Nos malheurs, leurs causes et leurs remèdes (2/7) : La crise de leadership

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Cet éditorial, deuxième de la série ‘Nos malheurs, leurs causes et leurs remèdes’, est une analyse critique des crises de leadership et de gouvernance en République Démocratique du Congo. Il soutient que les échecs de la République Démocratique du Congo sont dus en grande partie à la mauvaise qualité de ses hommes et femmes politiques. Cet article observe que pour que la République Démocratique du Congo surmonte les crises de leadership et de gouvernance, ceux sur qui incombera le fardeau du leadership à l’avenir doivent pleinement comprendre leurs responsabilités, leurs devoirs et leurs obligations. Ils doivent également être exposés et préparés à relever les défis du leadership. Car le salut à long terme de la République Démocratique du Congo dépend de la qualité de ses actuels et futurs dirigeants. L’article conclut que seul le leadership préparé et qui a le maximum d’empathie pour le peuple est pertinent pour le saut qualitatif de la République Démocratique du Congo !


Introduction

Appauvrie depuis plus de 60 ans pendant lesquels elle a été envahie, occupée, pillée, torturée pendant plus de 20 ans et privée de plus de 10 millions de ses enfants, avec une production agricole anéantie, une industrie détruite, des moyens de transport délabrés, une population affaiblie ou sous-instruite, … la République Démocratique du Congo, pays aux enjeux géoéconomiques, géostratégiques, géopolitiques, démographiques et surtout énergétiques immenses, est méconnaissable. Et en cause ? La crise de leadership.  Lorsque nous parlons de leadership, il faut le comprendre uniquement dans le contexte de sa capacité à résoudre les problèmes et à conduire le peuple vers un but et un objectif national. Or, on le sait, la République Démocratique du Congo n’a pas de but et d’objectif identifiables. Ainsi, lorsque des personnes accèdent à des postes de direction dans ce type de climat, elles se retrouvent hébétées et apparaissent comme une épave dans la mer dont la destination ne peut être déterminée. Dans ce contexte, il y a un désir immense et urgent au sein du peuple congolais de trouver des bons leaders.

En effet, le peuple congolais a connu tellement des désarrois qu’il n’existe aucun peuple au monde qui a autant souffert comme lui de façon continue. L’esclavage transatlantique sur plus de deux siècles, l’esclavage léopoldien sur plus de deux décennies, la colonisation belge, la dictature de Mobutu, la vague stupéfiante des guerres depuis 1996, l’insécurité,  la rupture de l’ordre public, les famines et maladies, etc., sont les attributs de son existence. En même temps, l’économie congolaise a été caractérisée depuis 1960 par un énorme surendettement extérieur, une fuite nette des capitaux, des désinvestissements, l’effondrement des infrastructures sociales, la crise alimentaire et l’insécurité, une monnaie nationale sur-dévaluée, une pauvreté généralisée, des politiques économiques impopulaires, répressives et aliénantes. Par ailleurs, l’utilisation par les élites étatiques congolaises de mesures arbitraires et répressives et leur incapacité à appliquer la réglementation gouvernementale sur l’ensemble du territoire national est un signe de faiblesse ou de mollesse de l’État. Paradoxalement, à la place d’une remise en cause, l’État congolais, prédateur et corrompu par nature, consolide son pouvoir en le centralisant et soustrait à la société des ressources économiques considérables ; au même moment où il dépense une grande partie de ce qu’il obtient pour lui-même et n’a pas la capacité de stimuler le développement du pays.

