Cri de l’Église catholique du Kivu-Maniema : Le sang de ton frère cri vers moi … (Gn 4,10) | 09 mai 2003

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Au cours de la Deuxième guerre d’Agression du Congo, l’Accord global et inclusif de Pretoria est signé le 16 décembre 2002 à Pretoria entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, dans le but de mettre un terme cette guerre. L’accord a été précédé par l’accord de cessez-le-feu de Lusaka. Malgré tous les efforts, les populations continuent d’être victimes de graves violations du droit à la vie et à la sécurité. Les armées rwandaises continuent à occuper des pans entiers des territoires au Kivu. Devant la gravité de la souffrance de la population, de l’impasse sécuritaire et de la déception de la part de la MONUC censée protéger la population et pourtant indifférente à son sort, les évêques du Kivu lancent un cri de détresse, dont voici le texte.


“Le sang de ton frère cri vers moi …” (Gn 4,10)

Cri de l’Église catholique du Kivu-Maniema

Message des évêques de l’APEKI (Assemblée Provinciale des évêques du Kivu) aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté).

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1. Nous, membres de l’Assemblée provinciale des évêques du Kivu, réunis en session ordinaire à Goma, du 06 au 09 mai 2003, après avoir écouté les rapports provenant de nos différents diocèses sur la situation sociopolitique et sécuritaire du moment, avons estimé nécessaire et urgent de lancer ce cri d’alarme et de détresse devant les enjeux majeur qui se profilent à l’horizon.

I. Espoirs suscités par les récents accords

2. Le peuple congolais a suivi avec beaucoup d’intérêt et de soulagement les efforts fournis de part et d’autre par les belligérants, pour reconstruire la paix en R.D. Congo et dans la régions des Grands Lacs. Tout le monde était convaincu que le processus de paix devenait irréversible et que la guerre était terminée. Vraiment, tous les espoirs étaient permis.

II. Poursuite du calvaire des populations de la province du Kivu

3. Il se fait malheureusement que, sur le terrai, c’est-à-dire dans nos différents diocèses, les faits auxquels nous assistons révèlent une certaine duplicité de part et d’autre. En effet, nous constatons ici et là :

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⚈ Des affrontements qui montrent que la guerre perdure avec tous ses corollaires : massacres des populations civiles, viols, enlèvements et tortures, profanation de nos églises, pillages des bines et destruction méchante des infrastructures de base (cas de Bunyantende, Mbingi, Uvira, Burhale, Mingana, Shabunda, Punia, ….);

⚈  La présence des troupes rwandaises dans certaines contrées de notre province ecclésiastique (Plaine de la Ruzizi, Burhale, Shabunda, Kindu, …);

⚈ Les tentatives faites par le uns et les autres, de reconquérir des territoires;

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⚈ Le silence de la MONUC et autres organisations internationales, devant les graves et flagrantes violations des droits de l’homme opérées sous leurs yeux, apparait à la population comme une complicité;

⚈ L’intensification des actes de banditisme et des vols à mains armées;

⚈ La poursuite du pillage des ressources naturelles et fiscales du pays.

De là s’en suit une détérioration toujours plus accrue de la situation humanitaire notamment les déplacements forcés de la population, la malnutrition, les maladies endémiques, la transmission à grande échelle du VIH-SIDA et d’autres infections sexuellement transmissibles.

4. Tout en accentuant ces drames humanitaires, cette pénible réalité suscite certaines interrogations quelque peu angoissantes :

⚈ Pourquoi la reprise de la guerre pour la reconquête des territoires, alors que le pays va bientôt être réunifié ?

⚈ Pourquoi le retour des troupes rwandaises?

⚈ Pourquoi les agents de la MONUC adoptent-ils tant de réserve quand il s’agit de constater cette présence des troupes rwandaises et les violations aussi flagrantes des droits humains?

