Les hippopotames se reconnaissent par la voix !

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Alors que la planète Terre devient de plus en plus inhospitalière pour les animaux de grande taille, il est indispensable de mieux connaître leurs habitudes de vie pour tenter de les préserver. Des recherches menées sur le terrain montrent que l’hippopotame, un mégaherbivore africain d’importance majeure pour les écosystèmes, utilise la reconnaissance vocale pour gérer les relations entre groupes territoriaux. Cette étude a été menée dans la Réserve spéciale de Maputo au Mozambique par des scientifiques de l’Université de Saint-Étienne, de l’Université de Lisbonne et du CNRS, avec la participation financière du labex CeLyA. Ces résultats viennent d’être publiés dans la revue Current Biology.

Les hippopotames forment une famille regroupant plusieurs espèces de mammifères cétartiodactyles relativement proches génétiquement des cétacés et dans une moindre mesure des suidés et des Ruminantia. L’hippopotame passe ses journées dans l’eau et ses nuits à terre. Il est amphibie, mais il se nourrit de l’herbe des prairies. L’hippopotame commun est une espèce classée vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

L’étude et ses résultats

Les individus chez les animaux territoriaux réagissent souvent moins agressivement à un individu connu d’un territoire voisin qu’à un étranger (“effet cher ennemi”). Parfois, c’est l’inverse qui est observé et c’est le voisin qui est le plus fortement repoussé («méchant voisin»). Pour étudier la reconnaissance vocale chez l’hippopotame, l’équipe de scientifiques a mené des expériences de playback (diffusion de signaux sonores) sur des groupes d’hippopotames et ont observé leur réponse aux vocalisations d’un individu du même groupe (familier), d’un groupe du même lac (voisin), et d’un groupe éloigné (étranger). Les chercheurs ont effectué trois types de test de lecture sur des groupes d’hippopotames : un avec un appel du groupe, un autre avec un appel d’un groupe différent présent sur le même lac, et un autre avec un appel d’un groupe étranger éloigné. Sur les sept groupes testés, cinq ont reçu les trois stimuli. Deux groupes n’ont reçu que les stimuli familiers et étrangers (un groupe n’avait pas de voisins dans son lac et un n’a pas été retesté en raison de contraintes expérimentales ; informations supplémentaires). L’ordre des tests était équilibré entre les groupes. Les signaux étaient diffusés depuis le rivage, à environ 70-90 mètres du groupe (durée moyenne d’une session de lecture = 36 minutes, min-max = 15-75 min).

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Ils ont constaté que les vocalisations d’un individu étranger induisent une réaction comportementale plus forte que celles produites par les deux autres stimuli. En plus de montrer que les hippopotames sont capables d’identifier leurs congénères sur la base de signatures vocales, cette étude souligne que les groupes d’hippopotames sont des entités territoriales qui se comportent de manière moins agressive envers leurs voisins qu’envers des étrangers. Les expériences de cette étude suggèrent donc que chez les hippopotames, l’arrivée d’un individu étranger est perçue comme plus menaçante que celle d’un voisin. Des expériences complémentaires pour évaluer le niveau sonore et la propagation du son ont révélé que le klaxon sifflant peut se propager à plus de 1 km (Figure S1). Bien que les caractéristiques acoustiques porteuses de la signature vocale puissent être altérées lors d’une transmission à longue distance, il est donc probable que ces animaux puissent apprendre et reconnaître les voix d’individus voisins vivant sur le même lac.

La portée de l’étude

Alors que la relocalisation d’animaux pour maintenir des populations au-dessus des niveaux critiques est une méthode de plus en plus utilisée, ces résultats suggèrent que des précautions doivent être prises lors de telles opérations. Avant de transférer un groupe d’hippopotames vers un nouvel endroit, une précaution préalable pourrait être de diffuser leurs voix à partir d’un haut-parleur aux groupes déjà présents afin qu’ils s’y habituent et que leur agressivité diminue progressivement. La réciprocité, qui consisterait à habituer les animaux à la voix de leurs nouveaux voisins avant qu’ils n’arrivent, pourrait également être envisagée. Ces travaux visant à comprendre le comportement et les relations sociales d’un animal permettent ainsi d’informer les stratégies développées pour la conservation des espèces.

Voir la publication

Julie Thévenet, Nicolas Grimault, Paulo Fonseca, Nicolas Mathevon. “Voice-mediated interactions in a megaherbivore”. Current Biology, ISSN: 0960-9822, Vol: 32, Issue: 2, Page: R70-R71. DOI: 10.1016/j.cub.2021.12.017

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