«Les caféières les plus belles de l’Ituri». Café, colons et planteurs : histoire de la société «Plantations du Congo Oriental» (1910-1943)

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Résumé : L’histoire de la société «Plantations du Congo oriental», fondée en 1926 par Fernand Delmotte en Ituri, dans la province orientale du Congo belge, s’inscrit dans l’histoire de cette colonie mais aussi dans l’histoire d’un produit tropical et d’un marché mondial : le café. Fernand Delmotte a d’abord été fonctionnaire dans les chemins de fer puis aux Mines d’or de Kilo et Moto jusqu’en 1926, date à laquelle il fonde la Planco avec, comme actionnaires, des membres de sa famille et des amis à Tournai en Belgique, siège administratif de la société. La propriété contenant 450 hectares de caféières avait comme superficie 1185 hectares en 1943 et comprenait aussi un village pour les travailleurs, des routes, un barrage hydraulique sur la rivière Awo et une usine de traitement pour la préparation du café.  Alors que la production de café débute réellement en 1929, la société subit de plein fouet la crise des années trente.  Elle fait face à de nombreuses vicissitudes, climatiques, organisationnelles et conjoncturelles jusqu’en 1939, date à laquelle le directeur est remplacé par une personne extérieure. En 1940, elle perd la totalité de la production de 1000 tonnes, la plus importante, à cause de la Seconde Guerre mondiale. Elle est alors obligée de recourir à un emprunt pour survivre. Les données et les chiffres des archives, déposées à l’université catholique de Louvain, montrent que le café produit était de la meilleure qualité. L’apport scientifique de ce travail historique est de montrer la vie des colons au Congo belge dans la première moitié du XXe siècle. Ce sujet est oublié et peu abordé dans l’historiographie de l’État indépendant du Congo et du Congo belge qui lui a succédé en 1908. Il se fonde sur des faits précis, objectifs et donne la parole aux colons pour comprendre quelle fut leur situation dans la colonie.

Auteur : Stéphanie DELMOTTE, Mémoire de M2 Histoire et civilisations moderne et contemporaine, Sous la direction de Sophie DULUCQ et Sylvie Vabre, Université Toulouse II – Jean Jaurès UFR Sciences humaines et sociales Département d’histoire.

Introduction

Origine et genèse

Ce travail est le résultat d’une rencontre et il est fait de rencontres. Ce projet a débuté grâce aux conseils bienveillants du professeur des universités en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire coloniale, Jacques Frémeaux Croisé lors d’un échange à la bibliothèque de l’École normale supérieure Ulm-LSH où j’étais responsable de l’accueil et réceptionnais des ouvrages sur la colonisation, lorsqu’une conversation à ce sujet débuta. Jacques Frémeaux a insisté alors sur l’importance de recueillir des témoignages sur l’histoire de l’entreprise de Fernand Delmotte au Congo Belge. Il a su me convaincre d’entreprendre ce travail malgré mes réticences et il a su voir toute l’importance d’un travail de mémoire, autant pour une famille que pour les historiens. Cette étude a pu ensuite se concrétiser grâce à Mesdames Sophie Dulucq et Sylvie Vabre, qui ont bien voulu m’accueillir au laboratoire Framespa, et me donner les moyens de traiter ce sujet.

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Nous nous proposons d’étudier l’histoire d’un colon et d’une entreprise agro-alimentaire, créée en 1926 en Ituri, après avoir mené une carrière comme fonctionnaire. La société Plantations du Congo oriental était située dans la province orientale du Congo Belge, à l’extrême limite des frontières Nord-Est avec l’Ouganda. C’est la région des Monts Bleus, qui s’étendent à environ 2.000 mètres d’altitude, le long de la rive occidentale du lac Albert. On pourra voir en Annexe 1 les zones détaillées de l’Ituri.

