Propriétés biologiques de l’Interleukine-26

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L’interleukine-26 (IL-26) est une protéine découverte en 2000, et dont les propriétés biologiques restent encore majoritairement à découvrir. L’IL-26 est apparue comme un médiateur inflammatoire agissant en amont de la cascade inflammatoire. Néanmoins, et contrairement à d’autres membres de la famille des cytokines IL-10, les propriétés pro-inflammatoires de l’IL-26 semblent principalement liées à sa capacité à agir en tant que porteur d’ADN extracellulaire, propriété qui serait des plus importantes lors d’une inflammation chronique qui est associée à des lésions tissulaires. Cette propriété unique identifie l’IL-26 comme un moteur principal de l’inflammation chronique. L’IL-26 présente également des propriétés antibactériennes, grâce à ses similitudes structurelles particulières avec l’AMP. À la lumière d’études récentes, il devient évident que l’IL-26 est plus qu’une cytokine. La double capacité d’agir en tant que cytokine et en tant qu’AMP permet la classification de l’IL-26 dans la famille des kinocidines.


https://www.frontiersin.org/files/Articles/433530/fimmu-10-00204-HTML/image_m/fimmu-10-00204-g001.jpgModèles structurels 3D de l’IL-26. (A) Une structure tridimensionnelle de l’IL-26 a été modélisée en utilisant la structure cristalline de l’IL-10 comme modèle. Les six hélices alpha sont colorées. (B) Le potentiel électrostatique sur la surface moléculaire de l’IL-26 est coloré du rouge (+210 kbT/ec) au bleu (+10 kbT/ec). Les hélices alpha sont représentées. © Front. Immunol. 10:204

L’IL-26 a été découverte en 2000 par l’équipe du Pr Helmut Fickenscher, tout d’abord sous le nom AK155 (Knappe, 2000; Hor, 2000). Cette protéine fut identifiée comme surexprimée par des lymphocytes T humains infectés par herpesvirus saimiri. AK155 sera par la suite rapidement renommée interleukine-26 en raison d’une grande similarité de séquence et de structure secondaire avec l’interleukine-10 (environ 25% d’homologie au niveau protéique et 47% de similarité).  La famille de l’IL-10 est constituée des molécules IL-10, IL-19, IL-20, IL-22, IL-24 et IL-26 (Elle comptait aussi autrefois les cytokines IL-28A, IL-28B et IL-29, maintenant regroupées sous le nom d’interférons lambda).

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La protéine IL-26 est constituée de 171 acides aminés pour un poids moléculaire prédit de 19 kDa. La forme secrétée est constituée d’un homodimère au poids apparent de 36 kDa en western blot. L’IL-26 possède un point isoélectrique très élevé (10,77), calculé dès la publication de sa découverte, mais les implications de cette caractéristique physicochimique, inhabituelle pour une cytokine, sur son activité ne furent comprises que plus tardivement.

I. Le gène IL-26

Le gène codant pour l’interleukine-26, nommé IL26, est localisé chez l’humain sur le chromosome 12 au locus 12q15 (Goris, 2001). Ce locus comprend les gènes de plusieurs cytokines, celui codant pour l’IL-26 se trouvant entre ceux de l’interleukine-22 et de l’interféron γ. Une publication plus récente décrit la présence d’une séquence dans la région non codante entre l’IL-26 et l’IFNγ, régulant de façon commune l’expression des deux gènes (Collins, 2012). Depuis sa découverte chez l’Homme, des orthologues de l’IL-26 ont été décrits chez de nombreuses autres espèces animales du phylum des vertébrés (allant des poissons aux grands singes) mais il n’en existe pas chez les rongeurs tels que la souris et le rat (Dambarcher, 2009), ce qui a considérablement ralenti l’étude des fonctions de cette protéine.

II. Expression et sécrétion

Pendant longtemps, les connaissances sur l’expression de l’IL-26 ont été limitées, avec comme seules populations sources les lymphocytes T mémoires activés (Knappe, 2000). Jusqu’à présent, les signaux extracellulaires, voies de signalisation et facteurs de transcription impliqués dans son expression par les cellules immunitaires restent inconnus. Une publication décrit cependant les voies de signalisation impliquées dans la sécrétion de l’IL-26 par les cellules épithéliales. L’étude originale mettait en évidence l’expression d’IL-26 (Knappe, 2000) par des lymphocytes T de différents sous-types infectés par un virus ainsi que par les cellules mononucléées de sujets sains.

