La colonisation n’était pas indispensable au développement

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Cet extrait pose la question de l’influence des legs des puissances européennes, pris à la fois d’une manière générale et dans certaines catégories de colonies, plus particulièrement le Congo Belge, sur le développement économique postcolonial. La conclusion est claire : La colonisation n’était pas indispensable au développement. Elle serait même l’inverse dans une très large mesure.

Extrait de du livre de Jef Van Bilsen. Congo. 1945-1965. La fin d’une Colonie. CRISP. Bruxelles. 1994.

Faut-il démontrer que la colonisation occidentale n’est pas une étape indispensable sur la voie qui conduit au développement des sociétés et des cultures non occidentales ? Nous ne le croyons pas. Les exemples abondent d’ailleurs : il suffit de penser à des pays comme la Chine, la Perse, le monde arabe islamique et la Japon – qui constitue un exemple particulièrement éloquent à cet égard. Mais bien que le Japon ait totalement échappé à la colonisation, il s’est inspiré du modèle de développement occidental.

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Des historiens ont montré que c’est en Asie que l’humanité a connu jusqu’au coeur du XVIIe siècle – son développement le plus avancé. Jacques Pirenne (In Les grands courant de l’histoire universelle, Tome III, p. 297) a écrit : Les défaites de la Turquie en Europe eurent une profonde répercussion dans tout le monde musulman où depuis le 16ème siècle elle jouait le rôle de puissance dominante. Depuis le début du 17ème siècle ce fut la Perse, son ancienne rivale, qui lui succéda en cette qualité. Le centre de l’Islam se déplaçait vers l’Asie.

«Au milieu du 17ème siècle, l’Asie tient encore dans le monde une place plus importante que l’Europe. Aux 125 millions d’Européens elle oppose 300 millions d’habitants, l’Inde a plus de 100 millions d’âmes et la chine en a davantage encore.

« Les richesses de l’Asie sont incomparablement supérieurs à celles des Etats Européens. Ses techniques industrielle présentent un raffinement, une tradition que les métiers ne possèdent pas en Europe. Et le commerce asiatique n’a rien à envier aux méthodes les plus modernes dont usent les trafiquants des pays occidentaux. En matière de crédit, de transfert de fonds, d’assurances, de cartels, ni l’Inde, ni la Perse, ni la n’ont rien à apprendre de l’Europe. Les 10% de la population de la Chine et des Indes vit dans les villes.

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Aucune ville européenne – si ce n’est Paris – n’approche d’importance des grandes cités persanes, chinoises, hindoues qui possèdent une bourgeoisie marchande opulente, enrichies par le commerce international, rappelons que Tébriz, en Perse, atteint 550. 000 et Ahmedabad, aux Indes, 900. 000 habitants. Au début du 18e siècle, le « prince » des marchands de Sourate, c’est-à-dire le chef de leur corporation, Virji Vora, laisse en mourant une fortune que l’on peut évaluer à 22 millions de francs or.

« Les cours d’Ispahan, de Delhi, de Pékin, dépassent largement en faste celles des plus grands monarques d’Europe. Aurangzeb qui règne à Delhi de 1658 à 1717 dispose d’un budget de recettes 10 fois supérieur à celui de la France de Louis XIV. Et la cours d’Ispahan, par l’élégance et le raffinement de ses mœurs, par le luxe qu’elle tire de toutes les industries des pays – miniatures, faïencerie, tissage de tapis, de tissus d’or et de soie, orfèvrerie, travail de cuivres et de cuir qui sont à ce moment, en Perse, à leur époque d’apogée – présente au 18e siècle, dans le décor de chatoyant et somptueux de l’architecture personne, d’une variété de rêve, une splendeur inégalée ».

Jusqu’au XVIIIe siècle, le commerce entre l’ESt et et l’Ouest fut une source d’enrichissements pour la bourgeoisie urbaine des deux parties. L’Europe achetait en Chine, en Inde et dans d’autres pays asiatiques du sucre, des parfums aide épices mais aussi des produits industriels de qualité comme les cotonnades et les tissus de soie et la porcelaine, toutes marchandises de luxe pour les marchés européens de l’époque.

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En d’autres Termes, rien ne nous permet de supposer que des pays moins développés n’eussent pas à leur tour fini par trouver – soit par leur propre moyen, soit par des échanges et des contacts avec d’autres civilisations – le chemin consultant au progrès et à la prospérité : l’Égypte, le Maroc, et d’autres pays encore l’ont d’ailleurs démontrés avant l’ingérence coloniale.

Certains pays qui ont échappés à la colonisation du XIXe siècle – souvent des zones-tampons situées entre les sphères d’influence coloniale ou les «possessions» des puissances occidentales – comme l’Éthiopie, la Thaïlande et l’Afghanistan s’efforçaient de se moderniser et cherchaient, à l’étranger, des possibilités d’échanges commerciaux et d’experts.

Nul ne sait non plus comment les civilisations précolombiennes des Mayas, des incas, des Aztèques et les autres cultures indiennes auraient poursuivi leur développement, dans leur isolement continental, si elles n’avaient pas été victimes des découvertes (contacts) hispano-portugaises et d’une colonisation qu’accompagnèrent pilages, meurtres et destructions.

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