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Pendant trop longtemps, les spécialistes des sciences sociales traitant du développement de l’Afrique se sont concentrés sur les questions économiques, négligeant la dimension politique très importante du processus (Bratton et Rothchild, 1992 : 263). L’approche de gouvernance met en évidence les questions de réactivité et de responsabilité de l’État, ainsi que l’impact de ces facteurs sur la stabilité politique et le développement économique. Il est en effet instructif de noter qu’aucune nation n’a atteint un développement significatif sur le plan social, politique ou économique sans l’apport d’un leadership efficace (Obasola, 2002 : 10). En témoignent les performances des pays asiatiques qui en l’intervalle d’une génération ont apporté des réponses de politiques économiques et sociales qui les ont hissés au rang de puissances industrielles, parce qu’on sait qu’en Asie les élites intellectuelles, politiques et sociales ont joué des fonctions motrices. Malheureusement, en République Démocratique du Congo et en Afrique en général, les élites politiques ne sont pas en majorité de ceux qui réfléchissent plus pertinemment et les plus valeureux. Par conséquent, la quête par le peuple congolais d’un bon leadership est tout à fait justifiée et est d’ailleurs une condition sine qua non pour la bonne gouvernance et le développement durable. Si l’échec de l’émergence de bons leaders et d’une bonne gouvernance du pays trouve dans le passé son origine dans les pratiques coloniales et néocoloniales, notre thèse centrale est que la débâcle actuelle de la République Démocratique du Congo est la faute des actuels dirigeants et qu’il faut trouver une réponse à la crise du leadership si nous voulons sauver l’avenir de la République Démocratique du Congo.

Une classe politique atypique

Au moment où la RDC est dans une situation catastrophique, quand on entend les personnes qu’il nous est donné de vivre en permanent supplice comme leaders, on se sent pris de constriction sévère, mortelle. Car que trouve-t-on comme ordonnance de ceux qui président au destin de la patrie meurtrie? Des discours débités par les rhéteurs de tel ou tel autre parti, un honteux bredouillage gonflé de vide, un traquenard oratoire où pas une idée sérieuse car cohérente et enracinée de progrès ne peut être saisie ! On ne s’arrête pas, on continue à chercher auprès d’eux ce qui doit sauver le pays ! Et que trouve-t-on encore? Des commérages de coulisses parlementaires, des compromis et des compromissions, des radotages mille fois ressassés sur la diplomatie étrangère, la corruption, des coups-bas. Président de la République et son clan, ministres, parlementaires, sénateurs et toute l’élite se partagent le pouvoir et croient que les blessures d’un monde sont fermées lorsque la bouche de quelques ambitieux est close, lorsque devant le tapis rouge où se joue le sort de la nation, ils font embrasser ensemble toutes les sensibilités des vautours. On les voit alors, ces vils ambitieux, à tous les niveaux, ventres bedonnants, crânes chauves, fronts bas, toujours les mêmes ou les leurs, profiter de tout. Ils se partagent aussi tous les moyens de production des richesses, les forêts, les mines, les terres, les entreprises publiques et les importations essentielles qu’ils s’exonèrent, ils pactisent avec l’étranger (et même l’étranger ennemi et agresseur), dépouillent la population, la tue. Tous inventent ou perpétuent un état qui ne sait qu’extraire les richesses. Ils sont incapables de sortir un modèle développement propre au Congo, ont tout, sauf le génie, et confondent brutalité et habileté, patriotisme et opportunisme.

Dépourvus d’esprit d’émulation, ils manquent cette concurrence loyale dans l’action qui est l’âme du progrès. Résultat : Famine dans un pays à vocation agricole, pas d’industrie, sous-éducation, insécurité entretenue, débâcle économique, juridique, et politique, … «Nous commettons des infamies donc nous sommes», voilà leur sagesse, cette phrase de Descartes arrangée. Impénitents marchands de phrases qui ont soin de ne jamais effleurer les questions qu’il faut résoudre pour le pays, ils divisent le peuple par des barrières idiotes, qui n’ont d’autre raison d’être que la scélératesse de quelques brigands couronnés.  Guerre entre les tribus, guerre entre les régions, guerre entre les congolais : voilà leur œuvre. Charlatans de popularité, prestidigitateurs patentés, ils donnent quelques billets aux foules partisanes sous-éduquées et filles de la misère qui les acclament alors ! Ils endormissent le pauvre peuple naïf avec des calembredaines. Et ce peuple sous-instruit, poussé par la bêtise de croire que s’il y a un opposant de plus parmi-eux, la chose publique en ira mieux, ajoute “à la mangeoire” d’autres rois des pitres qui se sont présentés à lui comme des opposants, acteurs de changements, pourtant alliés niais et de circonstance du peuple. Ainsi est lancé n’importe quoi à la tête du pays : nous jetons en l’air un crachat qui nous retombe peu de temps après sur le visage ! L’honneur, l’abnégation, la dignité, …, ne rentrent pas dans les vues de ceux qu’on est convenu d’appeler, en langage noble les “hommes d’État” ! (Homme d’État ! Qui a inventé ce mot?).