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L’ARNm de l’IL-26 est retrouvé dans des lignées lymphocytaires Tαβ CD4+ et CD8+ et Tγδ, mais aucune expression n’est détectée dans la lignée myéloïde. Dans les lymphocytes B, l’ARNm ne se retrouve qu’en cas d’infection par un virus. L’expression d’IL-26 est élevée dans les lymphocytes T mémoires et réduite dans les lymphocytes T naïfs et dans les lymphocytes T régulateurs (Wolk, 2002). La polarisation en lymphocytes Th1 induit la plus grande augmentation d’expression du transcrit codant l’IL-26. Une publication plus récente (Wilson, 2007) révèle une expression élevée d’IL-26 dans les lymphocytes Th17. Cette population, obtenue in vitro par culture de lymphocytes CD4+ en présence d’anticorps anti-CD3, anti-CD28, ainsi que d’IL-1β et d’IL-23, co-exprime l’IL-17 et l’IL-26, ainsi que l’IL-22 et l’IFNγ. Les Innate Lymphoid Cells (ILC) de type III, expriment également l’ARNm codant pour l’IL-26 (Cols, 2016).

Récemment, une étude s’est intéressée à l’expression d’IL-26 dans la maladie du greffon contre l’hôte (GVHD ; Ohnuma, 2015). Les auteurs ont utilisé des cellules humaines CD4+ isolées de sang de cordon et montré qu’une co-stimulation avec un anticorps anti-CD26 induit une expression d’IL-26 supérieure à celle induite par une co-stimulation avec un anticorps anti-CD28. Toutefois, ces cellules n’expriment pas d’IL-2, d’IFNγ ou d’IL-17A, que ce soit après une co-activation par des anticorps anti- CD26 ou anti-CD28. Ce résultat peut s’expliquer par le statut immature des cellules utilisées dans cette étude.

L’IL-26 est également exprimée par les cellules NK (Braum, 2012), notamment dans le cas d’une infection par HCV. Toutefois, la nature des facteurs induisant cette expression reste inconnue. Les macrophages des voies respiratoires seraient également producteurs d’IL-26 (Che, 2014). Dans leur publication, les auteurs montrent que, suite à une stimulation par une endotoxine, les macrophages ainsi que les lymphocytes T (aussi bien auxiliaires que cytotoxiques) expriment des taux élevés d’IL- 26. Ceci n’entre pas en contradiction avec la première publication (Knappe, 2000), qui n’avait mesuré l’expression d’IL-26 que sur des lignées et non des cellules primaires.

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Parmi les cellules non immunitaires, l’expression d’IL-26 a systématiquement été retrouvée dans un contexte inflammatoire, comme par exemple dans les synoviocytes de patients présentant une polyarthrite rhumatoïde (Corvaisier, 2012). Cette observation a été confirmée dans une étude récente (Heftdal, 2017) qui rapporte l’expression d’IL-26 par les synoviocytes de patients présentant une spondylarthrite. Les cellules musculaires lisses de l’endothélium des vaisseaux sanguins soumis à une forte inflammation au cours d’une vascularite à ANCA sécrètent également l’IL-26 (Poli, 2017).

Les cellules épithéliales, notamment celles des voies respiratoires, peuvent produire de l’IL-26, (Che, 2017). Les auteurs montrent que des cellules épithéliales primaires humaines du poumon expriment l’IL-26 en réponse à une stimulation par des ligands des TLR endosomaux, mimant une infection virale. Cependant, un blocage de la signalisation en aval de TLR3 (TRIF, p38, JNK1-3, ERK1/2 ou NF- κB) ne diminue pas l’expression d’IL-26, mais inhibe uniquement sa sécrétion, ce qui laisse penser que d’autres voies existent pour réguler à la fois l’expression de l’ARNm et le transport de la protéine. Notamment, les auteurs montrent qu’une stimulation des cellules épithéliales par l’IL-17A augmente la transcription du gène codant pour l’IL-26 ainsi que son accumulation intracellulaire.

IV. Fonctions biologiques

L’interleukine-26 présente de nombreuses fonctions biologiques, en raison de sa double fonction de cytokine et de peptide antimicrobien et semble impliquée dans de nombreux processus physiologiques et pathologiques. Dans ce paragraphe, nous distinguerons son rôle strictement pro-inflammatoire de ses autres activités. L’IL-26 est apparue en effet comme un médiateur inflammatoire agissant en amont de la cascade inflammatoire.