La société Plantations du Congo Oriental, plus couramment désignée sous le nom de «Planco», a été fondée en 1926, par Fernand Delmotte et a dû déposer le bilan en1963. Elle s’étalait, à son apogée, sur plusieurs sites : Ogondjo, Mê, Logo, Mahagi-Poste,Niarembe, Mahagi-Port. Elle était constituée de deux plantations de café, de routes carrossables, de quatre maisons d’habitation pour Européens, d’un barrage sur la rivière «Arow» proche, d’une usine alimentée par la force motrice hydraulique, d’un village de travailleurs, d’une école, de bois, de cultures vivrières, d’un élevage de bétail, d’une pêcherie et d’une corderie, de hangars et de claies de séchage pour le poisson, de cinq magasins. Cette entreprise, de petite taille à ses débuts, a ainsi acquis de l’ampleur pour mériter le qualificatif de «moyenne», dans les années 1950, avec une superficie de 1.186 hectares.

La Planco avait pour but initial la production de café et l’élevage. Elle a développé ces objectifs en créant d’abord les plantations puis le cheptel pour la boucherie ; l’entreprise s’est encore diversifiée par la suite. Par ailleurs, la création d’éléments annexes, comme des magasins offrant des produits de première nécessité et des cultures vivrières, a permis d’avoir des revenus commerciaux pour tenir les premières années, avant la production des caféiers et ensuite équilibrer les budgets les années difficiles. La gestion de la société échappe à la famille Delmotte, avec un premier épisode en 1939 où le directeur est écarté de la gérance, puis après le décès prématuré de son fondateur en 1949. Un administrateur extérieur est nommé et envoyé par le conseil d’administration depuis la Belgique.

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À la suite des événements inattendus qui ont suivi l’indépendance du pays, octroyée en juin 1960 par les autorités belges et à la «dangereuse instabilité du pays» ILLERS, G. DE «Du Congo au Zaïre. Épilogue d’une décolonisation» in DUMOULIN Michel, GIJS Anne-Sophie, PLASMAN Pierre-Luc et VANDE VELDE Christian, Du Congo belge à la République du Congo, 1955-1965, Bruxelles, Lang, 2012, p. 120, le conseil d’administration tente de transformer l’entreprise en «société de droit congolaise» et intègre le fils de Fernand dans le conseil d’administration Archives africaines du SPF Justice, Bruxelles, «ARCA», Léopold Génicot, Bilan annuel du 7 octobre 1961, Boîte IS 42, Liasse no.138. «Pour les planteurs blancs, c’est la “fin des illusions”: les départs précipités de juillet 1960 s’étaient soldés par de nombreux retours quelques semaines plus tard. En 1961, face à la situation catastrophique,l’exode devient massif et il se fait durable» note Guillaume Léonard VAN SCHUYLENBERGH PATRICIA, LANNEAU CATHERINE et PLASMAN PIERRE-LUC, 2014, L’Afrique belge auxXIXe et XXe siècles: nouvelles recherches et perspectives en histoire coloniale, Bruxelles Bern Berlin [etc.,PLang (coll.«Outre-Mers 2»), 281p., p. 214. Pierre Delmotte a essayé vainement de sauver la société, en restant courageusement sur place de 1960 à 1963 et il a été finalement contraint à l’abandonnerARCF, Pierre Delmotte, Album bleu, p. 66.

Nous allons maintenant expliciter les positions que nous avons adoptées pour raconter l’histoire de cette entreprise. Il nous faut, en effet, déterminer de quelle manière traiter ce sujet car il pose plusieurs problématiques imbriquées les unes dans les autres et se situe au carrefour de plusieurs disciplines. Différents domaines doivent être mobilisés et nous verrons que la teneur des archives elles-mêmes a dicté certains de nos choix. Nous allons donc détailler le cheminement de notre raisonnement de manière à approcher notre sujet.

Histoire, mémoire et témoignages

Notre position dans ce travail est particulière, car Fernand Delmotte se trouve être notre grand-père. S’il ne nous reste que peu de choses matériellement, après l’indépendance et le chaos qu’elle a entraîné, nous avons cet héritage mémoriel à partager, qui se révèle une grande richesse pour notre fratrie de quatre enfants.