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Et même après avoir essayer d’imaginer ce que nous pouvons de plus bête; les types les plus réussis de bassesse et de lâcheté, de scélératesse et de vanité, nous n’arrivons pas arriver au niveau où se trouvent ceux qui composent aujourd’hui notre classe politique ! Voyons donc : aux politiciens congolais on signale le péril : exagérations, répondent-ils. On leur indique les remèdes : utopies, répliquent-ils. Eux, sont des gens pratiques, c’est convenu; ils ne se lancent jamais dans les chimères; ils ont pour eux l’expérience et la science du gouvernement et l’habitude des affaires. Et comme pour irriter la douleur toute vive du Congo meurtri, ils choisissent toujours pour soigner la plaie nationale ceux-là même qui l’ont élargie et empoisonnée. Charlatans politiques, ils sont excellents devant une promesse à dénouer, une convention à martyriser, de l’honneur à perdre, un blessé à achever, un mort à salir. Ces faux docteurs en médecine sociale sont chargés de guérir l’entorse parce qu’on est sûr qu’ils casseront la jambe, de donner une potion à notre pays malade parce qu’on sait qu’ils ont du poison dans leur fioles.  Et de l’extérieur, puisqu’il faut que le Congo ne ressuscite pas et reste dans la tombe où on veut la garder depuis qu’on écarta Lumumba, on soutient les nuls à s’assoir au chevet de la République comptant qu’ils seront efficaces dans la sinistre besogne. Et ils la font, ces vautours à tête de perroquet incapables de penser par eux-mêmes et mercenaires bifaces (mi-congolais, mi-étrangers), nos Hommes d’État ! 

La crise d’hommes

Pourtant, gouverner un pays n’est pas un jeu. Il ne s’agit pas, quand on gouverne, de jouer du destin de la nation comme un aveugle jouerait sur un pont sans précautions. Or, la République Démocratique du Congo est dans cette triste situation. Notre classe politique manque des vrais visionnaires, des hommes aux études générales qui forment l’Homme d’État. Elle est pleine d’hommes qui ont vieilli dans une profession spéciale. Un avocat occupé, un commerçant qui a eu sa fortune à faire avant de songer à entrer au parlement, a-t-il eut le temps d’approfondir toutes les branches de la politique, de l’histoire, de l’économie, de la philosophie ou de la morale? C’est ainsi qu’ils ne savent que faire du pouvoir qu’ils ont et qu’un grand vide se fait sentir dans les discours de la plupart des orateurs, même de ceux qui ont acquis une espèce de réputation oratoire.  Ils n’apportent à nos institutions que les idées qu’ils ont ramassées en courant dans les conversations et dans la polémique quotidienne, en copiant et en collant. Aucune démarche de transformation profonde, aucune vision du monde, aucune idéologie au sens propre du mot. Nous manquons les représentants des idées, des visions et des défenseurs de l’intérêt général. Nous souffrons de n’avoir pas de personnel dirigeant qui mérite ce nom, qui soit conscient de son rôle et qui ait le courage de le jouer. Partout et dans toutes les institutions on ne trouve que la représentation des intérêts : tel représente les intérêts de sa tribu, ici on représente les intérêts de son parti, à l’idée qu’à la mangeoire, chacun a son tour, là de son chef de parti, là de ses entreprises. Voilà ce qu’est la politicaillerie parée des feuilles riches en cette drogue malfaisante qu’on appelle démagogie et qui est servie en pâture au peuple !