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Représentation schématique des propriétés biologiques de l’IL-26. Néanmoins, et contrairement à d’autres membres de la famille des cytokines IL-10, les propriétés pro-inflammatoires de l’IL-26 semblent principalement liées à sa capacité à agir en tant que porteur d’ADN extracellulaire, propriété qui serait des plus importantes lors d’une inflammation chronique qui est associée à des lésions tissulaires. Cette propriété unique identifie l’IL-26 comme un moteur principal de l’inflammation chronique. L’IL-26 présente également des propriétés antibactériennes, grâce à ses similitudes structurelles particulières avec le Peptide Antimicrobien (AMP, Antimicrobial Peptide). À la lumière d’études récentes, il devient évident que l’IL-26 est plus qu’une cytokine. La double capacité d’agir en tant que cytokine et en tant qu’AMP permet la classification de l’IL-26 dans la famille des kinocidines. © Front. Immunol. 10:204

1. Activité pro-inflammatoire

Le premier et le plus fréquemment rapporté des rôles de l’interleukine-26 est son activité pro-inflammatoire. Une stimulation par l’IL-26 induit la production de cytokines pro-inflammatoires par de nombreux types cellulaires, tandis que ces cytokines vont, en retour, induire l’expression d’IL-26. Cette boucle d’amplification semble jouer un rôle central dans l’activité de l’IL-26 au cours des processus inflammatoires chroniques. Une expression élevée d’IL-26 dans un contexte inflammatoire est retrouvée dans des pathologies variées, telles que les infections virales, les maladies auto- immunes inflammatoires chroniques, ou la GVH.

https://www.frontiersin.org/files/Articles/433530/fimmu-10-00204-HTML/image_m/fimmu-10-00204-g003.jpgReprésentation schématique des propriétés pro-inflammatoires de l’IL-26. L’IL-26, produite par les cellules Th17 mémoire activées et les cellules NK22, induit la production de médiateurs inflammatoires par les cellules épithéliales et favorise la génération de cellules Th17 inflammatoires (induction d’IL-1β et IL-23 par les monocytes). En cas d’inflammation chronique, l’IL-26 peut se lier à l’ADN extracellulaire libéré par les cellules mourantes dans le milieu extracellulaire (sur les sites de tissus étendus endommagés). Les complexes IL-26-ADN peuvent alors activer les cellules immunitaires innées (telles que les monocytes), initiant une boucle d’amplification délétère conduisant à une inflammation chronique et à des lésions tissulaires. © Front. Immunol. 10:204

La première pathologie pour laquelle un rôle de l’IL-26 a été rapporté est la maladie de Crohn (Dambacher, 2009). Les auteurs ont analysé des biopsies de muqueuses du côlon de 22 patients souffrant de maladie chronique de l’intestin (IBD, Inflammatory Bowel Disease), à la recherche de l’ARNm de l’IL-26. Les patients atteints de la maladie de Crohn présentent une corrélation entre l’expression du gène IL26 et l’inflammation du tissu; cette corrélation n’est pas retrouvée chez les patients souffrant de rectocolite hémorragique. De plus, les concentrations sériques d’IL-26 sont significativement augmentées chez les patients comparativement aux sujets sains. Des expériences d’immunohistiochimie ont révélé que l’IL-26 était produite par les lymphocytes Th17 infiltrés dans le tissu.

Les mécanismes par lesquels l’IL-26 agit dans l’IBD n’ont pas été élucidés à l’époque. Cependant, les données récentes sur ses fonctions laissent supposer une induction de la production de cytokines pro-inflammatoires via son rôle cargo, provoquant une expression d’IL-26 par les lymphocytes Th17 infiltrant. L’interleukine-26 semble également impliquée dans l’arthrite rhumatoïde (Corvaisier, 2012). Les taux sériques d’IL-26 sont plus importants chez les patients, et cette concentration est fortement augmentée au site de l’inflammation. En accord avec le fait que le liquide synovial présente des taux d’IL-26 élevés, suggérant une production locale, les auteurs montrent que les fibroblastes synoviaux sont les principales cellules productrices de la cytokine. La production d’IL-26 par les synoviocytes est notamment augmentée par l’IL-17.

