Qu’est-ce que le nationalisme?

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Qu’est-ce que le nationalisme? À cette question, il est possible de répondre simplement: une idéologie politique qui entend faire de la nation le lieu privilégié de l’expression collective. Le terme de nation renvoyant alors à une collectivité humaine partageant des caractéristiques communes, culturelles (langue, religion, histoire partagée…) et/ou politiques (appartenance à la même communauté politique territorialisée). Selon Bénéi, le nationalisme se définit comme «un principe ou une idéologie supposant une correspondance entre unités politique et nationale». Cet auteur insiste sur l’abstraction de l’idée, qui en soi ne relève pratiquement pas du concret: il s’agit d’une relation de multiples ordres entre un groupe socioculturel auto-identifié et un État. Le nationalisme est un projet politique, il ne doit pas être confondu avec le patriotisme qui réfère, lui, à un sentiment.

Le fond conceptuel

Apparu au 18e siècle, le nationalisme a été tour à tour émancipateur puis dominateur. A l’origine, il est indissociable de l’aspiration démocratique. Longtemps l’apanage de la philosophie et de la science politique, il occupe aujourd’hui une place centrale en anthropologie qui a renouvelé sa compréhension par des recherches sur son appréhension dans les langues vernaculaires, et le rôle du corps, des émotions et de l’agency des acteurs sociaux dans la fabrication des allégeances nationales. Cette émergence est liée à une transformation majeure: le fait d’investir le peuple de la souveraineté politique ultime, en lieu et place des monarques. En introduisant cette légitimité horizontale, les révolutions américaine et française rompent avec la société inégalitaire d’Ancien Régime et proclament l’égalité foncière entre les citoyens rassemblés au sein d’une même nation. C’est dire que le nationalisme est, à son origine, indissociable de l’avènement de la démocratie comme gouvernement du peuple. Cette dimension révolutionnaire du nationalisme n’avait pas échappé aux tenants de l’ordre politique traditionnel.

Le phénomène nationaliste est pourtant généralement perçu comme anachronique, du moins dans les milieux académiques. Dans les années 1990, des auteurs comme Eric Hobsbawm, Francis Fukuyama ou Jurgen Habermas, porteurs de traditions analytiques très différentes, partageaient l’opinion d’une dissolution du cadre national sous le poids de la modernisation et de la mondialisation. C’était oublier, selon Dieckhoff, que la notion de «modernisation», pertinemment analysée par Karl Deutsch, avait dans le passé contribué à la formation des États-nations. C’est elle qui, en France notamment, a concouru à l’exode rural et l’urbanisation, phénomènes essentiels à la formation de la communauté nationale. C’est par elle que les paysans sont devenus des « hommes français ».

Quelques typologies des nationalismes

Selon Denis Monière
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Le politologue Denis Monière classe le nationalisme sous deux typologies:

  • une typologie dite « classique », basée sur les critères d’appartenance, qui fait la distinction entre le nationalisme civique ou politique et le nationalisme ethnique ou culturel. Chacun renvoie à une conception de la nation bien particulière.
  • une seconde, basée sur des critères basés sur les objectifs, comprend quatre groupes : nationalisme de domination, nationalisme de libération, nationalisme de conservation, nationalisme de revendication.
Selon Pierre-André Taguieff

Pierre-André Taguieff distingue trois formes principales de nationalisme:

  • le nationalisme ethnique, ou ethnonationalisme, qui est la forme de nationalisme dans lequel la « nation » est définie en termes d’appartenance ethnique (critère se voulant parfois « biologique », avec des recherches de marqueurs ADN, depuis le XXe siècle) ;
  • le nationalisme civique, le plus souvent inspiré par des notions issues du droit du sol ;
  • le nationalisme culturel, position intermédiaire entre les deux autres formes et dans lequel la nation est définie par une culture commune.

Au XXe siècle, le nationalisme se conjoint à l’anti-impérialisme pour former des mouvements de libération nationale.

Oppositions au nationalisme

  • Karl Marx, puis certains théoriciens marxistes, se sont officiellement opposés au nationalisme, qu’ils présentaient comme une étape dans le développement des sociétés humaines, et avançaient l’idée qu’une internationale prolétarienne allait assurer la victoire de cette classe sociale. Toutefois, certains historiens considèrent que si les observateurs marxistes ont été perspicaces sur les rouages du nationalisme, leur combat politique pour s’opposer à l’envahissement du nationalisme dans les cœurs des prolétaires est un échec sans appel ou relatif, suivant les historiens.
  • Les partis socialistes de tous les pays défendirent officiellement l’internationalisme, qui s’oppose au nationalisme. Ce tournant fut marqué, en France, par l’Affaire Dreyfus, au cours de laquelle le nationalisme en France devint une valeur de droite voire d’extrême-droite. Cependant, l’« internationalisme prolétarien » pouvait se joindre à une défense du patriotisme (par exemple chez Jaurès, qui déclare « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale; beaucoup de patriotisme y ramène», ou chez le radical-socialiste Clemenceau, voire chez Bakounine qui distinguait le nationalisme en tant qu’idéologie d’État du patriotisme en tant que « sentiment naturel», même s’il pouvait se montrer très critique également envers ce dernier). Malgré l’internationalisme affiché, la majorité des socialistes se rallièrent aux bellicistes en 1914, puis, en France, la SFIO de Guy Mollet au colonialisme après 1945 – malgré l’opposition de certaines tendances. En 1995 le président François Mitterrand a déclaré : Le nationalisme, c’est la guerre!. Dans la pratique, le stalinisme se montra nationaliste par certains aspects ; tandis que les divers courants marxistes antistaliniens conservent des convictions internationalistes.
  • Les fédéralistes européens se définissent en opposition au nationalisme, identifié à la croyance en l’État-nation, et vu comme un facteur de guerre.
  • Parmi les utilisateurs de la langue espéranto, s’est développée depuis 1921 une organisation qui se nomme la SAT (abréviation en espéranto de Sennacieca Asocio Tutmonda qui signifie Association mondiale anationale) SAT – Sennacieca Asocio Tutmonda [archive], l’une des plus importantes associations dans le milieu espérantophone. L’un de ses principaux fondateurs, Eugène Lanti, pseudonyme de Eugène Adam se disait lui-même anationaliste. Pour lui, l’Anationalisme s’opposait à l’internationalisme, qui était en fait de l’inter-nationalisme et donc une forme de nationalisme. Aujourd’hui, si tous les membres de SAT ne sont pas anationalistes, SAT possède en son sein une fraction anationaliste.
  • Un des principaux critiques du nationalisme a été George Orwell : voir en particulier Notes sur le nationalisme, publié en mai 1945.

Nouvelles approches du nationalisme

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Dans l’étude des nationalismes, de nouvelles approches permettent de comprendre les mouvements sociaux et politiques. Parmi elles :

  • Le nationalisme banal: concept de Billig s’inspirant de la pensée d’Hannah Arendt sur la « banalité du mal», donc les formes les plus subtiles des processus nationalistes et de l’attachement à la nation.
  • Théologies du nationalisme : étude des rituels nationalistes, explicites ou non, s’inspirant du domaine religieux, tels que les hymnes patriotiques.
  • Le nationalisme du sentiment : cette approche postule que l’État cherche à s’approprier différents niveaux de sensoriums de sa population, par exemple avec des traditions musicales réappropriées. Ces procédés visent une incorporation émotionnelle de la nation afin qu’elle développe un attachement politique.

La RÉDACTION.

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