Parc national des Virunga

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Le parc national des Virunga est la zone protégée la plus riche en biodiversité d’Afrique, abritant plus d’un millier d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et d’amphibiens ainsi qu’un tiers des gorilles de montagne menacés d’extinction dans le monde. Situé à l’extrémité orientale du bassin du Congo, la deuxième plus grande forêt tropicale du monde, Virunga est connu comme le parc du feu et de la glace pour ses divers habitats allant des sommets du Rwenzori à la savane et aux plaines volcaniques. Bien qu’ils soient classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, les Virunga sont constamment menacés par la guerre, le braconnage et les activités illégales, ainsi que par des catastrophes naturelles imprévisibles.


1. Introduction

Situé en bordure de Rift Albertin, le parc national des virunga est l’une des aires protégées les plus spectaculaires d’Afrique. Des lacs aux volcans en activités, aux savanes, en passant par les forêts sèches, les forêts denses humides, les zones alpines afro-tropicales, on peut être tenté de prétendre que ne manquant que le désert et la mer parmi les biomes présents dans le parc national des Virunga. Premier parc d’Afrique, il fut créé en 1925 pour protéger les gorilles de montagne établis sur les pentes des volcans Virunga. Il fut plus tard étendu au nord pour inclure les plaines herbeuses de la Rwindi, le lac Edouard, les forêts denses humides de la vallée de la Semeliki et le massif du Rwenzori avec ses neiges éternelles.

Le Parc National des Virunga (PNVi) se situe à cheval sur l’équateur, dans l’est de la République Démocratique du Congo, le long de ses frontières avec le Rwanda et l’Ouganda (carte 1/page suivante). Il est le plusvieux Parc d’Afrique et le plus connu des parcs de la République Démocratique du Congo. Logé dans la branche occidentale de la grande faille d’Afrique, le parc a une forme très allongée. De par sa situation particulière, il est à la fois un des plus hauts lieux de la diversité biologique et une des aires protégées les plus menacées au monde.

2. Le milieu physique

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D’une superficie de 773.000 ha, le parc national est limité au nord parla rivière Puemba à 00°56’N et au sud par l’île Tshegera dans le lac Kivuà 01°39’S. La majorité du parc est située au fond du Rift Albertin, la bran-che ouest de la grande faille africaine. Cette situation particulière expliqueen grande partie le caractère unique de cette aire protégée. En effet, sonpositionnement dans le rift explique les énormes variations d’altitude de680m dans la Semliki à plus de 5.100m sur le Ruwenzori.

Le volcanisme passé a forgé un ensemble géologique composé de vol-cans éteints dans le secteur Mikeno (extrémité sud du parc) couvert deforêt afromontagnardes. Le volcanisme actuel est un des plus actifs aumonde, avec le volcan Nyamulagira qui a été en éruption au moins tous lestrois ans depuis plusieurs décennies. Une éruption importante duNyiragongo a forcé plus de 200.000 personnes vers un bref exil en janvier2002 et a détruit près de la moitié du centre commercial de Goma.

Espèces ménacées

3. Le milieu naturel

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La géomorphologie du parc, couplée à son étendue, lui confère unetrès grande variété d’habitats : volcans actifs et éteints, forêt tropicale dela Semliki, forêts de montagne, forêts sèches, glacier et neiges duRuwenzori, sources d’eau chaude, savanes herbeuses de la Rwindi et unemultitude de marais, de lacs et de rivières. Ceci explique aisément le grandnombre d’espèces que le parc abrite ainsi que le taux d’endémisme élevé.

Au sud : les Montagnes des Virunga

Au sud se trouve les montagnes des Virunga, avec une altitude maximale de 4 500 m, on y trouve sept des huit volcans qui forment le massif dont les deux volcans les plus actifs d’Afrique, le Nyiragongo et le Nyamuragira ; le mont Mikeno est lui un volcan endormi. C’est le premier secteur à avoir été protégé en . Le paysage est couvert par la forêt afromontane. Le centre de gestion administrative du parc national se situe dans le village de Rumangabo (en), à proximité de la zones de présence des gorilles. L’hôtel du mont Mikeno est l’un des principaux équipements touristiques du parc.

Ce secteur sud forme avec le parc national des volcans (Rwanda) et le parc national des gorilles de Mgahinga, un ensemble écologique appelé, en anglais, le Virunga volcanoes greater ecosystem.