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Félix Torrès, historien d’entreprise, pose la question : «Les entreprises ont-elles une mémoire? TORRES Félix, «Les entreprises ont-elles une mémoire?» in BONDUE Didier, NOUGARET Roger, DELMAS Bruno et FAVIER Jean, L’entreprise et sa mémoire : mélanges en l’honneur de Maurice Hamon, Paris, Pressesde l’Université Paris-Sorbonne, 2012, p.105.?», qui renvoie à une double interrogation : «Comment les entreprises se souviennent-elles?» et «Pourquoi les entreprises se souviennent-elles?». Il répond en montrant que, dans l’histoire des entreprises, il y a deux dimensions : 1) la reconnaissance d’une dimension historique, une recherche fouillée, des publications diverses et 2) l’aspect mémoriel avec le poids du passé dans les consciences collectives et ses représentations. Il estime qu’il faut donc parler de relations multiples à l’histoire, tant dans le moment présent qu’en arrière dans le temps et que cela peut contribuer à éclairer le faisceau de rapports complexes qui lie toute entreprise à son passé. On ne saurait mieux dire pour éclairer la complexité de notre démarche.

Cette mémoire est celle, à la fois, de la société Plantations du Congo oriental et celle de la famille Delmotte. Elle a continué à vivre dans ses descendants, au travers de souvenirs, sous forme de bribes ou de mythologies familiales. Notre place est au croisement de deux mondes antagonistes: la métropole et la brousse, qui ont chacun leur vision des choses. Jean-Luc Vellut a tenté de donner des éléments de ces visions croisées en étudiant des Matériaux d’Europe et d’Afrique pour une image du Blanc en colonie VELLUT Jean-Luc, 2017, «Matériaux d’Europe et d’Afrique pour une image du Blanc en colonie» dans -Congo. Ambitions et désenchantements 1881-1960, Paris, KARTHALA Editions, p.115-138. Les résidents d’Afrique ont cherché à donner une image d’eux-mêmes: «le Blanc vu par les maîtres ou vu par ses sujets». Dans ce chapitre, par contre, il traite peu de l’image qu’il souhaitait donner à ses contemporains de la métropole, lors de ses séjours en Belgique, circonscrits dans le temps ou définitifs. Il suffit de relire Tintin au Congo, paru en 1931 : on y trouve un concentré des caractères héroïques du Blanc en Afrique (on se souvient que l’album a été fortement inspiré par les idées du mentor d’Hergé, l’abbé Wallez).

Des sources nombreuses et variées ont véhiculé le stéréotype du colonial, homme d’action, chef énergique, adoré de ses sujets. Il y est beaucoup question de prestige à défendre. À cela s’ajoutent les éléments de propagande largement diffusés lors des protestations contre les abus des sociétés concessionnaires au temps de Léopold II, qui le contredise radicalement. L’opinion belge a baigné dans des discours contradictoires, qui ne lui ont pas forcément donné une vision réaliste de ce qu’était la vie là-bas. De même, pour la Planco et son fondateur: les discours, les images de la métropole et ceux des colons sont radicalement opposés. En Belgique a prévalu une image très négative du directeur et administrateur-délégué, véhiculée par le conseil d’administration. Il était donc nécessaire de faire la démarche de revenir aux événements bruts et de savoir quelle était la véritable histoire de cette société, quels furent la vie et les actions de son fondateur, de sortir des mythologies et de regarder les faits en face.

Patricia Van Schuylenbergh, cheffe du service Histoire et Politique au Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren, soulève aussi la question mémorielle à propos de l’historiographie coloniale en Belgique sur ce sujet: Historiographie et passé colonial belge en Afrique centrale: trop-plein de mémoires, vide d’histoire? VAN SCHUYLENBERGH Patricia, «Historiographie et passé colonial belge en Afrique centrale: trop-plein demémoires, vide d’histoire in VAN SCHUYLENBERGH Patricia, LANNEAU Catherine et PLASMAN Pierre-Luc, 2014,L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles : nouvelles recherches et perspectives en histoire coloniale,Bruxelles Bern Berlin [etc.], P. Lang (coll.«Outre-Mers»).. Elle note qu’à l’heure actuelle (N.B. en 2014, mais le propos est valable en 2020), la catharsis libératoire que l’on observe dans l’ouvrage Sans rancune de Thomas Kanza KANZA Thomas R. et WEISS Herbert F., 2006, Sans rancune: roman, Paris, France, l’Harmattan, 185p, qui purge un ouvrage de 1961, en le réécrivant en 2006, autant de ses vieux démons que de ceux communs à tout ex-colonisé, et cède le pas à une mémoire expiatoire de l’esclavage, de la colonisation et des luttes indépendantistes. Notre propos veut tenter de répondre à ces enjeux : il y a en nous des mémoires fragmentaires, morcelées, qui comportent une part de témoignage avec ce que cela signifie d’émotions ─ d’autant plus vivaces qu’elles ont été tues —, nous tenons donc à cette part de témoignage en plus de la démarche historienne que nous avons voulue aussi rigoureuse que possible.

