L’adaptation au changement climatique en Afrique subsaharienne peut améliorer la résilience et créer de l’emploi

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Alors qu’elle est le moins responsable du changement climatique, l’Afrique est la région la plus touchée par son impact. Les chocs climatiques, comme la montée des températures et l’augmentation des catastrophes naturelles, affectent davantage les ménages les plus pauvres, avec des effets durables sur le capital humain. Les pays africains gagneraient donc à saisir cette opportunité pour intégrer l’adaptation au climat dans leurs politiques économiques afin d’accroître leur résilience et d’offrir davantage d’emplois de qualité dans l’ère post-COVID-19.

Adaptation au changement climatique et transformation économique

L’Afrique subsaharienne devrait sortir de la récession causée par la pandémie de COVID-19 avec un niveau de croissance attendu à 3,3 % pour 2021. Une progression d’un point de pourcentage par rapport aux prédictions d’avril 2021. Ce rebond tient au prix élevé des matières premières, à l’assouplissement des mesures mises en place pour lutter contre la pandémie et la reprise du commerce international. La relance reste néanmoins fragile, en raison du faible taux de vaccination sur le continent, des préjudices économiques prolongés et du manque de dynamisme de la reprise.

Alors que les pays d’Afrique subsaharienne se sont engagés sur la voie de la relance, avec les incertitudes et les pressions budgétaires que cela suppose, ils doivent également saisir les opportunités offertes par la crise économique qui s’est répandue dans le sillage de la pandémie, pour apporter une réponse à la crise climatique. Selon le dernier rapport Africa’s Pulse, la région subit en effet les plus lourdes conséquences du dérèglement climatique, même si elle en est la moins responsable.

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Bien que la contribution de l’Afrique subsaharienne aux émissions globales de gaz à effet de serre soit la plus faible, les pays de la sous-région sont affectés de façon disproportionnée par le changement climatique et ressentent déjà les effets dévastateurs du lent processus de changement des températures et d’autres catastrophes naturelles. Selon des études récentes, une augmentation de 0,5 °C de la température moyenne pourrait engendrer une contraction d’un point de pourcentage de l’activité économique mensuelle dans la région. Par ailleurs, les périodes de sécheresse ont un impact environ huit fois plus élevé sur la croissance à moyen terme des pays africains comparé aux autres pays en développement de la planète.

« Au-delà des pertes humaines, de la dégradation des moyens de subsistance et des dégâts causés aux infrastructures essentielles, le changement climatique affecte de façon disproportionnée les ménages les plus pauvres, ce qui contribue à les enfermer dans un cycle de pauvreté et de vulnérabilité », souligne Albert Zeufack, économiste en chef pour l’Afrique à la Banque mondiale. « Les pays d’Afrique peuvent saisir l’occasion offerte par le mouvement mondial de diminution des émissions de gaz à effet de serre pour transformer leur économie et créer de l’emploi, notamment dans le secteur manufacturier. »

Au Sahel, par exemple, en l’absence de programmes de protection sociale efficaces, les événement climatiques extrêmes contribuent à la malnutrition maternelle et infantile en entraînant une baisse des apports alimentaires et en incitant à déscolariser les enfants ou à revendre des actifs productifs, ce qui contribue à perpétuer et à renforcer les inégalités. Les crises persistantes liées à l’alimentation, l’eau, et l’environnement, amplifiées par l’impact climatique peuvent contribuer à installer des situations de fragilité, de conflit, et de migrations pour cause de détresse.

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Au cours de la prochaine décennie, on estime entre 30 et 50 milliards de dollars les besoins annuels de financement en matière d’adaptation climatique. Le rapport Africa’s Pulse relève que si 15 % des dépenses globales d’urgence contre la COVID-19 ont été dédiées à la relance et 85 % au secours de l’économie, dans la majorité des pays, elles se sont concentrées sur des activités à fortes émissions de carbone, alors même qu’une part importante était investie dans des activités sans aucun impact sur le climat.

Soulignant que les pays africains ont saisi l’opportunité de la crise pour encourager des réformes importantes et rappelant qu’investir dans l’adaptation au climat est plus rentable que   de financer fréquemment une aide d’urgence aux sinistrés, les auteurs du rapport recommandent aux pays africains de privilégier les programmes en faveur de l’adaptation climatique dans leurs politiques publiques. Cela permettra d’accroître la résilience et d’offrir davantage d’emplois de qualité à l’ère de l’après-COVID-19.

La crise climatique mondiale offre des opportunités de transformation et de prospérité économique dont les pays d’Afrique peuvent tirer parti. On peut citer par exemple :

  • Une stratégie énergétique combinant extension du réseau national et adoption croissante de technologies renouvelables (solaire et éolienne), essentielle pour se rapprocher de l’objectif d’accès universel.
  • L’investissement dans des infrastructures climato-intelligentes qui aideront les villes à créer des emplois et à tirer parti de finances publiques limitées grâce aux investissements du secteur privé, en s’attaquant aux problèmes liés au climat comme la pollution, les inondations, les périodes de chaleur extrême et l’accès à l’énergie.
  • L’élaboration par les gouvernements de politiques, de plans et d’investissements volontaristes, qui offriront des informations et des incitations pour développer un environnement favorable au changement de comportements de la part des communautés, des ménages et du secteur privé, ainsi que des choix d’investissement pour atténuer le changement climatique et s’y adapter.
  • Des politiques foncières pour réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre et renforcer la résilience au changement climatique. Ces politiques permettent des contributions positives et durables en faveur du bien être sociétal et de la viabilité, notamment du fait de nombreux bénéfices comme la création d’emplois, la réduction du risque de catastrophes, l’atténuation du changement climatique et l’adaptation pour notre génération et les suivantes.
  • Des politiques de diversification des actifs, encourageant l’accumulation du capital humain et du capital naturel renouvelable sont cruciales pour réduire le risque de pertes d’actifs pour les pays disposant d’un capital naturel renouvelable important.
  • Des politiques favorisant la production et l’augmentation de la valeur ajoutée en aval dans les secteurs essentiels pour les pays riches en ressources minières sont nécessaires pour les technologies énergétiques à faible intensité en carbone (par exemple le cobalt, le lithium, le cuivre, le manganèse, le nickel et le zinc) en cette période de réduction des émissions.
  • Des politiques encourageant l’activité manufacturière, notamment dans les secteurs élaborant des composants nécessaires à l’Internet des objets, l’ajout de valeur aux minerais alimentant l’économie verte, et l’insertion dans des chaînes de valeur régionales.
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La transition vers une économie à faible émission de gaz à effet de serre peut offrir davantage d’emplois de qualité indispensables à la jeunesse africaine. Il est donc essentiel de financer l’adaptation au changement climatique, et les décideurs doivent mobiliser les ressources, nationales et internationales, pour offrir davantage d’emplois verts. Un point d’entrée pour s’engager sur cette voie consiste à allier le financement climatique aux réformes clés en matière de gouvernance, ainsi qu’à la préservation du capital naturel en tant qu’actif fondamental.

Enfin, l’adaptation au changement climatique doit être en tête des priorités politiques des pays d’Afrique pour remédier aux effets croissants du changement climatique et permettre une transformation économique verte et résiliente.

Source : Banque Mondiale, WASHINGTON, 6 octobre 2021

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