Abus des droits de l’homme: le fait d’un système au Congo colonial

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La colonisation de l’Afrique centrale a véritablement débuté à la fin du XIXe siècle avec la Conférence de Berlin de 1885 qui partagea l’Afrique aux différentes puissances européennes de l’époque. L’espace actuel de la République Démocratique du Congo a été acquis par le souverain belge de l’époque, le Roi Léopold II sous la dénomination de l’État Indépendant du Congo, l’E.I.C. Comme toute colonie, l’E.I.C devait jouer le rôle de fournisseur de matières premières. Par la suite, bien que l’administration fût différente, c’est la même philosophie qui persévérait avec la période du Congo Belge à partir de 1908. Là, la colonie devait être plus rentable ; exigeant ainsi sa mise en valeur. Les atrocités, la violence, les contraintes etc. constituent les éléments du système mis en place pour atteindre les objectifs que les coloniaux devaient relever. Les abus enregistrés dans l’administration coloniale ne sont pas seulement des excès d’individus douteux, à la personnalité profondément perturbée, mais ils répondent davantage au système d’exploitation en vigueur à l’époque (VANGROENWEGHE, Daniel, (1986), ”Du sang sur les lianes: Léopold et son Congo”, Didier Hatier, Bruxelles, p. 12).

En 1906, F. Cattier mentionnait dans ses écrits sur l’E.I.C. que «les articles que l’État du Congo prépare et répand dans la presse pour justifier sa politique reproduisent avec moins de franchise et de force, les idées que développaient, il y a plus de cent ans, devant la Chambre des Commerces et la Chambre des Lords, les porte-parole des planteurs : sans l’esclavage, les colonies sont condamnées à la ruine ; le nègre ne travaille que sous le fouet ; il n’a pas de besoins » (CATTIER, F., (1906), ”Étude de la situation de l’E.I.C.”, Bruxelles, p.248). Les exécutants de la salle besogne agissent sur ordre de leurs supérieurs. Eux-mêmes ainsi que leurs chefs sont tous des officiels. Ce sont des soldats, des surveillants ou des capitas.

Le témoignage du missionnaire Sjöblom est très illustratif: «Novembre 1894 au lac Tumba (District de l’Équateur, période de l’E.I.C.: Sjöblom circule dans la contrée, il constate que les villages sont déserts et qu’il y a des cadavres sur les rives. Au poste de Bofiji, il remarque une centaine de mains coupées. Elles ont été jetées dans la rivière… Un caporal noir raconte à Sjöblon qu’un officier blanc lui a ordonné, deux jours auparavant, de jeter 160 mains à la rivière. En effet, les soldats doivent justifier l’emploi de cartouches par le nombre égal de mains droites.» (VANGROENWEGHE, Daniel, (1986), ”Du sang sur les lianes: Léopold et son Congo”, Didier Hatier, Bruxelles, p. 59).

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Au lieu d’établir des rapports cordiaux, basés sur la collaboration et la convivialité entre l’adminis-tration et la population, coloniaux (et agents et leurs soldats) et population autochtone se constituent en deux parties ennemies.  À la moindre résistance de la population, on use de la force, comme le décrit Daniel Vangroenweghe: «Le premier contact entre soldats et indigènes est rarement amical. Les soldats envahissent les villages, tuent un certain nombre de noirs, arrêtent ceux qui n’ont pu fuir, pillent les huttes, volent le menu bétail et d’autres objets de valeur, incendient les maisons et détruisent les plantations.» (LAGERGREN, D. (1970), ‘‘Mission and state in Congo. A Study of the relations between Protestant missions and the Congo Independant State authorities with special reference to the Equator district”, 1885-1903, Uppsala, pp 117-118).

Comme le rapporte ce témoignage, ces faits sont commandités et tolérés par les chefs blancs. Le récit ci-dessous émanant du Missionnaire Joseph Clark montre en effet comment les blancs coloniaux protégeaient leurs agents: «Le chef de Lokolo Longanga se plaignit auprès de Müller et Deisser parce que des soldats lui avaient pris ses femmes et tout ce qui lui était cher…. Son propos s’en prenant à la terreur cruelle des soldats. Le Blanc mit le chef en fuite comme un chien, frappant du pied le sol de la véranda et le traitant de menteur.» (CASEMENT, Roger, (1985), ‘‘Rapport de R. Casement, Consul britannique, sur son voyage dans le Haut-Congo (1903)”, Enquête et Documents d’Histoire Africaine, p. 174 et VANGROENWEGHE, Daniel, (1986), ”Du sang sur les lianes: Léopold et son Congo”, Didier Hatier, Bruxelles).

