Le M23 dans la stratégie de déstabilisation de l’Est de la République Démocratique du Congo : chronologie commentée

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La plupart des groupes armés actuellement présents dans l’est de la RDC sont le résultat direct des Première (1996-97) et Deuxième (1998–2003) Guerres du Congo et de la période de transition qui s’ensuivit (2003–2006), se concluant par les élections de 2006. Le 6 mai 2012, à l’Est de la République Démocratique du Congo, un groupe de “rebelles” a annoncé la création du mouvement M23, un nouveau groupe armé. Les membres étaient d’anciens rebelles du CNDP. Celui-ci, dont le M23 a été l’adaptation d’une même stratégie, a justifié le nouveau mouvement en évoquant les promesses non tenues du gouvernement congolais – promesses faites lors de la signature d’un accord d’intégration de ces soldats dans les FARDC le 23 mars 2009. Sachant que la vérité sur la guerre de l’Est de la RDC est rarement dite ou qu’elle est volontairement brouillée par ceux qui écrivent l’histoire (ONG, chercheurs en conflits d’intérêts, diplomates, …) non pas telle qu’elle est mais telle qu’ils voudraient qu’elle soit, nous retraçons ici tous les événements pour que le lecteur impartial se fasse une idée sur le fait que la guerre de l’Est de la République Démocratique du Congo qui a endeuillé par des morts atroces et innommables au moins dix millions des familles aujourd’hui est à la fois la continuité et le résultat d’une seule et même stratégie.

Le 10 juillet 1999 : Signature de l’Accord de Lusaka. Comme par la suite, le Congo trahi, violé et volé, on appela dialogue intercongolais la discussion entre ses agresseurs, les criminels et les violeurs, on appela accord de paix entre congolais un accord où occidentaux, Kagame et Museveni dictaient les règles, on humilia notre pays pour mieux le piller. L’accord a confirmé la partition de facto de la RDC en trois parties : la zone contrôlée par le RCD/Rwanda, la zone MLC/Ouganda et la zone gouvernement/Angola/Zimbabwe. En fait, ces accords furent paragraphe après paragraphe totalement problématiques pour la République Démocratique du Congo : (1) les Accords niaient l’agression criminelle dont le Congo était la victime, (2) Les Accords facilitaient la liquidation du régime nationaliste de Kabila, (3) Les Accords facilitaient la division et la partition du Congo, (4) Les accords de Lusaka étaient un feu vert pour l’ingérence américaine au Congo, (5) Les accords de Lusaka: garantissaient la nationalité aux ennemis du Congo, (6) Les Accords offrent aux Rwandais le prétexte pour continuer leur agression – les Interahamwe, (7) les accords validaient la thèse fausse et ridicule du leitmotiv ségrégationniste contre les tutsi comme cause de la guerre (Ludo Martens. Analyse de l’Accord de Lusaka et de ses pièges : Les plans américains pour la division et la mise sous tutelle du Congo, 1999).

Cinq jour avant la signature officielle des Accords, Kagame a lâché une de ces phrases cyniques qui caractérisent ce militariste. Il déclara que s’il reste des Interahamwe au Congo, il peut encore faire la guerre pendant des années dans ce pays. «La dictature au Congo pouvait avoir continué pendant des centaines d’années sans notre implication. Mais aussi longtemps que cette dictature arme les Interahamwe et les pousse à traverser nos frontières, ça veut dire que vous m’invitez sur votre territoire. Les Interahamwe doivent être désarmés, sinon nous n’avons pas d’autre alternative que d’aller les chercher et de les combattre. Nous avons un problème de sécurité qui vient du Congo et nous ne pouvons pas permettre que cela continue. Notre intervention au Congo peut continuer des années sans problème. Nous sommes habitués à combattre sans dépenser beaucoup d’argent. Nos hommes vont à pied et mangent peu» (AFP, 05.07.1999 16 :30 GMT ; IRIN-CEA, n° 707, 05.07.99).