Ainsi, vidé de son sens, la politique sensée être réservée aux filles et fils épris d’amour, de talents, porteurs d’une vision et formés pour servir les leurs, est devenue une place où se croisent toutes les incapacités au dépassement et à l’imagination créatrice, tous les déshumanisés, où le cupide siège près du criminel et les deux protègent le traite. Et ces genres d’hommes et femmes étant majoritaires dans toutes les institutions, on récolte ce que l’on a semé ou laisser semé : Les administrations congolaises sont incapables et souvent peu désireuses d’œuvrer en faveur de la réforme. Des stratégies de résistance à la reconstruction se retrouvent ainsi aux échelons les plus élevés de l’État, dans l’ensemble des structures administratives, mais aussi au niveau de la mise en œuvre des reformes au plus bas niveau. Pire encore, au lieu de faciliter les réformes, ils les sapent. Ils chinoisent sur des détails tout en masquant les véritables questions, au lieu d’être productif et efficace. Imitateurs à perfection des colons et en complicité consciente pour certains parmi eux avec les agresseurs étrangers, les gouvernants congolais depuis 1960 sont les nouveaux potentats, responsables de notre débâcle. Ils sont préoccupés par leur survie politique, laissent grandir la misère totale des masses muettes et tiers-instruites qui tournoient sur elles-mêmes sans savoir à qui s’en prendre dans leur malheur immérité. En définitif, comme pour les soldats, les citoyens ont leurs explosions : C’est l’incurie et la cupidité des dirigeants qui provoquent les unes et les autres.

Mais comment en est-on arriver là?

Les politiques coloniales

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Par leurs politiques, l’esclavage, l’exploitation du Congo par le roi Léopold II, la colonisation, et la néocolonisation ont préparé et conduit à la débâcle de la République Démocratique du Congo, à une société où la brutalité, l’indifférence et la cupidité des dirigeants ou mieux, des gérants, sont la règle. En effet, suite à l’esclavage, l’exploitation par le roi Léopold II puis celle de la Belgique, les congolais se sont retrouvés incapables de se gouverner avec succès. Le roi Léopold II, par sa capacité à acquérir frauduleusement le Congo en utilisant des écrans de fumée philanthropiques et sa capacité à instituer un travail forcé extensif ressemblant à l’esclavage, avait préparé le terrain pour les troubles ethniques, politiques et économiques du Congo; en plus des millions des morts en prime par un génocide tout aussi important que celui de l’Allemagne d’Hitler. Par ailleurs, le démantèlement de l’organisation sociale autochtone fut un génocide culturel. Par exemple, les congolais n’était petit à petit plus en mesure de communiquer dans leurs propres langues maternelles car devant parler des langues étrangères : l’Afrique a donc été dépouillée de sa tradition par la rude invasion coloniale, ce qui conduira à une perte des liens, un véritablement déracinement. Comme le soutien Davidson (1992), les Africains ont appris à être civilisés en «n’étant plus Africains», bien qu’en même temps, ils ne pouvaient pas non plus être Européens. Ce dont les Africains ont hérité était davantage «une crise de désintégration sociale» et un héritage d’«identité confuse».

