Kinshasa, Kigali, Kampala, Occident, … qui veut vraiment la paix au Congo ?

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La signature de l’accord de paix entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23, prévue le 11 novembre à Kampala, a été reportée sine die. En cause : la dénomination du texte, mais aussi le sort des ex-rebelles, la transformation du M23 en parti politique et des raisons de politique intérieure. Explications.

La capitale de l’Ouganda est le théâtre d’un de ces bals masqués dont les diplomates semblent avoir le secret. Réunis au sein de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) par M. Yoweri Museveni, les présidents congolais et rwandais, MM. Joseph Kabila et Paul Kagamé, se livrent à un simulacre de négociations sur la crise qui ravage le Nord-Kivu (République démocratique du Congo, RDC) depuis 1996. La tension au Nord-Kivu est, depuis le printemps 2012, à nouveau montée d’un cran avec la mutinerie de plusieurs centaines de soldats, anciens rebelles récemment intégrés dans l’armée officielle. Formant un nouveau mouvement rebelle majoritairement tutsi, le M23 (ex-Conseil national pour la défense du peuple, CNDP) — soutenu en sous-main par le Rwanda —, ils ont pris le contrôle de la plus grande partie de la région en quelques semaines, provoquant la mort de plusieurs milliers de civils et la résurgence de dizaines de milices oubliées.

Conflits ininterrompus depuis les années 1990

L’ONU dispose dans l’est de la RDC du plus grand contingent de Casques bleus dans le monde – 17 000 hommes – mais n’a pas su empêché l’avancée des rebelles. La Belgique, comme la France, a appelé à revoir et renforcer le mandat de la Monusco qui se limite à la protection des civils. Goma avait déjà été occupée à deux reprises en 1996 et 1998 par des rébellions appuyées par le Rwanda. En 2008, une autre rébellion, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) mené par Laurent Nkunda, s’était arrêtée aux portes de Goma.

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Formé en mai, le M23 est composé essentiellement d’anciens combattants du CNDP. Intégrés dans l’armée régulière après un accord en 2009, ils ont déserté et repris les armes en avril contre Kinshasa, l’accusant de ne pas respecter cet accord qui prévoyait qu’ils aient les mêmes grades dans l’armée que dans la rébellion. Ils s’opposent aussi à des affectations qui les éloigneraient de l’est de la RDC. Nord-Kivu et Sud-Kivu sont le théâtre de conflits quasiment ininterrompus depuis le début des années 1990, en raison de leurs richesses en ressources minières et agricoles, que se disputent le gouvernement congolais, divers mouvements rebelles et les pays voisins. 

Le contexte et les enjeux

«Le M23 doit cesser immédiatement son offensive et se retirer de Goma». La déclaration commune des trois présidents Kabila, Kagamé et Museveni, réunis en urgence à Kampala depuis mardi soir, est surprenante. En effet, depuis plusieurs semaines, le Rwanda et l’Ouganda sont accusés par la RDC et les Nations unies de soutenir activement les rebelles du M23, ce que Kampala et Kigali démentent. Mardi encore, jour de la déroute de l’armée congolaise face au M23 à Goma, Kinshasa qualifiait le M23 de « forces fictives mises en place par le Rwanda pour dissimuler ses activités criminelles en RDC ».

Selon leur communiqué commun, « les présidents Museveni et Kagamé ont dit clairement, que même s’il existe des revendications légitimes de la part du groupe mutin connu sous le nom de M23, ils ne peuvent accepter l’extension de cette guerre ou l’idée d’un renversement du gouvernement légitime de RDC ou d’un affaiblissement de son autorité ». Ils ont annoncé qu’un « plan » était en train d’être transmis au M23 et que Kinshasa prenait « l’engagement de rechercher promptement les causes des désordres et d’y remédier du mieux qu’il peut ». Leur déclaration intervient alors que la rébellion menace d’étendre son offensive jusqu’à Kinshasa, distante de plus de 2 000 kilomètres de Goma. En fin de journée, le M23 a annoncé « contrôler » la localité de Saké, où l’armée dispose d’une base, à une vingtaine de kilomètres de Goma.

Impasse, récidive, … et cynisme

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Malgré cette situation dangereuse pour la paix régionale, les chefs d’État de la CIRGL, sachant les positions irréconciliables, se séparent sur un accord en trompe-l’œil prévoyant la création d’une «force internationale neutre». Il s’agit surtout d’apaiser les chancelleries européennes et américaines, inquiètes d’un conflit qui peut à tout moment dégénérer en guerre régionale. Congolais et Rwandais ont en effet une conception radicalement différente de cette force internationale censée rétablir l’ordre dans la région. Alors que les premiers y voient le moyen de renégocier le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco), la plus importante force de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies (ONU) en exercice, afin de lui donner des prérogatives offensives, les seconds privilégient au contraire une force régionale, non pas neutre, mais incluant des éléments… rwandais. Une cotutelle de Kigali sur le Nord-Kivu inenvisageable pour Kinshasa.

Joseph Baraka.

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