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Associated Press écrit : «Sans un mécanisme de contrôle efficace, le Rwanda craint qu’il sera impossible d’identifier et de traquer les miliciens hutu qui peuvent facilement mettre des uniformes congolais et zimbawéens» (AP, Hrvoje Hranjski, Bukavu, 27.07.1999). Le porte parole de l’Armée rwandaise, le major Ndahiro, avait d’ailleurs déjà accusé le Zimbabwe «d’entrainer activement des membres des ex-FAR et de la milice Interahamwe» (Reuters, Kigali, 22.07.1999). Et Mazimhaka avait enchaîné quelques jours plus tard : «Ils les entraînent, même après avoir signé l’accord» (AP, Bukavu, 27.07.1999). Le Rwanda a donc déjà fabriqué un prétexte pour continuer à faire la guerre aux armées congolaise et zimbabwéenne : elles auraient engagé des Interahamwe ... Et puis, pour Kagame, il y a de bons et de mauvais Interhamwe. Les bons Interhamwe sont ceux qu’il sort des prisons et qui vont se battre du côté des agresseurs tutsi rwandais. Les mauvais Interhamwe sont ceux qui se battent sur le territoire congolais contre des envahisseurs.  Kabila a donc souligné à juste titre : «Quand monsieur Kagame envoie des Hutus de la prison sur le front pour qu’ils se battent pour lui, c’est là encore un autre génocidaire qui, lui, est libre. Alors, qui a les Interahamwe ? C’est d’abord lui» (ACP, 14.07.99, interview Kabila radio RFI, 13.07.1999). Que signifient donc encore aujourd’hui ces groupes en face de l’armée redoutable dont dispose la bourgeoisie tutsie rwandaise? Kabila a bien compris que l’argument «nous ne partirons pas avant que tous les Interahamwe sont désarmés et neutralisés» sert uniquement à perpétuer l’agression et l’occupation.

Le 16 décembre 2002, est signé à Pretoria, en Afrique du Sud, entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, les principaux belligérants de la Deuxième Guerre du Congo, un accord de partage du pouvoir politique et militaire, l’Accord global et inclusif. Aboutissement d’un processus (de paix?) sur fond de défaite de la RDC et des pressions des puissances mondiales, cet accord qui démarra en 2003, a laissé sur la RDC une trace indélébile : des élections en 2006, la réunification du pays, une nouvelle constitution qui entérina les droits des citoyens comme jamais auparavant. Mais le revers de la médaille est que les postes au sein du gouvernement de transition, du parlement et d’autres institutions de l’État furent répartis entre les différents signataires, dont des grands criminels, et leurs ailes armées furent intégrées dans la nouvelle armée dite “nationale”, les FARDC. Cet accord de “paix” connut un certain succès dans l’intégration des anciens combattants au sein de l’armée nationale et du gouvernement de transition. À l’exception des groupes armés en Ituri, toutes les parties belligérantes s’y sont ralliées, attirées par les lumières brillantes et les coffres pleins de la capitale, Kinshasa, et inquiets de l’opprobre international en cas de refus de l’accord.

Ainsi, ce processus introduisit également deux nouvelles dynamiques qui allaient favoriser la la persistance de la mobilisation armée : l’intégration dans l’armée d’anciens belligérants fit des mécontents, qui recoururent à de nouvelles insurrections pour négocier. Ils furent encouragés par cette logique de la transition axée sur le partage des pouvoirs qui, pour ainsi dire, «tolérait» que l’on recoure à la violence pour s’arroger des pouvoirs politiques (Denis Tull et Andreas Mehler, «The Hidden Costs of Power-sharing: Reproducing Insurgent Violence in Africa», African Affairs 104 (2005), p. 375–98). La seconde dynamique avait l’air anodin: l’existence de rivalités politiques dans un contexte de la démocratie. Cependant, dans un environnement fortement militarisé caractérisé par des antagonismes ethniques, certains politiciens se tournèrent vers la mobilisation armée et ethnique pour veiller directement à maintenir leur influence. Les élections firent également des perdants, dont certains recoururent à la violence. Ces dynamiques se manifestèrent plus nettement dans le parcours du très impopulaire RCD. Ce groupe, qui avait contrôlé près d’un tiers du pays, se retrouva avec seulement 15 des 500 sièges à l’Assemblée nationale après les élections de 2006. Cette marginalisation se fit particulièrement sentir parmi la communauté Tutsi, qui était devenue extrêmement influente grâce au RCD, c’est-à-dire, grâce aux armes.

