Assassinat de Patrice Lumumba, crime politique: les derniers jours d’un héro et martyr!

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Quelques jours après l’indépendance, le 30 juin 1960, le Congo s’embrase avant de sombrer dans le chaos. La Force publique, mi-armée, mi-gendarmerie coloniale, se mutine. Les premières violences contre les Européens provoquent leur exode massif. La Belgique se lance dans une guerre coloniale et soutient la sécession du Katanga minier. Les Etats-Unis ne veulent pas d’une guerre au cœur de l’Afrique en pleine guerre froide, pays occidentaux contre communistes. L’ONU intervient. Les premiers Casques bleus débarquent le 16 juillet. La crise devient internationale. La crise politique plonge le pays en pleine confusion. Le colonel Mobutu signe son premier coup d’Etat. Le cadre européen a fui. De sécessions en rébellions, le Congo plonge dans la tragédie d’une guerre civile de quatre ans.

Le dernier jour, le 17 janvier 1961

Le 17 janvier 1961, au début de la nuit, l’ancien Premier ministre Lumumba et ses deux compagnons, Maurice Mpolo et Joseph Okito, sont exécutés par un peloton de la gendarmerie-armée katangaise commandé par un officier mercenaire belge, en présence de plusieurs ministres du Katanga en sécession. Patrice Lumumba, devenu Premier ministre du Congo le jour de l’indépendance, le 30 juin 1960, l’a été pendant 67 jours seulement, avant d’être révoqué en septembre, puis assigné à résidence, arrêté ensuite, et transféré enfin au Katanga, pour y trouver la mort le soir même. Soixante ans plus tard, grâce surtout au minutieux travail de la commission d’enquête de la Chambre des représentants belge et de ses experts, une part de lumière peut éclairer et permettre de mieux comprendre ces événements tragiques, leur enchaînement et les responsabilités tant au Congo qu’à l’étranger, y compris celles, irréfutables, de responsables belges.

Vers six heures du matin, le 17 janvier 1961, le chef de la Sûreté congolaise, Victor Nendaka, sort Lumumba et neuf autres prisonniers politiques de leur cellule du camp militaire de Thysville (aujourd’hui Mbanza-Ngungu), à 150 km de Léopoldville (Kinshasa aujourd’hui). Une nouvelle mutinerie a éclaté, et certains craignent la libération de Lumumba, arrêté pour avoir rejeté sa révocation comme Premier ministre. Nendaka sépare trois prisonniers des autres : Patrice Lumumba, Okito, le vice-président du Sénat, et le ministre Mpolo. Les trois hommes sont amenés en camion à une heure de route, pour monter ensuite dans un petit avion et rejoindre Moanda, sur la côte atlantique : ce petit aéroport isolé n’est pas contrôlé par les Casques bleus de l’ONU.

Destination Elisabethville, au Katanga en sécession

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Il y a 60 ans, l’assassinat de Patrice LumumbaFerdinand Kazadi et Jonas Mukamba, deux membres du collège des commissaires, l’exécutif mis en place en septembre par le colonel Mobutu après son coup d’Etat, ont quitté Léopoldville en DC4 pour Moanda. Les deux commissaires sont kasaïens, et connus comme hostiles à Lumumba. Les prisonniers montent à bord, avec les deux commissaires et une escorte de trois soldats. Le pilote reçoit l’ordre de joindre Elisabethville, la capitale du Katanga en sécession. Jusqu’à la dernière minute, une autre destination était possible : Bakwanga, au Sud-Kasaï, lui aussi en sécession. Le transfert s’impose pour éloigner Lumumba et le “mettre en lieu sûr”, comme on l’écrit officiellement. Les trois prisonniers sont constamment battus dans l’avion, et le pilote doit même demander d’arrêter les coups, parce qu’ils déstabilisent l’appareil.

Le président katangais d’accord, mais pris de court

11 juillet 60, Moïse Tshombe proclame la sécession du Katanga, le lendemain à Elisabethville, avec un officier belge. © Tous droits réservés

11 juillet 60, Moïse Tshombe proclame la sécession du Katanga, le lendemain à Elisabethville, avec un officier belge.

Le DC4 annonce son arrivée et atterrit peu avant 17 heures. C’est la surprise. Le président du Katanga en sécession, Moïse Tshombe, avait accepté le transfert la veille, sous conditions, mais il ne s’attendait pas une arrivée aussi rapide. Le pouvoir central à Léopoldville le prend de vitesse et le met au pied du mur. Le ministre katangais de l’Intérieur, Godefroid Munongo, est au pied de l’avion, avec une escorte armée d’une centaine d’hommes et un blindé léger. Plusieurs agents belges sont présents. Des soldats de l’ONU assistent à la scène de loin. Les trois hommes sont amenés sans ménagements dans une villa réquisitionnée, la maison Brouwez. Ils sont très violemment frappés et battus à plusieurs reprises par des mercenaires ou des agents belges, par des ministres katangais, et, selon certaines sources, par Tshombe lui-même.

Trois exécutions dans la nuit, en présence de Tshombe

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Les ministres katangais délibèrent en conseil pendant une heure et demie, ils boivent beaucoup de whisky. Il y a sans doute déjà un consensus sur le projet de tuer Lumumba, reste à décider comment. La décision collective est prise avant 20 heures. Un convoi quitte la villa Brouwez vers 20h30 et part à 50 km de là, avec un peloton de gendarmes katangais, sous les ordres du capitaine belge Gat, officier mercenaire de la sécession, et s’arrête près d’une savane boisée. Le commissaire de police belge Verscheure est lui aussi présent, avec deux autres agents belges au service du Katanga. Les Belges ce soir-là sont des exécutants, et le ministre Munongo dirige toute l’opération. Le président Tshombe et quatre ou cinq ministres katangais assistent aux exécutions. Les trois prisonniers sont abattus l’un après l’autre, Patrice Lumumba en dernier lieu. Il est 21h43, comme le révèlera l’agenda du commissaire de police avec l’ajout à côté de l’heure: “L. dood (L. mort)”, en néerlandais. L’arbre auquel il a été adossé est encore marqué aujourd’hui des très nombreux impacts de balles.

Les cadavres détruits par deux policiers belges. Les trois hommes sont enterrés sommairement. Les villageois des alentours ont entendu les fusillades. Le lendemain matin, ils découvrent la terre remuée, une main sort du sol; ils préviennent les autorités. Les officiels veulent cacher les assassinats, et veulent éviter un éventuel culte autour des trois cadavres si la vérité était connue. Deux policiers belges sont chargés de la sinistre besogne de faire disparaître les trois cadavres en les découpant et en les détruisant dans de l’acide. L’un d’entre eux emporte comme en trophée deux dents de Patrice Lumumba.

Des versions fantaisistes et des faits certains. De nombreuses versions de cette journée ont circulé pendant quarante ans, avec des récits parfois romancés, souvent contradictoires, et marqués surtout par la volonté de certains de diminuer ou de cacher leur responsabilité, ou le souci d’embellir leur rôle. Le travail des quatre historiens experts de la commission d’enquête a duré près de dix-huit mois, en 2000 et 2001, et a permis de découvrir des éléments neufs et d’établir les faits certains. Mais les experts ont privilégié les sources écrites au détriment des témoignages oraux et se sont parfois montrés moins soucieux des points de vue des Congolais eux-mêmes.  Enfin, les experts et les parlementaires ont surtout clarifié le “comment”, alors que subsistent beaucoup de questions sur le “pourquoi” de l’assassinat.

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Texte de François Ryckmans.

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