En accord avec son rôle pro-inflammatoire, les auteurs montrent la capacité de l’IL-26 à induire la production de cytokines pro-inflammatoires, telles que l’IL-1β, l’IL-6 et le TNF-α par les monocytes, impliqués dans la polarisation de lymphocytes en Th17, qui expriment à leur tour IL-26 et IL-17. Une étude sur les polymorphismes du gène IL26 montrait déjà que des mutations dans la région promotrice commune à l’IFNγ et à l’IL-26 sont associées à une susceptibilité accrue de développer une arthrite rhumatoïde ou une sclérose en plaque (Vandenbroeck, 2003). D’après les auteurs, cette prédisposition ne concerne que les femmes, un résultat en accord avec les différences liées au sexe rapportées pour la susceptibilité à ces maladies.

Une autre équipe a étudié l’implication de l’IL-26 dans la Graft-versus-Host Disease (GVHD, Maladie du greffon contre l’hôte) induite par transplantation de cellules souches hématopoïétiques (Ohnuma, 2015; Ohnuma, 2016). Dans cette pathologie, une infiltration de lymphocytes Th17 est associée aux manifestations cutanées et pulmonaires de la maladie. Les auteurs ont utilisé un modèle murin, en émettant l’hypothèse que, même si les souris sont dépourvues d’IL-26, la cytokine humaine aurait les mêmes effets. Cette supposition n’est pas dénuée de sens, certaines propriétés biologiques de l’IL-26 étant indépendantes du récepteur décrit et associées à ses caractéristiques physicochimiques.

Dans un modèle de souris développant une bronchiolite oblitérante, les auteurs rapportent une infiltration de cellules adoptives exprimant l’IL-26, ainsi qu’une augmentation du dépôt de collagène par les fibroblastes murins. Ils ont alors cherché quels facteurs induisent l’expression d’IL-26 par les lymphocytes T CD4+ en utilisant des cellules humaines de cordon ombilical. Comme décrit plus haut, les auteurs rapportent une augmentation d’expression d’IL-26 en réponse à une stimulation via CD26; ce résultat reste néanmoins à relativiser en regard de l’état immature des cellules employées.

Dans une étude récente, des taux élevés d’IL-26 ont été détectés dans le sérum, le liquide céphalorachidien et les lavages broncho-alvéolaires de patients souffrant de la maladie de Behçet, une vascularite avec, notamment, des manifestations oculaires (Kaabachi, 2017; Lopalco, 2017). Cette maladie est caractérisée par une inflammation associée à une infiltration de lymphocytes Th17 et une diminution des taux des cytokines immunorégulatrices IL-10 et TFG-β. Les auteurs montrent qu’une stimulation des lymphocytes T CD4+ par de l’IL-26 induit une augmentation de la production d’IL-17 et d’IL-23 (facteur de survie et de prolifération des lymphocytes Th17). Ces données renforcent l’hypothèse du rôle de l’IL-26 dans la mise en place d’une boucle d’amplification de la réponse inflammatoire, et suggèrent que l’IL-26 serait un driver dans l’initiation de réponses auto- immunes.

En 2018, l’IL-26 a été rapportée comme exprimée chez des patients souffrant de dermite de contact d’origine allergique (Allergic contact dermatitis ou ACD ; Caiazzo, 2018). L’IL-26 est retrouvée dans les lésions, le plasma, et le surnageant de culture de cellules mononucléées isolées de patients. Les auteurs montrent que ces cellules présentent une cytotoxicité accrue comparativement aux cellules de donneurs sains, et que cette toxicité diminue en cas d’extinction d’expression de l’ARNm par siRNA. Il s’agit de la deuxième étude à montrer une induction de la cytotoxicité par l’IL-26, la première montrant une induction de l’expression de TRAIL par les lymphocytes NK (Miot, 2015).

2. Autres rôles de l’IL-26

De nombreuses études rapportent désormais des rôles autres que pro-inflammatoires pour l’IL-26. Toujours rapportés dans un contexte immunologique, ils sont le plus souvent indépendants de son récepteur, qu’ils soient liés à une activité intrinsèque de la molécule sur les microbes ou inducteurs d’une réponse cellulaire.

A. Rôles via le système immunitaire

Des expériences réalisées parallèlement par deux laboratoires ont cherché à valider l’hypothèse selon laquelle l’IL-26 serait capable de se lier à l’ADN: une expérience de fixation in vitro (Poli, 2017) et une expérience de retard sur gel (Meller, 2015) ont confirmé cette propriété. De plus, les fragments d’ADN complexés avec l’IL-26 présentent une résistance partielle à la dégradation par les DNAses. La liaison des AMP ((Antimicrobial Peptide) à l’ADN extracellulaire étant connue pour augmenter leur immunogénicité (voir plus haut), l’équipe du Pr Gilliet a évalué la capacité des complexes à activer les cellules immunitaires. Leur étude rapporte une induction des cytokines IL-1β et IL-6 par les cellules mononucléées et une forte augmentation de la production de la cytokine antivirale IFNα par les pDC. Une expérience utilisant des lignées transfectées pour exprimer différents TLR montre que l’activation des pDC serait dépendante de TLR9. Par ailleurs, les auteurs montrent que l’IL-26 augmente l’immunogénicité de l’ADN humain.