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2004 (mai) : La signature de l’accord global et inclusif a donné pendant un temps l’espoir de restauration de la paix en RDC après deux guerres consécutives qui ont morcelé le pays en plusieurs factions de rébellion sur fond d’agression. Mais c’était sans compter avec Laurent Nkundabatware Mihigo (connu sous le nom de «Laurent Nkunda»), un officier supérieur de l’armée issue de l’ex-rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Goma (RCD/Goma) qui était soutenue militairement par le Rwanda voisin. Ainsi, la principale insurrection de cette période fut en partie due à cette perte de pouvoir et annonçait ce qui est en fait devenu la stratégie des ceux qui tiraient les ficelles : perpétuer le chaos pour mieux contrôler les sites miniers. Menés donc par le général Laurent Nkunda, plusieurs anciens officiers Tutsi du RCD refusèrent de s’intégrer dans l’armée, de même que trois brigades qui leur étaient fidèles. Ils bénéficiaient du soutien de fonctionnaires à Goma et Kigali soucieux de protéger leurs propres intérêts économiques et politiques dans le Kivu.

2004. Le général Nkunda et Jules Mutebusi attaquent Bukavu. Sous l’offensive de l’armée régulière et la pression de la communauté internationale, les forces rebelles se retirent «sans conditions» de Bukavu, en expliquant qu’elles s’étaient trompées sur le génocide des Banyamulenge et en renonçant, du même coup, à leur principale revendication de remplacer le commandant de la 10e  région militaire. La prise de Bukavu et la révolte qu’elle provoque dans les populations de la RDC a des conséquences graves sur la sécurité à l’est. Le 22 juin 2004, le Conseil de sécurité publie une autre déclaration présidentielle pour inviter le Secrétaire général à déterminer précisément le besoin d’une capacité de force de réaction rapide pour la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), forte depuis l’adoption de la résolution l’adoption de la résolution 1493 du 28 juillet 2003, de 10 800 hommes.

2006 (juillet) : Après avoir fait défection de l’armée en 2003, Nkunda forma le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) en 2006; mouvement qui allait devenir l’un des groupes armés les plus puissants du pays, en partie grâce au soutien du Rwanda. Dans des entretiens, six anciens haut gradés du CNDP conviennent que le Rwanda a été décisif dans sa décision initiale de faire défection, bien que certains insistent sur le fait que Nkunda agissait souvent de manière autonome et était régulièrement en désaccord avec ses alliés à Kigali. “L’ordre est venu de Kigali ; ils avaient besoin d’un plan B au cas où la transition n’aurait pas fonctionné», déclara un de ces officiers. «Nous recevions tous des appels de Kigali”, ajouta un autre, “ils nous disaient que si nous nous rendions à Kinshasa nous en reviendrions dans des cercueils” (Stearns, Jason, et Raphaël Botiveau. “Repenser la crise au Kivu : mobilisation armée et logique du gouvernement de transition”, Politique africaine, vol. 129, no. 1, 2013, pp. 23-48).

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L’establishment sécuritaire rwandais joua donc un rôle clé en s’assurant de la défection de Nkunda et en coordonnant celle d’autres officiers, puis en les conseillant et en leur fournissant une aide sporadique. Le Rwanda autorisa le recrutement de soldats par le CNDP au Rwanda et y participa sans doute, convoyant aussi des armes lors de son offensive sur Bukavu en juin 2004, et aidant ce même CNDP à prendre le contrôle de la base militaire de Rumangabo en octobre 2008, bien que son implication fut moins notable dans les étapes initiales du mouvement, en 2003 et 2004 (Rapport du Groupe d’experts des Nations unies, document du Conseil de sécurité S/2004/551, 15 juillet 2004, p. 22-25 ; Rapport intérimaire du Groupe d’experts…, op. cit. ; Stearns, Jason, et Raphaël Botiveau. “Repenser la crise au Kivu : mobilisation armée et logique du gouvernement de transition”, Politique africaine, vol. 129, no. 1, 2013, pp. 23-48).

15 – 16 décembre 2006 : Conférence internationale sur la région des Grands Lacs – Pacte de sécurité et de stabilité.

2006 (décembre – début 2007) : CNDP – les troupes du général Nkunda et les transfuges des FARDC rejettent les résultats électoraux et mettent en place des administrations parallèles.

2007 : Les troupes du MLC affrontent les partisans de Kabila à Kinshasa qui contestent les résultats électoraux

2007 : Kabila et le CNDP conviennent que les troupes de Nkunda subiront un ”mixage” et combattront ensemble les FDLR.

2008 : Bemba est arrêté pour crimes contre l’humanité en RCA.

