Patrice Lumumba : sa vie, son œuvre et son héritage

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Né au Congo alors belge en 1925, Patrice Emery Lumumba est un héros de l’indépendance nationale du pays et de l’unité africaine. Principalement autodidacte, grand orateur et stratège politique, Lumumba entre en politique nationale par son élection le 10 octobre 1958 comme président du Mouvement national congolais (MNC). Il participe à la Première Conférence des peuples africains (Accra, décembre 1958), au premier Congrès des partis politiques congolais (avril 1959) et au premier Congrès du MNC (octobre 1959). Arrêté par les autorités coloniales suite aux émeutes ayant suivi ce dernier congrès, il est libéré sous la pression unanime de tous les délégués congolais à la Table ronde belgo-congolaise de Bruxelles (février 1960), qui considèrent sa participation comme une condition sine qua non à la tenue d’assises portant sur l’avenir du pays Devenu Premier ministre démocratiquement élu et premier Chef du gouvernement du Congo indépendant, Lumumba prononce, lors de la cérémonie d’indépendance du 30 juin 1960, un discours qui reste encore aujourd’hui célébré dans toute l’Afrique. Sous pression des gouvernements occidentaux, qui percevaient le nationalisme de Lumumba comme une menace pour leurs intérêts, le président Joseph Kasa-Vubu révoque le Premier ministre Lumumba le 5 septembre 1960.

Vu la résistance de Lumumba à cet acte illégal et illégitime, le Colonel Joseph-Désiré Mobutu, un de ses anciens collaborateurs, à la solde des services de renseignement américains et belges, complète l’action entreprise par Kasavubu en écartant Lumumba du pouvoir par un coup d’État le 14 septembre 1960 et le place en résidence surveillée. Le 27 novembre 1960, Lumumba s’évade de Kinshasa pour rejoindre son fief politique de Kisangani. Il est arrêté le 1er décembre à Lodi, ramené à Kinshasa et fait prisonnier au camp militaire de Mbanza-Ngungu (alors Thysville). Le 17 janvier 1961, Lumumba et ses compagnons d’infortune, Maurice Mpolo et Joseph Okito, sont transférés de Mbanza-Ngungu à Lubumbashi (alors Elisabethville), capitale de la province sécessionniste du Katanga. Après avoir été sauvagement torturés, les trois dirigeants nationalistes sont assassinés par un peloton d’exécution composé de soldats et policiers belges en mission au Katanga.

L’héritage de Patrice Lumumba

Dans son excellent ouvrage intitulé L’assassinat de Lumumba, le sociologue belge Ludo De Witte montre l’importance historique de cet assassinat dans les stratégies occidentales contre les révolutions anti-impérialistes de la deuxième moitié du 20e siècle dans des pays aussi divers que l’Iran de Mohammed Mossadegh, l’Egypte nassérienne, le Cuba castriste, le Congo de Lumumba et le Burkina Faso de Thomas Sankara : «Dans ce contexte, Lumumba représente un grand danger potentiel pour l’Occident. L’assaut réussi de l’édifice colonial a donné de l’oxygène aux nationalistes radicaux et leur a accordé une place importante au sein du gouvernement congolais. L’anti-impérialisme de Lumumba, sa solidarité avec les masses populaires qui se radicalisent, son internationalisme et enfin son dégoût des méthodes administratives et répressives, favorisent le travail de conviction politique : tout cela le prédestine à intégrer au mouvement un maximum de peuples et de régions et d’élever ce mouvement peut-être au-dessus des limites purement bourgeoises. L’histoire a appris que la dynamique des sociétés post-coloniales a amené même des régimes bourgeois-nationalistes modérés, sous le coup de la victoire anticoloniale, à exiger le patrimoine national auprès de l’ex-colonisateur». (Ludo de Witte, L’assassinat de Lumumba, Editions Karthala, Paris, 2000, p. 374).

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C’est dans ce contexte de l’antagonisme entre les intérêts de la bourgeoisie internationale et ceux des masses populaires qu’il faut replacer les fac-teurs ayant contribué à l’assassinat de Lumumba ainsi que ses conséquences politiques pour le Congo et la place du martyr congolais dans le panthéon des défenseurs universels de l’éman-cipation des peuples. Ce crime atroce fut l’aboutis-sement de deux complots étroitement liés par les gouvernements américain et belge, qui bénéfi-cièrent de la complicité de certains dirigeants congolais et d’un peloton d’exécution belge com-posé des militaires et policiers affectés au service du gouvernement fantoche du Katanga sécession-niste pour accomplir l’acte.

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