5. Nous signalons par ailleurs, la présence dans notre province de plusieurs groupes armés. Même si nous pouvons nous tromper sur la dénomination de l’un ou l’autre groupe et sur les alliances de soutien, un fait est réel : la circulation désordonnée des armes par des groupes incontrôlés au Kivu continuera à semer la mort et la désolation au sein de la population.

Il est certain que si ces particularités du Kivu ne sont pas traitées avec plus de réalisme, de clairvoyance et de fermeté, la paix tardera à venir en RD. Congo.

III. Urgence d’un engagement socio-politique en faveur de la paix

6. Après constatation et analyse de la permanence de la guerre dans notre province ecclésiastique, conscients que la souffrance de la population a atteint les limites du concevable; Nous, pasteurs, au nom du peuple de Dieu qui nous est confié, nous nous trouvons en droit d’exiger avec insistance :

A. Des acteurs politiques les actes concrets suivantes

7. ⚈ Une culture politique saine : qu’ils cessent de considérer la RD. Congo comme leur bien privé dont ils peuvent user et abuser au gré de leurs intérêts égoïstes et au détriment du souverain primaire qu’est le peuple Congolais.

⚈ La déclaration immédiate et officielle de la fin de la guerre.

⚈ La réunification effective du pays exprimée par : l’ouverture des voies de communication terrestre, ferroviaire, fluviale et aérienne, en vue de la libre circulation des personnes et des biens.

B. De la communauté internationale

8. ⚈ Notre conscience de pasteurs s’indigne d’une mission d’observation qui, devant les massacres des civils, se rend continuellement coupable de non assistance des personnes en danger.

⚈ La situation désastreuse dans lequel la RD. Congo est plongée ne peut lui permettre d’assurer, par ses propres moyens, le démarrage et le bon fonctionnement des institutions de la transition ainsi que la préparation des élections libres et transparentes. Une aide de la communauté internationale s’avère indispensable.

⚈ La convocation, à temps opportun, d’une conférence régionale sur la paix dans les Pays des Grands Lacs.

⚈ Qu’il y ait une volonté réelle de faire avancer le processus de rapatriement des réfugiés.

C. De la population de la province ecclésiastique de Bukavu

9. ⚈ L’heure est grave pour l’avenir de notre province et de notre pays. Vous devez prendre conscience du potentiel que vous constituez pour accélérer l’avènement de la paix que nous appelons de tous nos voeux. La paix n’est jamais donnée. Elle sera toujours le fruit d’un engagement courageux et d’un patriotisme héroïque.

⚈ Désormais, prenez résolument la décision de vous désolidariser de toute personne et de tout groupe qui entretient la guerre, la division ethnique et tribale, les viols et les pillages. Impliquez-vous davantage dans le processus de paix et n’hésitez pas à interpeller vivement toute personne ou tout groupe qui constituerait un obstacle à la paix véritable.

10. Que la Vierge Marie, Reine de la Paix, intercède pour nous. Que Dieu bénisse notre province et notre pays, la R.D. Congo.

Fait à Goma, le 09 mai 2003.

1. S.E Mgr Faustin NGABU, évêque de Goma et Vice-président de l’APEKI
2. S.E Mgr Paul MAMBE, évêque de KINDU,
3. S.E Mgr Jean-Pierre TAFUNGA, évêque d’UVIRA,
4. S.E Mgr Théophile KABOY, Evêque de KASONGO,
5. Mgr Emmanuel MWANAPENZI, Vicaire Général de BUTEMBO_BENI
6. Mgr Charles MAGANYA, Vicaire Général de GOMA,
7. Mgr Bernard KINUMBI, Vicaire Général de KINDU,
8. Mgr Simon-Pierre IYANANIYO, Vicaire Général de KASONGO,
9. Mgr Pierre BULAMBO, Vicaire épiscopal de BUKAVU.

Diffusion : Centre Diocésain de Pastorale, Catéchèse et Liturgie.

B.P. 162 BUKAVU.-

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