Dans la crise de Goma de l’été 2008, outre, les fournitures de soutiens multiformes (armements, ravitaillements, recrues, base de repli et de débordement des Fardc, soutiens tactiques…), des unités rwandaises sont intervenues pour appuyer la milice dissidente de Nkunda face aux FARDC (Groupe d’Experts sur la RDC, S/2008/772 et S/2008/773).

2008 (6 – 23 janvier) : Accords de Goma créant le programme Amani, le STAREC, et l’UNSSSS qui a suivi – transformé plus tard en ISSSS. Opérations militaires conjointes du Rwanda et de la RDC, et de la MONUC et de la RDC, pour désarmer/expulser tous les groupes armés nationaux et étrangers restants.

2009 (23 mars) : Accord CNDP-Kabila. L’accord de paix du 23 mars 2009 conclu entre le gouvernement congolais et le CNDP n’a en rien modifié les chaînes de commandement et a conféré une amnistie totale aux auteurs d’atteintes aux droits de l’homme. Cela a eu pour effet de corrompre l’accord. En janvier 2009, les paramètres d’un accord de paix furent annoncés: le leader du CNDP Laurent Nkunda fut arrêté par l’armée rwandaise, qui déploya ensuite des troupes dans les Kivus pour pourchasser les FDLR dans le cadre d’opérations menées conjointement avec les FARDC. Un accord fut signé deux mois plus tard, le 23 mars, stipulant que le CNDP devait se transformer en parti politique et que ses troupes devaient être intégrées dans l’armée congolaise. Refusant d’être redéployés dans d’autres régions du pays, de nombreux officiers CNDP restèrent dans les Kivus, où ils constituèrent un réseau influent qui allait jouer un rôle prépondérant lors d’une autre série d’opérations visant les FDLR.Cet arrangement résolut certes un problème, mais il en créa d’autres. L’accord passé avec le CNDP suscita une grande rancœur.

Le plus gros reproche était que des modalités d’intégration favorables avaient été accordées au CNDP, qui maintint des chaînes de commandement parallèles, un service de renseignement et une logistique au sein de l’armée. En outre, d’anciens officiers du CNDP dominèrent les structures de commandement opérationnel nouvellement créées pour les Kivus, et des brigades contrôlées par l’ex-CNDP furent déployées dans les sites les plus riches en ressources, ce qui leur permit d’étendre leur influence militaire et économique bien au-delà de leur fief traditionnel de Masisi. Cela confirma ce dont étaient déjà persuadés de nombreux officiers FARDC et leaders de groupes armés: les Tutsi et les Hutu bénéficiaient d’un traitement de faveur dans l’armée (Conseil de sécurité des Nations Unies, S/2010/596, «Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo», 29 novembre 2010, p. 42–6 ; Conseil de sécurité des Nations Unies, S/2011/738, «Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo», 2 décembre 2011, p. 89–90).

Avril 2010  avril : Engagement du CNDP à mettre fin à l’administration parallèle.

Juin 2010 juin : la MONUC devient la MONUSCO avec pour mandat principal de rétablir l’autorité de l’État et de protéger les civils.

11 juillet 2010 : Les derniers attentats du 11 juillet 2010, à la veille du sommet de l’UA à Kampala, commis par les milices islamiques somaliennes des Chabaabs à Kampala, visant à forcer le retour à la maison des forces ougandaises de l’Amisom, conjuguée à la la menace régionale posée par l’insurrection ougandaise de la LRA, ont conduit à replacer Yoweri Museveni au centre du jeu diplomatique régional puis géostratégique. Au lendemain de ces attaques, il entonnait un cantique anti-terroriste, qui lui a valu la réaffirmation du soutien américain dans la lutte contre le terrorisme, puis il promettait d’augmenter la présence ougandaise dans l’Amisom et plaidait pour des règles d’engagement plus proactives des forces de l’Amisom (imposition de la paix). Toute chose qui lui vaut la bienveillance de la société internationale. Dans ce contexte, en rétorsion aux divers rapports des Groupes d’Experts de l’ONU sur le désarmement en RDC qui l’accuse de violer le régime de sanctions sur le désarmement en RDC par la fourniture de soutiens politiques, logistiques et d’unités de l’armée ougandaise aux insurgés du M23, Kampala menace de retirer ses troupes de l’Amisom. A l’issue de son étape de Kampala de l’été 2012, Hilary C. déclarait voir ce pays jouer un rôle stabilisateur de la REGL et affirmait accroître la fourniture d’équipement militaire ainsi que de soutien logistique à l’UPDF qui traque les armées irrégulières trans-nationales dans la région. De plus, en saluant les électeurs kenyans pour avoir refusé le chantage de la CPI suite à l’élection de Kenyatta, sous le coup d’un mandat de cette cour, Kampala se réaffirmait comme un soutien régional de taille. S’il est clair que ses relations avec le Soudan d’Omar El Béchir sont orageuses, les deux pays soutenant des GA hostiles, elles ne sont pas moins tendues avec la RDC et le Rwanda. De plus, la lutte de pouvoir géopolitique et régionale entre Kigaliet Kampalane va pas sans poser de difficultés sur la situation sécuritaire dans les Kivu voisins car in fine les relations entre Kampala et Kigali sont au cœur des enjeux sécuritaires à l’Est de la RDC.