Il va sans dire que c’est la loi du plus fort qui règne à cette époque. Aux antipodes du slogan Congo, conquête pacifique présenté par le Roi Léopold II à la face du monde pour justifier la mission coloniale qu’il s’était assignée – slogan qui ne sert qu’à masquer la réalité – celui qui a le pouvoir colonial est le grand détenteur de tous les droits ; c’est lui le plus fort et peut donc en abuser. En fait, la mission coloniale n’était qu’une longue conquête sanglante… La violence était la norme parce qu’on retrouve à la base de toute occupation coloniale le droit du plus fort, et donc la sous-évaluation de la population autochtone qui justifie la colonisation dans son infériorité.La violence était la norme : les coloniaux avaient conquis en effet un pays gigantesque sans moyens financiers pour l’organiser et l’exploiter. Ces moyens, c’était les indigènes eux-mêmes qui devaient les produire par leur travail (Lire la préface de Jan Vansina de l’ouvrage de Daniel VANGROENWEGHE, (1986), Du sang sur les lianes: Léopold et son Congo, Didier Hatier, Bruxelles, p.11).

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Aucune collaboration n’avait même été conclue avec les chefs indigènes. A l’époque de l’E.I.C., les atrocités du genre étaient particulièrement violentes dans le District de l’Équateur. Quelques chefs de poste blancs furent un exemple manifeste de cruauté. Citons notamment : René de Permentier, officier à l’Équateur de 1894-1901, Raoul Van Caleken, chef de poste de Baringa. Le récit suivant illustre la façon d’agir de Van Caleken: «Les chefs Ilongo et Efomi des Isute sont allés à Baringa dans le but d’exprimer leurs doléances au substitut et à Dhanis au sujet des amendes et d’une foule d’autres irrégularités. Raoul Van Caleken, le chef de poste de Baringa, les met sous les verrous et les fait reconduire le 27 juin à Ingunda. Là, ils sont liés nus à un manguier dans la cour intérieure de la résidence d’un Blanc. Efomi, toujours attaché à son arbre résiste pendant trois jours avant de mourir.» (VANGROENWEGHE, D., op. cit., présente à la page 103 de la tournée de Dhanis, Administrateur de l’ABIR (Anglo-Belgian India Rubber and Explo- ring Company) dans plusieurs postes du District de l’Equateur où sa compagnie commercialise le caoutchouc).

Le témoignage ci-dessous relate la cruauté de René Permentier: «Lorsqu’il est en tournée d’inspection… Lui arrive-t-il de trouver une petite feuille sur la cour récemment balayée, il s’écrie ’’ les femmes prisonnières n’ont pas bien balayé ; elles doivent être punies ’’. Alors ses soldats décapitent une douzaine d’entre elles. Trébuche-t-il en forêt, c’est le signe que les routes ne sont pas bien entretenues. Conséquence : en mesure de représailles, un enfant est tué dans le prochain village…». (HULSTAERT, G, ‘‘Le voyage au Congo d’un officier danois”, in Enquête et documents d’histoire africaine, 4 (1980) et VANGROENWEGHE, D., op.cit., p.60).

La dénonciation faite par l’organisation philanthropique Le Secours Rouge International (SRI) confirme l’implication du système colonial dans les exactions commises même à l’époque du Congo Belge :«Les Impérialistes belges ont caché jusqu’ici leur tyrannie au Congo d’une façon très habile. Ils disposent à cet effet d’une presse puissante et bien organisée. Sous le couvert de la civilisation, ils masquent des procédés scandaleux. Non seulement ils ne se contentent pas d’exploiter les indigènes d’une façon inouïe, ils répriment tout mouvement qui tend vers une organisation de classe…» (KANKU Bona-Mmudipanu, ”Les communistes belges face au problème de la révolution au Congo Belge (1929-1931): quelques documents inédits”, in Likunduli – Enquêtes d’Histoire Zaïroise, 1 (1972-1973), p. 20).

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Ces conditions laissaient libre cours à toute sorte d’abus. Il serait alors intéressant de connaître d’abord les circonstances et faits qui conduisirent aux abus avant d’en déterminer les différentes formes (et les conséquences).

Dr César Nkuku Khonde.

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