Au centre : le lac Édouard et les plaines

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Le parc s’étend sur les plaines alluviales des rivières Rutshuru et Ruindi. Ces deux cours d’eau se jettent au sud du lac Édouard, dont la majeure partie, ainsi que les berges font partie intégrante du parc. Le parc est limité à l’est par la rivière Ishasha (en), qui marque la frontière avec l’Ouganda.

Au nord : le bassin de la Semliki et les Rwenzori

La rivière Semliki prends sa source dans le lac Édouard, puis s’écoule vers le Nord. L’Est des Rwenzori est également dans les frontières du parc, sur une surface qui représente 20% du massif. Le relief y est très accentué avec des falaises abruptes, des vallées profondes et des sommets sont couverts par des neiges éternelles. Le point culminant s’élève à 5 119 m . C’est l’unique massif véritablement alpin d’Afrique et sa plus vaste région glaciaire. La pluviométrie varie de manière importante selon les zones du parc. Les savanes immédiatement au nord et au sud du lac Édouard sont les zones les moins arrosées, à raison de 30 à 40mm de pluie par mois en moyenne.

4. Biodiversité

D’un point de vue biologique, la richesse du parc provient de sa position au croisement de plusieurs contrées biogéographiques : les complexes forestiers centre-africains, extension de la cuvette congolaise dans la vallée de la Semliki dans le nord du parc et les complexes savanicoles est-africains, bien représentés dans les plaines de la Rwindi et de la Rutshuru (centre du parc). Ce croisement se fait par ailleurs, dans une région volcanique active au relief accidenté. Il en résulte une diversité de biotopes naturels incomparable, allant des marécages et des steppes jusqu’aux neiges éternelles du Ruwenzori, à plus de 5000 m d’altitude, en passant parles plaines de lave et les savanes sur les pentes des volcans. Une richesse floristique remarquable s’y est développée. Elle présente notamment une cohorte d’espèces afromontagnardes, soit partagées avec les montagnes camerounaises ou d’Afrique de l’Est, soit propres au Rift Albertin. À ce titre, le parc aligne un taux d’endémisme exceptionnellement élevé.

Faune

Il est courant de lire que telle ou telle aire protégée abrite une diversité biologique exceptionnelle; de nombreuses aires protégées sont en effet uniques en leur genre, de sorte qu’à force d’utiliser des superlatifs, ces termes deviennent galvaudés. On ne pourrait cependant surestimer la réelle valeur biologique et paysagère du Parc National des Virunga, ni à quel point il protège des processus biologiques et géologiques uniques. En terme de richesse biologique, le parc est de loin le plus riche de toutes les aires protégées du continent africain. Il contient en effet plus de 700 espèces d’oiseaux, soit près de deux fois plus que l’en-semble des pays d’Europe occidentale et près de 220 espèces de mammi-fères, également un record africain. Il n’existe pour ainsi dire aucun parcnational au monde possédant une telle richesse spécifique.

Le parc compte 218 espèces de mammifères dont 21 sont endémiques au Rift Albertin. D’une manière générale, bien qu’il possède des espèces emblématiques telles que le Lion Panthera leo, le Buffle Syncerus caffer ou l’Eléphant Loxodonta africana, le PNVi est relativement peu varié en ce qui concerne les grands mammifères de savane. Mais leur abondance en temps normal est inégalée. La principale raison de cette forte biomasse était la présence de la plus grande population d’hippopotames Hippopotamus amphibius au monde, mais cette dernière a été fortement réduite au cours des dernières années de conflit. Une espèce de carnivore, le Lycaon Lycaon pictus, aurait disparu dans les années 1950. Le parc abrite 22 espèces de primates. Le PNVi est aussi le seul parc au monde abritant trois taxons de grands singes, à savoir le Gorille de montagne Gorilla beringei beringei, le Gorille de Grauer Gorilla beringei graueri et le Chimpanzé de l’Est Pan troglodytes schweinfurtii. Le parc abrite aussi plusieurs espèces d’ongulés, et un nombre important d’espèces d’oiseaux. Les reptiles et amphibiens présentent un nombre d’espèces endémiques particulièrement élevé, avec 119 espèces de reptiles, dont 11 endémiques, et 78 espèces d’amphibiens, dont 21 endémiques. Parmi les reptiles, les tortues sont peu représentées.

