Protéine C-réactive (CRP) : Structure, fonctions et caractéristiques

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La Protéine C-réactive (CRP) est une protéine découverte et isolée par William Tillett et Thomas Francis en 1930, dans le sérum de patients présentant une inflammation aiguë due à une infection à pneumocoque. Cette protéine réagissait avec le polysaccharide C du pneumocoque d’où son nom C-reactive protein. La CRP est un marqueur de l’inflammation. Le paramètre usuel de l’apparition d’une inflammation dans un organisme était la mesure de la vitesse de sédimentation. Cette dernière a été largement  remplacée par le dosage de la CRP. Le dosage du couple VS/CRP est intéressant car il présente l’intérêt d’une très bonne valeur prédictive négative pour une inflammation.


1. Structure de la CRP

La protéine C-réactive (CRP) est une molécule polypeptidique appartenant à la famille des pentraxines. Elle présente une masse moléculaire de 120 000 daltons et est composée de cinq sous-unités identiques qui contiennent 206 acides aminés chacune. Sa structure a été déterminée au rayon X avec une résolution de 3 angströms: Elle est constituée de cinq monomères non covalents, arrangés de manière symétrique autour d’un pore central dont chacun se lie à deux ions calcium. Le diamètre du pentamère est de 102 angströms, le diamètre du pore central est de 30 angströms et celui d’une sous-unité est de 36 angströms.

Sa forme monomérique, par dissociation du pentamère par les plaquettes sanguines à l’aide du lysophosphatidylcholine (après activation par la phospholipase A2) et des liposomes, se dépose dans les plaques d’athérome et aurait un effet pro-inflammatoire. Il existe de nombreuses variations entre les CRPus des différentes espèces dues à l’assemblement des protomères, à la présence et la nature de la glycosylation, à la capacité de se précipiter et de s’agréger au ligand et la capacité d’activer des compléments autologues.

2. Rôle biologique

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L’expression de la CRP est régulée principalement au niveau de la transcription, mais des mécanismes post-traductionnels entrent également en jeu. Le gène responsable de sa synthèse est situé sur le chromosome 1 humain (1q21-q23) (long bras proximal). Ce gène a de nombreuses mutations décrites, pouvant être responsables en partie de la variation interindividuelle de sa concentration basale. Il existe, par ailleurs, 18 autres gènes, dont les mutations entraînent une modification du taux de CRP.

La CRP est produite principalement par le foie, sous la dépendance de certaines cytokines pro-inflammatoires en particulier l’IL6, IL1β et TNF-α avec une cinétique très rapide et une absence de variations nycthémérales. Bien que la principale source de CRP est le foie, des données récentes ont montré que le tissu artériel peut également produire de la CRP.   Elle joue un rôle important dans l’immunité innée, par ses propriétés d’opsonisation, d’activation du complément et de liaison aux récepteurs des immunoglobulines. On peut donc décrire la CRP comme ayant un rôle anti-infectieux, un rôle antiinflammatoire (par neutralisation des cytokines inflammatoires et des radicaux libres) et une action pro-coagulante par surexpression du facteur tissulaire des monocytes.

Sa valeur usuelle physiologique est inférieure à 6mg/l, mais elle peut augmenter d’un facteur de 100 en 24 heures en cas d’infection. La CRP apparaît dès les six heures de l’inflammation aigue et son taux augmente et devient maximal après deux jours, mais sa brève demi-vie (18-19 heures) assure un retour rapide à un taux de base dès que la source de l’inflammation est éradiquée (de 7 à 14 jours). Pour cette raison et du fait que la CRP est stable pendant l’entreposage et n’est pas affectée par les variations diurnes, ni par l’âge ou le sexe, elle est considérée comme un très bon marqueur de l’état inflammatoire.

3.  Diagnostic différentiel de la hausse de la CRP

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Protéine synthétisée par les cellules du foie, elle a pour rôle de mobiliser les défenses immunitaires de l’organisme par l’activation de la voie du complément. La CRP est un marqueur précoce et sensible de la réaction inflammatoire aigue.

1. Augmentation suite à certaines pathologies: Processus inflammatoires (arthrites, rhumatismearticulaire aigu, maladie de Crohn), Infections bactériennes (bon marqueur de la méningite), Nécroses tissulaires (marqueur de prédiction de risqued’accident cardiovasculaire, pancréatites), Néoplasmes malins (carcinomes, sarcomes, lymphomes), Traumatismes (brûlures, fractures, interventionschirurgicales), …

2. CRP augmentée suite à des situations non pathologiques: Durant toute la grossesse, Prise d’estrogènes, Inhalation de fumée de cigarette, Postopératoire, …

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Des élévations mineures de la CRP sont également présentes dans les situations inflammatoires chroniques, telles que l’athérosclérose. Son dosage permet d’apprécier le risque cardiovasculaire, grâce au développement de techniques de dosage de sensibilité accrue, capables de mesurer ses concentrations extrêmement basses, dites CRP ultrasensibles (CRPus). Son dosage est aussi intéressant en post-opératoire et en pathologie néonatale. En effet, la CRP ne traverse pas le placenta, ce qui permet de différencier une inflammation d’origine maternelle d’une inflammation propre à l’enfant.

4. Comparaison entre la CRP et la Vitesse de sédimentation (VS)

VITESSE DE SÉDIMENTATION (VS)

CRP

Es un examen simple, peu coûteux, reproductible mais très peu spécifique (Il permet surtout de détecter une anomalie des Ig).

Est un examen sensible, rapide, mais non spécifique, (c’est-à-dire qu’il peut dire qu’il existe une inflammation mais ne correspond pas à une cause précise).

A moins de spécificité et de sensibilité que la CRP. *

Est non influencé par les protéines ou corpuscules sanguins.

Est influencé par le nombre des corpuscules sanguins et les protéines sanguines.

A une bonne corrélation entre le taux et l’évolution dans les infections bactériennes aiguës.

 A une cinétique lente, qui s’élève à partir de la 30me heure de l’inflammation avec retour à la normale plusieurs semaines après une infection.

A une bonne corrélation avec l’activité et les modifications radiologiques dans les maladies rhumatoïdes.

Se prête au diagnostic ainsi qu’au suivi des gammopathies et des syndromes inflammatoires.

A une bonne corrélation avec l’efficacité d’une antibiothérapie (Diminution rapide et précoce en cas de réponse au traitement).

N’exclut pas un néoplasie, une sclérodermie en cas de valeur normale.

Pas ou peu d’élévation dans les affections virales.

5. Références

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