On pourra aussi lire avantageusement, à propos de la mémoire, cet opuscule transcrivant l’entretien entre Daniel Peschanski et Boris Cyrulnik, qui nous éclaire sur le fonctionnement de celle-ciPESCHANSKI Denis et CYRULNIK Boris, 2012, Mémoire et traumatisme: l’individu et la fabrique des grands récits : entretien avec Boris Cyrulnik, s.l., INA, 77p. Il y est question d’une «mémoire traumatique»: celle qui répète en boucle des événements douloureux. La mémoire de la colonisation est peut-être de cet ordre. Il est possible de s’extraire de celle-ci, explique Boris Cyrulnik. Celui-ci, avec la délicatesse et le sens des nuances qui le caractérise, montre qu’il faut se représenter son passé sous forme d’images et en faire une histoire à adresser aux autres. Cela permet de remettre en marche un processus mémoriel qui avait été bloqué au moment des faits. Nous pouvons penser qu’une mémoire traumatique s’applique à des individus mais aussi à des groupes, des peuples et peut provoquer des polémiques ou des discours qui ne font en rien avancer les choses. Nous tentons d’apporter une modeste contribution au travail mémoriel.

Il y a donc, pour nous, une volonté forte d’inscrire ce travail dans une démarche historique, de faire un travail distancié, par le biais d’une démarche scientifique inspirée des méthodes de l’histoire. Cependant, il est essentiel de lui conserver la part de témoignage pour donner la parole aux colons— et c’est un aspect essentiel de cette étude qui s’appuie sur des sources exceptionnelles, il paraît important de le rappeler. La dimension de témoignage, d’abord ne peut pas être évacuée et a donné lieu à un travail profond, difficile; d’autre part, elle constitue un enrichissement humain, tant d’un point de vue personnel qu’historique. La mémoire «constitue un matériau de reconstruction», nous dit aussi Donatien Dibwe Dia Mwembu DIBWE DIA MWEMBU Donatien, 2004, «Le poids des sources orales dans l’écriture et la réécriture del’histoire contemporaine au Katanga» dans La nouvelle histoire du Congo : mélanges eurafricains offerts àFrans Bontinck, CICM, Tervuren Paris, Musée royal de l’Afrique central, l’Harmattan,(coll.«Cahiersafricains»), 2004.p.35-46, qui montre l’importance des sources orales dans la réécriture de l’histoire contemporaine au Katanga. Pour nous, de nombreux entretiens avec diverses personnes, membres de la famille ou anciens coloniaux entrés dans la famille, constituent des éléments précieux dans l’élaboration de cette recherche. Nous donnerons ainsi souvent la parole à Fernand Delmotte, qui était d’une grande lucidité face à son environnement, à cause de son parcours professionnel et de sa forte personnalité.