En dehors de cette richesse spécifique inégalée, le parc protège également un grand nombre d’espèces endémiques au Rift Albertin, c’est-à-dire des espèces qui n’existent nulle part ailleurs au monde. Enfin, le parc national abrite un grand nombre d’espèces qui sont menacées d’extinction et inscrites dans l’une des catégories de la Liste Rouge de l’UICN. En dehors de la diversité biologique, il faut noter que les savanes de la partie centrale du parc ont une capacité d’accueil exceptionnellement élevée avec des concentrations inhabituelles dont la plus grande population d’hippopotame au monde (avant que ces derniers ne fussent pratiquement exterminé le parc abritait plus de 29.000 hippopotames), plus de 23.000 buffles et près de 3.000 éléphants.

Flore

La très grande variété d’habitats implique que le parc des Virunga ait la diversité de faune et de flore la plus élevée en RDC. La flore du parc national des Virunga compterait au minimum 2 077 espèces de plantes à fleurs, dont 230 endémiques. Cette diversité spécifique exceptionnelle est due en partie à la variété des écosystèmes présents : forêts tropicales humides, forêts sèches et savanes, zones humides et montagnes… Rien que dans le massif du Ruwenzori, 548 espèces végétales sont recensées avec un taux d’endémisme de 13% (soit 75 espèces). Entre 1950 et 2006, le couvert boisé (forêts et broussailles) a globalement augmenté dans le parc, au détriment des prairies. Cependant cette évolution globale cache des disparités selon les zones du parc, au total 558 km² de surface boisées ont été gagnés et 74 km² ont été perdus.

Des 2.077 espèces de plantes identifiées dans le parc, 230 sont endémiques aux montagnes du Rift Albertin. Dans une région ne représentant que 0.3% de la superficie totale de la RDC, les Virunga abritent plus de la moitié des espèces des mammifères connues dans le pays (2018 sur 415 espèces dont 22 espèces de primates) et deux tiers des espèces d’oiseaux (706 sur 1094 espèces dont 25 sont endémiques à la vallée du Rift). En plus de la célèbre population de gorilles de montagne, estimés à 700 individus répartis entre la RDC, l’Ouganda et le Rwanda.

5. Menaces

Avec plus de 1000 km de délimitations et 200 km du nord au sud, le parc national des virunga est particulièrement vulnérable aux pressions du fait de sa position géographique mais également de par sa forme étroite et allongée. Par ailleurs, les sols volcaniques fertiles supportent une des densités humaines les plus fortes d’Afrique, avec près de 600 habitants/km² à certains endroits. La dernière décennie, caractérisée par la guerre civile, a connu une augmentation dramatique des incursions dans le parc, entraînant une recrudescence du braconnage. Les hippopotames autrefois nombreux dans la zone centrale du parc sont passés de 23000 en 1989 à moins de 500 aujourd’hui. Les populations de la plupart des espèces savanes (éléphants, buffles et antilopes) ont décliné de la même façon. Les villages de pêcheurs se sont multipliés. Il s’agit ici d’un véritable problème puisque sur les 80 espèces de poissons des lacs Edouard et Georges, connus à ce jour, 60 sont endémiques.

D’un point de vue géopolitique, le parc se trouve au cœur des conflits des grands lacs que la région a connus ces dernières années et continue, en 2008, à servir de champ de batailles politiques et militaires. C’est ainsi que depuis 1994, le parc a été mis sur la liste des Sites du Patrimoine Mondial en danger et reste de loin, au moment d’écrire ces lignes, la zone la moins sûre de toute la région des grands lacs.

Les déboisements, en particulier dans les plaines de lave autour des deux volcans actifs, qui fournit du bois de chauffe et du charbon de bois à la ville de Goma en pleine expansion, est la principale menace à l’intégrité du secteur sud du parc. Il est extrêmement difficile de stopper ce phénomène du fait des multiples intérêts et groupes en présence, incluant parfois les militaires, les autorités locales et même le personnel du parc. Enfin, l’intérêt croissant pour les réserves de pétrole et de gaz présentes dans la vallée du Rift, pour lesquelles plusieurs permis d’exploration sont en attente de promulgation présidentielle, constitue une menace à l’intégrité du complexe d’aires protégées partagé entre Ouganda, RDC et Rwanda.

Références 

  1. ICCN, Parcs nationaux,
  2. Languy, Marc & de Wasseige, Carlos. Le Parc National des Virunga : description et enjeux, Revue des questions scientifiques, 2008, 179 (1) : 71-78.
  3. VERSCHUREN, J., 1993. Les Habitats et la Grande Faune : Évolution et Situation Récente. Exploration du Parc National des Virunga (Zaïre), Fascicule 29. 133 pp.
  4. Chrislain Eric Kenfack, Le Paysage Virunga, CIFOR, Briefs No. 17, mars 2013.

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