Le Centre de Recherche en Cancérologie et Immunologie Nantes-Angers s’est intéressé au rôle de l’IL-26 dans le contexte de la vascularite à ANCA (Anti-neutrophil cytoplasmic antibody), ou AAV, une pathologie auto-immune induisant une inflammation chronique (Poli, 2017). Il est admis que l’ADN extracellulaire joue un rôle central dans cette pathologie inflammatoire stérile. Les taux d’interleukine-26 sont augmentés chez les patients. Il est également confirmé la capacité de l’IL-26 à se lier à l’ADN et à lui faire franchir la membrane des monocytes. Dans ce modèle, les complexes constitués d’ADN et d’IL-26 induisent la sécrétion d’IL-1β, d’IL-6, d’IL-8 et d’IFNβ via la voie de l’inflammasome, sous la dépendance du complexe STING.

Dans l’AAV, les cellules musculaires lisses (SMC) de l’endothélium apparaissent comme une source importante d’IL-26, ajoutant une nouvelle population à la liste des producteurs d’IL-26. L’équipe ayant rapporté l’expression d’IL-26 par l’épithélium pulmonaire a également montré que l’instillation nasale d’IL-26 et de LPS active la réponse immunitaire en comparaison au LPS seul (Bao, 2017). L’IL-26 recombinante humaine induit la phosphorylation de STAT3 et entraîne un recrutement plus important de macrophages et de neutrophiles dans l’espace bronchoalvéolaire, ainsi que des taux accrus d’ARNm pour de nombreuses cytokines et chimiokines, protéinases et metalloprotéases.

En raison des nombreuses publications décrivant un effet sur les cellules épithéliales, il est difficile de remettre en cause l’activité cytokinique de l’IL-26 et son appartenance à la famille de l’IL-10, tout comme il est difficile d’ignorer l’activité de peptide antimicrobien qu’elle ne partage pas avec les autres membres. Heureusement, de nombreuses publications ces dernières années rapportent un rôle double pour les peptides antimicrobiens, à la fois acteurs directs et indirects via le système immunitaire (Pinheiro Da Silva, 2017). L’IL-26 n’a pas la taille d’un peptide. Toutefois, une activité antimicrobienne a été décrite pour des protéines et polypeptides. La catégorie des kinocidines regroupe ces molécules, dont l’IL-26 pourrait faire partie au même titre que l’IFNβ, récemment décrit comme ayant lui aussi une action antibactérienne directe via les caractéristiques physicochimiques de son hélice 4 (Kaplan, 2017).

En plus des maladies auto-immunes présentant une inflammation chronique stérile, l’IL-26 a été retrouvée surexprimée dans le sérum de patients présentant une hépatite chronique consécutive à l’infection par le virus de l’hépatite C (HCV; Miot, 2015). Les données montrent que l’IL-26 s’accumule dans les lésions, là où l’inflammation est la plus forte, et semble sécrétée par les lymphocytes T infiltrés dans le foie. Le rôle de l’IL-26 lors d’une infection par HCV est multiple. Tout d’abord, l’IL-26 induit la production de cytokines pro-inflammatoires par les cellules NK, mais également d’IFNγ, qui orchestre les réponses antivirales innées et adaptatives, et d’IFNβ, principal acteur de la réponse antivirale. L’IL-26 induit également l’expression de TRAIL par les lymphocytes NK, augmentant leur capacité à lyser les hépatocytes infectés par HCV.

B. Rôles directs

L’hypothèse d’un rôle direct de l’interleukine-26 a été avancée dans le cadre des infections virales, en raison de la découverte de la molécule dans des lymphocytes infectés. Les auteurs ont ainsi décrit que l’IL-26 module l’infection in vitro par trois virus (Braum, 2013): l’une est augmentée (infection de la lignée Colo-205 par le virus de la stomatite vésiculaire), une autre est inchangée (infection de la lignée Vero par le virus herpès simplex 1), et la dernière est diminuée (infection de la lignée Colo-205 par le cytomégalovirus humain).