Le 17 novembre 2011 : Les élections présidentielles donnent à Kabila un second tour au milieu d’accusations de fraude.

2012 (23 mars) : L’accord d’intégration signé le 23 mars 2009 s’effondra début 2012 en raison d’un différend entre Kinshasa et le leadership de l’ex-CNDP, entraînant une énième phase de mobilisation. Alors que les FARDC tentaient depuis 2009 de redéployer le leadership de l’ex-CNDP à l’écart des régions des Kivus, le fiasco électoral 2011 poussa le Président Kabila à intensifier ces efforts. En partie du fait des pressions internationales, il essaya aussi d’arrêter le général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale. Cependant, anticipant la situation, certaines parties de l’ex-CNDP se mutinèrent en avril 2012. Cette dissidence se transforma en une nouvelle rébellion, qui prit le nom de M23.

La crise du M23 se fit sentir dans toute la région, déclenchant la formation ou la consolidation de plusieurs groupes antagonistes dans sa zone de déploiement de Rutshuru, notamment les FDLR-Soki, les Maï-Maï Shetani, le Mouvement populaire d’autodéfense (MPA) et les Forces pour la défense des intérêts du peuple congolais (FDIPC). Cette mobilisation croissante était également le résultat des efforts entrepris par le M23 et ses alliés au Rwanda pour former des alliances ou créer de nouveaux groupes dans tout l’est du pays, tels que l’Alliance pour la libération de l’est du Congo (ALEC) à Uvira et la Force œcuménique pour la libération du Congo (FOLC) dirigée par le déserteur des FARDC Hilaire Kombi dans la région de Beni, dans la partie nord du Nord-Kivu. Le M23 tenta également d’organiser des coalitions de groupes armés en Ituri — efforts qui pour la plupart furent vains. Outre les déserteurs de l’armée comme Kombi, des politiciens marginalisés jouèrent un rôle crucial dans ces efforts de mobilisation. Dans le nord du Nord-Kivu, Antipas Mbusa Nyamwisi, député et ancien ministre des Affaires étrangères, organisa un soutien politique significatif en faveur du groupe de Kombi et lui donna des armes (Conseil de sécurité des Nations Unies, S/2012/843, p. 19–27). Au Sud-Kivu, le candidat parlementaire malheureux Gustave Bagayamukwe fut l’initiateur d’un nouveau satellite du M23 appelé l’Union des forces révolutionnaires du Congo (UFRC) fin 2012.30 Cependant, la plupart de ces groupes étaient de faible envergure et le M23 ne parvint pas à déstabiliser la région au sens large.

Le 20 novembre 2012  : le M23 prend Sake et Goma, y ​​compris l’aéroport de Goma/MONUSCO. En plus de l’initiative rwandaise de constitution du M23, destiné à prendre la relève de l’ex-Cndp, les leaders militaires rwandais «dans l’exercice de leurs fonctions officielles soutiennent les rebelles en leur fournissant des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues» (Groupe d’Experts sur la RDC, S/2012/348 et S/2012/348/Add.1 et S/2012/843). Par la suite, dans son rapport final (Groupe d’Experts sur la RDC, S/2012/843), le Groupe d’Experts note que Kigali et Kampala, appuient militairement en armements, en renseignements et en conseils politiques les miliciens tutsis congolais du M23. Mieux, le groupe affirme que l’UPDF et la RDF sont intervenus pour appuyer une série d’offensives des miliciens du M23 dans le Rutchuru et sur Goma. En particulier les forces spéciales rwandaises sont directement intervenues dans la capture des villes de Kiwandja et de Goma après avoir défait la coalition Fardc/Monusco forte de 3500 hommes et dotée d’hélicoptères d’attaque. L’armée rwandaise aurait fournis des armes parmi lesquelles des mortiers, des roquettes anti-char, des mitrailleuses lourdes; tandis que la chaîne de commandement du M23 remonterait à Bosco Ntaganda puis directement au ministre rwandais des affaires étrangères, le général James Kabarebe.

