Reconstruire l’Afrique et renforcer sa résilience économique après le COVID-19

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Au début de 2020, les fondamentaux macroéconomiques en Afrique s’amélioraient, les investissements, plutôt que la consommation, représentant plus de la moitié de la croissance de la région. L’inflation diminuait et le continent faisait des progrès impressionnants vers la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. L’Afrique doit tirer parti de l’élan et s’efforcer d’empêcher la pandémie de coronavirus d’annuler les gains des 20 dernières années. Certes, c’est plus facile à dire qu’à faire : malgré tous leurs efforts, de nombreux pays sont toujours aux prises avec des systèmes de santé fragiles, des niveaux d’endettement élevés, des soldes extérieurs faibles, ainsi que des taux élevés de pauvreté et de chômage. La Banque africaine de développement prévoit désormais que l’Afrique entrera en récession en 2020 avec une croissance économique se contractant d’au moins 1,7 %. Dans le pire des cas, ce chiffre pourrait atteindre 3,4 %.

Les pertes cumulées du produit intérieur brut (PIB) à travers le continent pourraient se situer entre 173,1 milliards de dollars et 236,7 milliards de dollars en 2020 et 2021. La pandémie de coronavirus menace d’augmenter le fardeau de la dette des pays africains de 60% à 70% du produit intérieur brut, augmentant la probabilité d’une crise de la dette souveraine. Le financement supplémentaire nécessaire pour amortir les conséquences de la crise pourrait dépasser les 150 milliards de dollars. Dans une partie du monde où 85 % de la population gagne sa vie dans le secteur informel, le chômage, conséquence directe de la pandémie de coronavirus, pourrait plonger 28 à 49 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté. De plus, si nous ne prenons pas les mesures adéquates, l’impact de la crise sur l’insécurité alimentaire et la malnutrition pourrait être encore pire que prévu.

Que peut-on faire pour soutenir les économies africaines ?

Pour contrer les retombées de la pandémie de coronavirus, l’Afrique a besoin de réponses politiques solides de la part de tous les pays du continent, associées à un solide soutien des partenaires de développement de l’Afrique. À court terme, les pays africains devraient donner la priorité aux dépenses de santé pour la fourniture d’équipements et de matériels de protection individuelle (EPI) essentiels, l’accélération de la production locale de fournitures médicales, y compris les EPI et la découverte de vaccins et de médicaments.

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Les transferts monétaires ciblés et les subventions pour les ménages vulnérables ainsi que les subventions et les allégements fiscaux pour les entreprises devraient figurer en bonne place à l’ordre du jour. Les banques centrales doivent injecter des liquidités dans l’économie, en se tournant si nécessaire vers des outils politiques non conventionnels tels que l’assouplissement quantitatif. À plus long terme, les pays devraient saisir l’impératif de renforcer leur résilience aux crises futures. Au fur et à mesure que les bons moments reviennent et que les économies se remettent sur les rails, il devrait devenir une priorité de constituer des tampons intérieurs et extérieurs contre tout choc exogène potentiel. Il faudrait consacrer plus d’argent à la recherche scientifique, économique et sociale. Les pays devraient poursuivre des partenariats mondiaux et continentaux pour se préparer aux éventualités. La croissance du secteur privé et la réorganisation des marchés de l’éducation et du travail pour l’avenir du travail sont également essentielles.

Le rôle des partenaires au développement

Au début de la pandémie de coronavirus, les institutions multilatérales de développement ont pris des mesures immédiates pour aider les pays les plus pauvres d’Afrique à traverser la crise et les aider sur la voie de la reprise. La Banque africaine de développement joue son rôle à travers son mécanisme de réponse rapide (CRF) COVID-19 de 10 milliards de dollars. Le CRF offre une aide immédiate aux pays africains pour faire face à la crise en fournissant des ressources supplémentaires pour les interventions de santé publique, les programmes de protection sociale et des liquidités et un soutien budgétaire aux secteurs touchés de leurs économies. La société civile et les groupes de réflexion ont un rôle utile à jouer en aidant à renforcer la confiance, la solidarité et l’adoption des mesures de prévention et de confinement du COVID-19. Ils peuvent également aider à garantir que les interventions COVID-19 sont menées de manière équitable et que les gouvernements sont tenus responsables de leurs politiques et actions.

La Banque africaine de développement est prête à travailler avec d’autres institutions financières multilatérales et des pays plus riches pour atténuer l’impact de la pandémie sur les pays africains. Par exemple, nous accueillons favorablement les partenariats pour établir des fonds d’affectation spéciale COVID-19 financés par des donateurs. Nous exhortons également les pays du G20 à envisager l’annulation de la dette des pays à faible revenu.

Raisons de rester optimiste

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La population jeune et innovante du continent, sa classe moyenne croissante, sa valeur ajoutée aux ressources naturelles abondantes et ses systèmes de gouvernance en constante amélioration nous donnent de nombreuses raisons d’être confiants que l’Afrique surmontera les ravages de la pandémie de coronavirus. Cette année marque la première fois que le continent est entré en récession depuis plus d’un demi-siècle. Au cours des deux dernières décennies, l’Afrique a affiché certains des taux de croissance les plus élevés au monde, faisant de la région la prochaine frontière d’investissement dans un monde post-COVID-19. Le niveau de coopération en Afrique a été encourageant. Mais au-delà de la crise, nous devons continuer à travailler ensemble pour aider à reconstruire nos économies et les préparer pour l’avenir. L’Afrique sortira de cet épisode plus forte et plus résistante que jamais.

Texte de Charles Leyeka Lufumpa, économiste en chef par intérim et vice-président pour la gouvernance économique et la gestion des connaissances au Groupe de la Banque africaine de développement.

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