l’amélioration du climat des affaires favoriserait l’attractivité et l’implantation des investissements étrangers en RDC.
  6. Rénover les milliers des fermes abandonnées pour stimuler le secteur de l’agriculture qui est de nature à employer une bonne part de la main d’œuvre (sur 80 millions d’hectares carrés de terres arables déboisés, seulement environ 10% sont en production). La RDC pourrait reprendre avec ses cultures rentables d’antan (production et exportation d’huile de palme, de caoutchouc, de sucre, de café et de coton), ce qui va contribuer à un accroissement considérable de l’emploi, une réduction de la pauvreté, une diversification des exportations, une appréciation de la monnaie nationale. Il faut pour cela, des investissements en capital et en mécanisation, ce qui va stimuler la productivité ;
  7. La faible productivité du manioc, pourtant la principale culture produite sur une grande partie du territoire, est due à l’utilisation des variétés traditionnelles et des techniques culturales inadéquates. Une formation professionnelle s’impose pour une création d’emploi avec la culture du manioc et bien d’autres cultures ;
  8. Mettre en œuvre des mécanismes pour actualiser et harmoniser les lois (ancrages extérieurs : ex. traités de l’OHADA) et renforcer leur mise en application (appliquer et faire exécuter la loi sur le commerce) ;
  9. Favoriser le développement des secteurs des ressources naturelles (transformation des ressources) pour profiter de leur impact en termes de création d’emplois ; aussi, poursuivre les efforts pour accroitre les ressources du secteur extractif qui restent faibles vu le potentiel du pays dans ce secteur ;
  10. Les priorités diffèrent selon les provinces, notamment : (i) A Kinshasa : la baisse de la pauvreté passe par la création d’emplois et de sources de revenus (investissements) ; (ii) Au Bandundu : la relance de la croissance et la réduction de la pauvreté passe par le développement de l’agriculture ; (iii) Dans la province orientale : la réduction de la pauvreté passe par le désenclavement des zones agricoles et l’éradication des proches d’insécurité ; (iv) Au Katanga : la réduction de la pauvreté passe par le rééquilibrage de l’économie katangaise en faveur de l’agriculture en améliorant l’accès aux sources de financement et en développant les infrastructures de base ; (v) Au Sud-Kivu : pour stopper le cercle vicieux de la pauvreté dans cette contrée, il tient de sécuriser le Sud-Kivu et mettre en place des politiques sociales pour accompagner les populations dans la reconstruction.

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