Qu’est-ce qui cause l’effondrement de la RDC? Argument VI: les institutions extractives

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Dans notre pays, les réformes de gouvernance sont séquencées, car les réformes ayant vocation à perturber les équilibres existants ou à à limiter le pouvoir discrétionnaire et personnalisé sont contestées et/ou sabotées.  Malgré les progrès réalisés au cours de la dernière décennie, les notes de gouvernance de la RDC sont parmi les plus basses au monde. Sur l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine 2020 (IIAG), la RDC se positionnait au 49ème rang sur 54 pays africains. De 2005 à 2019, la RD Congo est demeurée parmi les 10 derniers pays du classement de l’IIAG, avec une détérioration importante de la sécurité et de l’État de droit, mais aussi de la participation politique et des droits de l’homme et de la femme.

Quelles que soient les limites de cet indice, il ne traduit que ce que le peuple congolais sait: de l’effondrement de l’État qui a duré pendant plusieurs décennies est née un situation dans laquelle fonction publique n’est aujourd’hui pas en mesure de fournir des services convenables. En conséquence, des millions de Congolais n’ont pas accès à l’eau, à l’assainissement, à des routes praticables en toutes saisons et à l’électricité. Beaucoup ne peuvent avoir accès à une éducation et à des soins de santé de qualité. Autrefois exportateur de produits alimentaires, la RDC peine désormais à satisfaire les besoins nutritionnels de base de ses citoyens. L’activité des milices et les conflits ethniques dans plusieurs régions du pays, l’insécurité dans l’Est et les abus commis par la police et les forces de sécurité exposent la population à la violence et à l’insécurité.

Et en cause? Au fond, la crise de la gouvernance

En RDC, les règlements politiques s’effectuent dans le cadre d’une compétition personnalisée, où la politique est compétitive mais les règles régissant à la fois la politique et l’économie demeurent organisée autour d’interactions personnalisées (6) et les rentes sont distribuées entre les élites. Le manque de confiance et de redevabilité est la principale caractéristique de la relation entre l’État et la société civile. Refuser d’accorder des droits et compromettre l’égalité des chances, la participation et l’accès aux ressources et aux services sont des éléments caractéristiques des règles qui, en RDC, régissent la relation entre l’État et la société civile. Le pays n’a jamais mis en place de contrat social fondé sur la redevabilité vis-à-vis des citoyens. Les relations entre l’État et notre peuple relèvent communément de l’exploitation et de la prédation.

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L’exclusion des plus faibles des processus décisionnels a d’importantes conséquences pour une population qui pâtit de la quasi-inexistence des services publics. Les femmes constituent un important groupe vulnérable, sont largement en charge de la survie et de la cohésion de la famille et sont devenues des actrices importantes de l’économie informelle dominante. Cependant, elles sont souvent marginalisées dans les processus de prise de décisions, tant au sein de la famille qu’au niveau politique national. La représentation politique des femmes dans les deux chambres du Parlement reste faible.

La disponibilité des revenus tirés des ressources naturelles réduit la motivation des législateurs de répondre aux intérêts exprimés par la société et aux enjeux de l’économie en général. La population ne profite pas des retombées des rentes provenant des ressources naturelles. Les décisions relatives à l’attribution des concessions et les accords de partenariat, notamment avec les entreprises étrangères et les multinationales, sont prises au plus haut niveau de l’État et souvent inconnues par la grande majorité. Les dispositions formelles régissant le flux des ressources issues des ressources naturelles et à destination des communautés locales ne sont pas appliquées. De nombreux Congolais se retrouvent au cœur de relations de pouvoir complexes où le pouvoir de l’État est utilisé pour l’extorsion et l’exclusion. Fréquemment, les agents du gouvernement perçoivent l’impôt de manière informelle et illégale et le public n’est souvent pas en mesure de savoir s’il s’agit de prélèvements légaux (Afoaku 2010 et Lamer et al. 2013).

Et au fond du fond? La nature, la logique des institutions: un cercle vicieux

L’évolution erratique de la situation politique résulte de la prédominance des institutions économiques et politiques extractives et de la défaillance des institutions étatiques. Les institutions économiques et politiques de la RDC ne sont pas encore en mesure d’encourager la réalisation d’un programme de développement inclusif du pays. Des tensions persistent au niveau du respect des droits de propriété, et la population attend toujours que ses besoins en services publics de base soient satisfaits, en vue d’un progrès économique et social durable. Au sein des institutions, le débat est permanent entre, d’une part la vision d’une gestion des ressources au service du développement durable et, d’autre part, la tendance à utiliser ces ressources en fonction des intérêts économiques et politiques immédiats.

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Comme Acemoglu et Robinson (2012) auraient pu le faire remarquer dans le contexte de la RDC: «La raison la plus commune qui explique pourquoi les nations échouent aujourd’hui, c’est qu’elles ont des institutions extractives … Les nations échouent aujourd’hui parce que leurs institutions économiques extractives ne créent pas les incitations nécessaires pour que les gens puissent épargner, investir et innover. Des institutions politiques extractives soutiennent ces institutions économiques en renforçant le pouvoir de ceux qui bénéficient de l’extraction. Les institutions économiques et politiques extractives, bien que leurs spécificités varient selon les circonstances, sont toujours à la base de cet échec».

Et à Daron Acemoglu de poursuivre: ”Reconnaître que les pays pauvres sont pauvres parce qu’ils ont des institutions extractives … aide à comprendre comment les aider au mieux. Il jette également une lumière différente sur l’idée d’aide étrangère. Nous ne plaidons pas pour sa réduction. Même si une énorme quantité d’aide est siphonnée par les puissants, l’argent peut quand même faire beaucoup de bien. Il peut mettre des toits sur des écoles, poser des routes ou construire des puits. Donner de l’argent peut nourrir les affamés et aider les malades, mais cela ne libère pas les gens des institutions qui les rendent malades et affamés en premier lieu. Cela ne les libère pas du système qui sape leurs opportunités et leurs incitations. Lorsque l’aide est accordée aux gouvernements qui président des institutions extractives, elle peut être au mieux hors de propos, au pire carrément contre-productive. …”.

Il faut donc changer de logiciel, de logique de gouvernance, passer des institutions politiques extractives aux institutions politiques inclusives qui mettront alors en place des institutions économiques et sociales inclusives. Concluons donc Daron Acemoglu: ” … Rendre les institutions plus inclusives, c’est changer la politique d’une société pour autonomiser les pauvres – l’autonomisation de ceux qui sont privés de leurs droits, exclus et souvent réprimés par ceux qui monopolisent le pouvoir …”.

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Joseph Baraka.

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