Nous avons ainsi voulu venir à «l’histoire au sens de pratique historiographique, à savoir le récit d’événements dignes d’être relatés, élaborés à partir de la conservation de documents généraux», comme le formule Félix Torrès Félix Torrès, op. cit., pour savoir ce qu’il en était réellement et clarifier l’histoire familiale, dénouer les fils emmêlés de sa mythologie, de ses émotions, des récits cachés ou contradictoires. Rien de tel pour atteindre ce but que de revenir aux faits et écrire l’histoire de ces colons et de leur vie, en les replaçant dans leur contexte et en suivant leur parcours, leur labeur, leurs réalisations et leurs échecs.Cependant nos buts restent modestes car, comme le dit Bogumil Jewsiewicki, «l’histoire est la reconstruction toujours problématique et incomplète de ce qui n’est plus Cité par Donatien Dibwe Dia Mwembu., «Le poids des sources orales dans l’écriture et la réécriture de l’histoire contemporaine au Katanga» in MANTUBA-NGOMA, M., La nouvelle histoire du Congo, p 37». Donatien Dibwe Dia Mwembu note par ailleurs que pour le Congo, l’histoire est restée longtemps une «histoire des autres» c’est-à-dire des Européens. Si ce travail se penche sur l’entreprise d’un colon belge, il reste cependant traversé, ainsi que nous-même,par la présence des Congolais (jamais dans la fratrie nous n’avons entendu prononcer le mot «indigène») qui partageaient le quotidien, les joies, les peines de la famille Delmotte.

Nous allons donc approcher l’histoire riche et complexe de la Planco en bornant notre propos, dans le cadre de ce master, aux années trente. Nous avons fait le choix de dérouler les événements qui ont marqué celle-ci de 1926 à 1943, de manière chronologique. Ce parti pris résulte de la complexité de notre objet d’étude. La société elle-même est complexe, située au Congo alors que les sociétaires sont en Belgique et proposant des produits et des activités diversifiés sur différents terrains et régions dans la Province orientale. Son histoire est mouvementée, prise dans les tourmentes de son époque. L’homme qui l’a fondée joue un rôle essentiel car il se trouve au cœur d’une problématique fondamentale au Congo belge, le rôle du gouvernement dans la gestion de la colonie et lesrapports qui ont été instaurés avec les grandes sociétés privées et les colons. C’est pourquoinous avons choisi de travailler sur la période allant de 1910 — date à laquelle FernandDelmotte arrive au Congo, qui vient de devenir la colonie de la Belgique en 1908 — à1943, pour traiter les événements des années trente, que l’on ne peut comprendre sans étudier les faits en amont et en aval.

Commençons par donner l’identifiant de cette société. Son fondateur est Fernand Delmotte, né en 1883 en Belgique, à Tournai et décédé en 1949 au cœur de son domaine congolais tant aimé. Le nom de Plantations du Congo Oriental désigne sa raison sociale d’origine : être une plantation caféicole. Elle est créée en 1926, sous la forme d’une Société congolaise à responsabilité limitée (SCRL, qui est une version locale d’une société à responsabilité limitée ou SARL) et implantée dans l’extrême nord-est de la Province Orientale, dans la région de l’Ituri, aux frontières avec l’Ouganda, alors colonie britannique. La frontière à l’Est est constituée par le Lac Albert (lac qui donne naissance au Nil). L’exploitation agricole est proche de la frontière Nord avec l’Ouganda, à Logo, près de Mahagi. Notons qu’en 1929, le Congo est constitué de quatre provinces seulement : le Congo-Kasaï, l’Équateur, le Katanga et la Province Orientale, comme nous pouvons le voir dans la carte suivante.

Figure : Carte du Congo belge et ses 4 provinces. 1925. © S.N., Congo belge, carte, échelle(s) : 1:10 500000, Gallica.

Son siège social est établi à Mahagi, dans la province orientale du Congo Belge et son siège administratif est à Tournai, en Belgique. Les statuts de la société sont publiés le 10 septembre 1926 dans l’organe officiel de l’époque : le Bulletin Officiel du Congo Belge Rappel historique: l’histoire du Congo liée à la colonisation/décolonisation peut se décomposer en grandespériodes comme suit:État indépendant du Congo: 1885-1908; Congo Belge: 1908 – 1960; République du Congo: 1960-1965;Zaïre: 1965-1997; République démocratique du Congo: 1997-. Le capital, au premier exercice 1926-1927, est de 1.250.000 francs. En métropole, à Tournai, résident un conseil d’administration et son président, Firmin Gualbert, ainsi que des souscripteurs constitués de membres de la famille et d’un cercle élargi de connaissances. En 1926, on comptait vingt-cinq souscripteurs. L’entreprise émet des actions et des parts de fondateurs. La société est soldée définitivement en 1963.

