Zoom sur le génocide au Zaïre

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Source : Rainer Apel, A closer look into the Zaire genocide, Executive Intelligence Review, Volume 24, Number 25, June 13, 1997.

Les politiciens allemands commencent à s’attaquer aux meurtres de masse des réfugiés hutus au Zaïre.


L’establishment politique de Bonn a commencé à prendre acte officiellement des massacres en cours au Zaïre/Congo contre les réfugiés hutus du Rwanda et du Burundi. Jusqu’à présent, il y a eu la pratique diplomatique de ne pas aborder la question «délicate» en public, mais de ne la soulever qu’à huis clos, par exemple avec l’homme fort rwandais, le ministre de la Défense Paul Kagame, à Bonn le 22 mai. Aucun détail sur cette discussion n’a été divulgué à ce jour.

Mais le 2 juin, le ministre des Affaires étrangères Klaus Kinkel a informé les 14 autres ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, lors de leur réunion à Luxembourg, que lui et le gouvernement allemand avaient des informations fiables sur la poursuite des massacres commis par l’alliance militaire du dictateur congolais Laurent Kabila, et sur l’intimidation et attaques militaires contre des membres d’organisations humanitaires internationales. Kinkel a recommandé qu’une délégation de l’UE qui prévoit de rencontrer Kabila et son nouveau gouvernement, bientôt, fasse de ces massacres un problème. Kinkel a exigé que Kabila non seulement mette fin à ce génocide, mais coopère également avec une mission d’enquête internationale indépendante dans la région où les massacres ont été signalés. Le 3 juin, un haut porte-parole du ministère des Affaires étrangères m’a dit qu’il ne voulait pas préciser quelles étaient les sources de la déclaration de Kinkel, mais il a souligné qu’elles étaient très fiables et avaient fourni des preuves solides des massacres. Il a ajouté qu’il existe des preuves solides que les massacres ont persisté après que Kabila a pris le pouvoir à Kinshasa.

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Début mai, le parti allemand Civil Rights Movement Solidarity (BüSo), dont la liste électorale est dirigée par Helga Zepp LaRouche, a fourni au ministère des Affaires étrangères un dossier sur le génocide. Il y a aussi des rapports de la mission catholique allemande Caritas, dont les membres dans l’est du Zaïre ont été intimidés, et même soumis à la violence et au meurtre par les forces de Kabila. Le 16 mai, la branche allemande de Médecins sans frontières (MSF) a mis son rapport à la disposition du ministère des Affaires étrangères et de plusieurs commissions parlementaires. Il y a aussi, ai-je appris à Bonn, les propres dépêches du ministère des ambassades à Kinshasa et dans d’autres capitales africaines, qui auraient pleinement confirmé les accusations portées contre Kabila.

Mon interlocuteur au ministère des Affaires étrangères a également déclaré qu’en plus de la pression diplomatique sur Kabila, Bonn fera pression sur “les personnes responsables dans d’autres États [d’Afrique] qui ont une influence sur Kabila”. Cela inclut Kagame, ainsi que le chef de guerre ougandais Yoweri Museveni, a-t-il confirmé. Le rôle de Kagame dans la marche vers le pouvoir de Kabila a également été un problème dans la décision du 21 mai du ministère allemand des relations sectorielles en développement, de geler tous les transferts financiers vers le Rwanda et le Zaïre/Congo pour des projets d’aide aux réfugiés hutus rwandais, jusqu’à ce qu’il soit clarifié où ces réfugiés le sont et des garanties sont données que l’aide leur parviendra. Cette décision a été prise alors que Kagame arrivait à Bonn pour des entretiens avec plusieurs responsables gouvernementaux, et un jour avant, il rencontrait le ministre adjoint chargé des relations avec le secteur en développement.

Le 26 mai, un porte-parole de la branche allemande du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) m’a dit que la décision découle de l’incertitude entourant le sort des réfugiés qui dépendent de l’aide. Il n’y a plus de réfugiés au Zaïre qui peuvent être atteints avec de la nourriture et de l’aide médicale, il m’a dit : “Tous les camps ont été détruits, et beaucoup sinon la plupart des réfugiés ont été tués par les forces de Kabila”, a dit le porte-parole, ajoutant qu’il n’est “absolument pas clair combien d’entre eux sont encore en vie, après être retournés au Rwanda”. Les organisations humanitaires n’ont pas accès au Rwanda, car Kigali n’a demandé aucune aide internationale pour les retours des Hutus. Toute l’aide internationale était liée à l’existence des camps dans l’est du Zaïre et au transfert des réfugiés – ceux qui avaient survécu à la fois aux massacres et aux longues et épuisantes marches à travers les forêts pour retourner au Rwanda. On ne sait pas du tout s’ils ont survécu après leur retour forcé, a déclaré le responsable du PAM.

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Réfugiés rwandais hutus dans les camps de Goma, 1994, Zaïre. © Sebastiao Salgado.

Le génocide au Zaïre/Congo après la prise de pouvoir de Kabila sera en outre mis à l’ordre du jour de la sous-commission parlementaire de Bonn de la commission des relations extérieures pour les droits de l’homme. Les membres du sous-comité, dont la prochaine réunion est prévue le 11 juin, ont reçu non seulement les rapports de BüSo et de MSF, mais aussi d’autres preuves. La branche allemande de MSF a fourni des preuves supplémentaires sur non seulement l’intimidation massive de ses efforts de secours au Rwanda, au Burundi et au Zaïre/Congo, mais aussi directement sur les assassinats de leurs membres du personnel africains là-bas. Ulrike von Pilar de MSF/Allemagne a rapporté à Bonn le 2 juin que l’ampleur des assassinats ciblés de membres du personnel par des unités militaires génocidaires au Rwanda, au Burundi et au Zaïre/Congo était la pire depuis la guerre en Tchétchénie.

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