En 2015, une équipe a rapporté un effet antimicrobien direct de l’IL-26 (Meller, 2015). Cette observation repose sur une comparaison de la distribution des charges au sein des hélices E et F de l’IL-26 et des peptides antimicrobiens. Les auteurs avancent l’hypothèse que l’IL-26 pourrait former des multimères, même si l’existence de cette forme n’a pas encore été confirmée in vivo. Cette structure serait inédite parmi les membres de la famille de l’IL-10, en raison de l’absence dans l’IL-26 d’un résidu proline (P113), responsable de la dimérisation des autres membres de sa famille (Meller, 2015).

Les auteurs ont évalué l’activité antibactérienne de l’IL-26 sur plusieurs bactéries Gram négatif. Ils observent un effet bactéricide direct de l’IL-26 par formation de pores dans la membrane des bactéries, un mécanisme similaire à celui de nombreux peptides antimicrobiens. De plus, l’IL-26 diminue la charge bactérienne dans les organes des souris traitées, comparativement aux contrôles. Les auteurs ne rapportent pas cet effet protecteur pour toutes les souches bactériennes testées, et une publication récente (Agak, 2017) ajoute Propionibacterium acnes aux bactéries résistantes à l’IL- 26.

Suite à la première publication rapportant la fixation de l’IL-26 à l’ADN, une autre équipe a évalué le lien entre IL-26 et ADN bactérien circulant chez des patients présentant une pathologie intestinale (Pinero, 2017). Les auteurs rapportent que les taux d’IL-26 dans le sang des patients sont augmentés lorsque ceux-ci ont des concentrations élevées d’ADN bactérien. Cette augmentation est également corrélée à une expression accrue des cytokines pro-inflammatoires TNFα, IL-12, et IFNγ. Ils ont également rapporté que les patients portant des variants du gène IL26 présentaient des taux sériques réduits, et que les cellules mononucléées des mêmes patients avaient une capacité antibactérienne moindre. Par ailleurs, la présence de ces variants influence aussi la réponse des patients au traitement avec un anticorps anti-TNFα.

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Propriétés biologiques de l’IL-26 et des maladies humaines associées. © Front. Immunol. 10:204

Conclusion

L’IL-26 est apparue comme un médiateur inflammatoire agissant en amont de la cascade inflammatoire. Néanmoins, et contrairement à d’autres membres de la famille des cytokines IL-10, les propriétés pro-inflammatoires de l’IL-26 semblent principalement liées à sa capacité à agir en tant que porteur d’ADN extracellulaire, propriété qui serait des plus importantes lors d’une inflammation chronique qui est associée à des lésions tissulaires. Cette propriété unique identifie l’IL-26 comme un moteur principal de l’inflammation chronique. L’IL-26 présente également des propriétés antibactériennes, grâce à ses similitudes structurelles particulières avec l’AMP (Antimicrobial Peptide).

Il est important de noter que la plupart des fonctions biologiques de l’IL-26 ont été identifiées dans des situations pathologiques caractérisées par une inflammation chronique. Ainsi, les rôles de l’IL-26 dans la physiologie normale restent largement inconnus. On peut émettre l’hypothèse que l’IL-26 pourrait être impliquée dans l’immunité innée des muqueuses, comme le suggère son expression dans le côlon, l’iléon, les plaques de Payer et les amygdales. Décrypter ses propriétés physiologiques est important, notamment depuis que la neutralisation de l’IL-26 a été proposée comme nouvelle stratégie thérapeutique pour certains troubles associés au Th17.

À la lumière d’études récentes, il devient évident que l’IL-26 est plus qu’une cytokine. La double capacité d’agir en tant que cytokine et en tant qu’AMP permet la classification de l’IL-26 dans la famille des kinocidines. Néanmoins, notre connaissance de la biologie de l’IL-26 reste fragmentaire et des études futures sont nécessaires pour déchiffrer la biologie de cette molécule étonnante. 

Références

  1. Larochette V, Miot C, Poli C, Beaumont E, Roingeard P, Fickenscher H, Jeannin P and Delneste Y (2019). IL-26, a Cytokine With Roles in Extracellular DNA-Induced Inflammation and Microbial Defense. Front. Immunol. 10:204. doi: 10.3389/fimmu.2019.00204.
  2. Vincent Larochette. Analyse des propriétés antivirales de l’interleukine-26. Médecine humaine et pathologie. Université d’Angers, 2018. Français. NNT : 2018ANGE0041. tel-02955501

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