Mais dans cette crise, préparée de longue date par Kigali (Groupe d’Experts sur la RDC, S/2012/348 et Annexe S/2012/Add.1), malgré les interventions des unités des armées rwandaises et ougandaises aux côtés du mouvement insurrectionnel du M23 ainsi que l’implication hautement élevé du ministre rwandais de la défense dans la chaîne de commandement de la rébellion, les diplomates à l’ONU ainsi que le Conseil de Sécurité ne consentent pas à sanctionner ces fonctionnaires de haut rang.

En décembre 2012, la gauche américaine faisait reproche à Susan Rice, ambassadeur américain au Conseil de Sécurité, de protéger régime de Kigali en empêchant l’adoption de sanctions internationales à l’ONU contre lui pour ses incursions dans l’Est de la RDC en soutien au M23 apparenté («Susan Rice renonce au département d’État», BBC Afrique, 14 décembre 2012. Consécutif à ces accusations, elle renonçait à sa candidature au poste de secrétaire d’État américain).

Le 28 juin 2013 : Reuters rapporte que des officiers de l’armée rwandaise aident les rebelles du M23 au Congo, selon un rapport de Juin 2013 des experts de l’ONU. “Le recrutement et d’autres formes de soutien aux rebelles du M23 ont diminué ces derniers mois, bien que les forces insurgées constituent toujours une menace pour la sécurité dans l’est du Congo”, a déclaré le Groupe d’experts de l’ONU. “Depuis le début de son mandat actuel, le groupe n’a à ce jour trouvé aucune indication de soutien aux rebelles depuis l’intérieur de l’Ouganda, et a recueilli des preuves d’un soutien continu – mais limité – au M23 depuis l’intérieur du Rwanda”, indique le rapport. Ils ont déclaré que des membres actuels et anciens du M23 ont rapporté que des officiers de l’armée rwandaise ou leurs représentants ont traversé la frontière vers Chanzu ou Rumangabo dans l’est du Congo pour rencontrer Makenga. Selon le rapport, 14 anciens soldats du M23 ont déclaré au Groupe d’experts que les Rwandais qui avaient déserté le M23 et tenté de rentrer chez eux au Rwanda avaient été «renvoyés de force au M23» par des officiers de l’armée rwandaise. Selon l’article de reuters (notre traduction) “L’année dernière (2012, NDLR), les experts ont accusé le ministre rwandais de la Défense de commander la rébellion du M23, qui, selon lui, était armée par le Rwanda et l’Ouganda, qui ont tous deux envoyé des troupes pour aider l’insurrection”.

Le 28 juillet 2013. Les États-Unis demandent au Rwanda de cesser de soutenir les rebelles du M23 au Congo. Il s’agit de la première réponse de Washington aux affrontements du M23 avec les forces gouvernementales congolaises près de Goma, la plus grande ville de la région orientale riche en minéraux de la RDC. Mais il est évité d’impliquer directement le président rwandais Paul Kagame, un allié américain. “Nous appelons le Rwanda à mettre immédiatement fin à tout soutien au M23 (et) à retirer le personnel militaire de l’est de la RDC”, déclare alors la porte-parole du département d’État, Jen Psaki. L’appel intervient deux jours avant que le secrétaire d’État américain John Kerry ne préside une session spéciale du Conseil de sécurité de l’ONU sur la région des Grands Lacs en Afrique.