Face à la grande richesse et de la grande diversité des matériaux qui sont à notre disposition, émergent trois questionnements forts. L’histoire de l’entrepreneur et de son entreprise doivent d’abord être étudiés au long cours en mettant en évidence des périodes, des continuités et des ruptures, à partir des documents officiels de la société et des correspondances. Nous avons choisi de partir du café, qui en était le produit principal. Nous avons dû nous limiter dans ce travail de master aux années trente et les rebondissements observés dans cette période de 1910 à 1943, l’ensemble des archives étant très riches. Cela nous a contraint à dérouler les faits de manière chronologique, pour permettre de comprendre l’organisation complexe de l’entreprise et de traiter l’enchevêtrement des thématiques qui y sont reliées.

Nous nous demanderons alors si ces évolutions sont représentatives d’une «plantation moyenne» au Congo à cette époque. «Jusqu’à présent la recherche est restée pratiquement muette sur l’expérience de ces indépendants» note Guillaume Léonard LÉONARD Guillaume, 2014, «Un divorce belge : expériences contrastées du planteur belge de café au Kivu(1945-1960)», L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles : nouvelles recherches et perspectives en histoirecoloniale, 2014, (coll.«Outre-Mers»), p. 207-228. Les historiens belges constatent une pauvreté sur ce sujet et le manque de documents d’archives de petites sociétés se fait sentir, créant une lacune, que ce travail pourrait en partie combler. Ensuite, quelles sont les relations du colon au sein de la société sur place et dans son environnement immédiat? En effet les communautés, les personnes et les réseaux locaux y sont denses et complexes. Nous nous proposons de revenir sur les liens que l’entrepreneur a noués et entretenus avec des personnalités connues de la région, issues de milieux différents. Nous pourrons nous interroger sur son tempérament, donner un aperçu de ce qu’était la vie des colons, entre solitude, isolement et relations d’amitié, d’entraide ou de conflits entre Européens mais aussi les relations très particulières avec les Africains.

Enfin, quels sont les rapports du planteur avec la métropole? L’apport de ce travail consiste essentiellement sur l’étude de la situation d’un colon au Congo belge, thématique sur laquelle il existe très peu d’études, sinon quasiment aucune à part l’article de Bogumil Jewsiewsicki Le colonat agricole au Congo belge. Qu’il s’agisse d’une part, des relations avec sa famille restée en Belgique, les administrateurs de la société à Tournai et, d’autre part, avec les autorités belges qui, à travers la législation et les décisions gouvernementales,encadrent la vie dans la colonie, nous observerons les contraintes qui ont pesé sur le colon et comment il s’est situé par rapport à elles. Nous essaierons aussi d’effleurer une approcheanthropologique FLAMANT Nicolas, 2002, Une anthropologie des managers, Paris, Presses universitaires de France(coll. «Sciences sociales et sociétés») et de faire intervenir l’idée d’«activité imaginaire et symbolique» en nous demandant quelle était la vision de l’entrepreneur, comment l’a-t-il mise en œuvre et à quoi celle-ci s’est-elle heurtée?

On le voit, de ces sources rares et riches, nous avons l’ambition de tirer nombre d’enseignements utiles pour une meilleure connaissance des petites et moyennes entreprises au Congo Belge entre 1920 et 1960. Par ailleurs, sur un plan plus personnel, ce travail prend un sens particulier dans la famille où il pourra aussi soit combler des lacunes,soit préciser les contours de l’histoire familiale et constituer un legs pour les générations futures.

Voir le texte intégral : «Les caféières les plus belles de l’Ituri»Café, colons et planteurs- histoire de la sociétéPlantations du Congo Oriental(1910 ─ 1943).

Citation : Stéphanie Delmotte. «Les caféières les plus belles de l’Ituri». Café, colons et planteurs : histoire de la société «Plantations du Congo Oriental» (1910-1943). Histoire. 2020. ⟨dumas-02970502⟩

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