En août 2013, une vaste offensive FARDC contre le M23 — soutenue par la Brigade d’intervention (FIB) récemment mise en place par les Nations Unies — a remporté plusieurs victoires militaires. Mais même si

Mardi 5 novembre 2013. La défaite du M23 met fin à la révolte au Congo, suscitant des espoirs de paix.  Le M23 a annoncé qu’il désarmerait et poursuivrait les pourparlers politiques quelques heures après que les forces gouvernementales ont chassé les rebelles des villages de Tshanzu et Runyoni avant l’aube. Une offensive de deux semaines soutenue par l’ONU avait coincé les insurgés dans les collines luxuriantes le long de la frontière avec l’Ouganda et le Rwanda. “Le chef d’état-major et les commandants de toutes les grandes unités sont priés de préparer les troupes au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration selon des modalités à convenir avec le gouvernement congolais”, a déclaré le chef du M23, Bertrand Bisimwa, dans un communiqué. Les États-Unis ont salué la déclaration comme une “étape positive significative” pour l’est du Congo. Des millions de personnes sont mortes de la violence, de la maladie et de la faim depuis les années 1990 alors que les insurgés, crées et soutenus par le Rwanda et l’Ouganda essentiellement aient menés une série de rébellions, souvent pour le contrôle des riches gisements d’or, de diamants, de coltan, d’étain, etc., de la région.

Samedi 23 avril 2022 : Des combats reprennent entre l’armée congolaise et le M23 (Mouvement du 23 mars) dans l’est de la République démocratique du Congo, au premier jour des consultations du gouvernement de Kinshasa avec des groupes rebelles congolais à Nairobi. «Ces affrontements ont repris cet après-midi. Nous sommes en position de légitime défense. On se défend pour ne pas céder un seul mètre du territoire aux envahisseurs», a déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Muhindo Lwanzo, directeur de cabinet de l’administrateur militaire du territoire de Rutshuru (Nord-Kivu, est). «Les combats ont commencé à 15h50. Les FARDC (Forces armées de la RDC) ont réussi à prendre le contrôle de la colline de Bugusa ce soir» tenue par les militaires du M23, a indiqué Damien Sebuzanane, président de la société civile du groupement Jomba à Rutshuru. «En ce moment, les FARDC sont au contact de nos troupes sur plusieurs de nos positions. Le M23 se protégera jusqu’au bout des attaques des FARDC», a écrit dans un communiqué le major Willy Ngoma, porte-parole de ce groupe armé. Ces combats ont éclaté quelques heures après l’ouverture à Nairobi des consultations des groupes armés par des délégués du président Félix Tshisekedi avec la médiation du président kényan Uhuru Kenyatta, comme l’avait préconisé jeudi 21 avril 2022 un sommet de quatre chefs d’État des pays d’Afrique de l’Est. En début de soirée, la présidence congolaise a indiqué dans un communiqué que sa délégation «a exigé et obtenu de la facilitation Kényane l’expulsion immédiate de la salle (des consultations) du M23/Makenga», une branche de ce mouvement accusée d’avoir attaqué des postions de l’armée congolaise. Pour sa part, le secrétaire général des Nations Unies «exhorte tous les groupes armés locaux en République démocratique du Congo à participer sans condition au processus politique, et tous les groupes armés étrangers à désarmer et à retourner sans condition et immédiatement dans leurs pays d’origine respectifs», a déclaré son porte-parole Eri Kaneko.

Un modèle d’implication

Le Groupe d’experts des Nations Unies sur le Congo est l’organe d’enquête multilatéral le plus crédible axé sur les crises en cours dans la région. À partir de 2004, une série de rapports de ce groupe a montré des cas répétés d’implication rwandaise dans la déstabilisation et l’exacerbation des conflits et des violations des droits de l’homme dans l’est du Congo. Ces rapports montrent que le gouvernement du Rwanda et l’armée rwandaise ont fourni un soutien aux groupes rebelles combattant le gouvernement congolais et perpétrant d’horribles violations des droits de l’homme contre des civils congolais. En outre, les rapports ont démontré que Kigali a soutenu et profité d’une exploitation illégale substantielle des ressources naturelles congolaises, en particulier les minerais de conflit que sont l’étain, le tantale, le tungstène et l’or. Le soutien aux groupes rebelles liés au Rwanda et la présence de troupes rwandaises au Congo ont été utilisés comme moyen d’extraire et de faire passer en contrebande des ressources au Rwanda pour l’exportation officielle rwandaise. Il est clair que le Rwanda continuera d’intervenir négativement dans les affaires congolaises pour protéger ses propres intérêts si des mesures ne sont pas prises pour dissuader Kigali de le faire. Si le gouvernement américain et les autres pays donateurs ne poussent pas au changement, il n’y a aucune raison de croire que l’État rwandais dévierait de sa trajectoire actuelle, qui, selon lui, peut être menée sans répercussions (Aaron Hall, U.S.-Rwandan Relations and a Path Forward in Eastern Congo, June 2012).

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