Il a été reconnu aussi que l’échec de l’Afrique et plus éloquemment de la République Démocratique du Congo est du en grande partie à l’impréparation de la génération qui a assumé la responsabilité de gouverner le Congo devenu indépendant. En effet, quant arriva l’heure de la lutte pour la liberté, qui fut conduite par des leaders qui gardaient les voies et les pensées de l’identité africaine au centre de leur action, ceux-ci voulurent reconstruire les institutions politiques et économiques comme un continuum de conscience de leur appartenance à une Civilisation, en gardant le meilleur de la rencontre avec l’occident. C’est de cet élan que Lumumba et tous les panafricanistes seront portés pour construire un pays voulu comme un peuple et une nation. Après une série de révoltes, la Belgique qui avait poursuivi la politique de Léopold II de paternalisme (pas d’élite, pas d’ennui), va décider d’accorder brusquement l’indépendance à un Congo en 1960 avec moins de 30 diplômés universitaires. Hochschild déclare: «Il n’y avait pas d’officiers, d’ingénieurs, d’agronomes ou de médecins de l’armée congolaise».   Comme l’indique Gondola dans L’Histoire du Congo, «… la formation universitaire n’a fourni aux Congolais rien de plus qu’un placage d’éducation morale basée sur les principes catholiques et les compétences techniques nécessaires pour créer une classe moyenne inférieure». Par conséquent, les congolais obtenaient essentiellement une éducation sur la religion et comment travailler dans les métiers, comme l’exploitation minière ou l’agriculture. Au lieu d’élargir l’esprit des enfants et d’imprégner la capacité de penser de manière critique par eux-mêmes, l’E.I.C, puis la Belgique en a en plus fait de futurs ouvriers pour leurs sociétés. Par ailleurs, les congolais étaient privés de tout poste dans l’administration et, faute d’éducation, seront presque incapables de s’auto-gouverner par manque de formation. Ainsi, il n’y avait pas de personnes spécialisées dans les affaires militaires, la construction, l’agriculture ou les soins de santé qui sont tous vitaux pour tout gouvernement. … Beaucoup n’avaient pas le savoir-faire pédagogique et technique pour gérer les systèmes dont ils avaient hérité. Ainsi, “l’indépendance” obtenue, les nouveaux dirigeants, non préparés, furent immédiatement confrontés à un système hérité, dont ils ne connaissaient rien de la dynamique. La structure administrative coloniale héritée de l’époque, qui était en grande partie destinée à gérer l’assujettissement, l’extraction et le transport des ressources, n’était certainement pas suffisante pour parvenir à une bonne gouvernance (Falola, 2007).

Pire, l’indépendance déclarée, les courants forts de la politique de la guerre froide et la quête de modernisation dans un contexte d’influences impériales n’ont pas non plus arrangé les choses (Asante, 2014). La Belgique fut particulièrement cruelle avec le Congo : elle qui avait refusée de préparer le Congo à l’indépendance, elle qui avait refusé un gouvernement de transition, elle qui prépara et encouragea la sécession des territoires riches en minerais, travailla aussi à la déstabilisation du gouvernement de Patrice Lumumba puis, en complicité avec la C.I.A américaine, à son assassinat, tuant dans l’œuf toute possibilité de construction d’une Nation avec des conséquences incalculables pour l’avenir.  Ils placèrent Joseph Mobutu au pouvoir, et les États-Unis créèrent et soutinrent ainsi un de plus grands autocrates et prédateurs de l’Histoire. Mobutu pris le Congo comme une propriété personnelle et se proclama Roi du Zaïre, imitant Léopold II. Avec lui, le déclin de la moralité et les mauvaises politiques ont érodé les normes professionnelles, l’éthique nationale et l’environnement mental du peuple congolais, d’une part;  et détruit le système de gouvernance, d’autre part : la corruption est devenue culturelle dans un pays en crise de sens.

La guerre et le désenchantement-désengagement citoyen

Le plus important à cerner ici sont les conséquences incalculables sur l’état d’esprit des congolais que les pratiques coloniales, du mobutisme et la guerre auront. En effet, par leurs effets cumulés, les pratiques de corruption, la brutalité, l’exploitation inhumaine, la destruction du tissu social, les guerres, le sentiment d’impuissance, de fatalité et d’abandon, ne pouvaient que conduire à l’achèvement de la destruction de l’homme, véritable désastre sur lequel a grandi l’esprit égoïste et médiocre, la culture du gain facile, la corruption, les crimes immonde. En fait, avec la guerre de 1996, sur fond de la faiblesse du pays conséquente à la dictature de Mobutu, le Congo a tout perdu et continue à perdre son honneur, son âme, son organisation, son unité, ses richesses, ses meilleurs enfants et ses visionnaires, son avenir. L’intelligence, la vertu, la justice sont bafoués et méprisés. Les intérêts de caste et les appétits grossiers tiennent le haut du pavé, protégés qu’ils sont par la force brutale, seule estimée et glorifiée. La ruse rivalise avec la violence et l’oppression par les lois et par les armes quand ce sont pas les deux à la fois. Les conceptions des prétendants hommes politiques comme ceux des politiciens sont  égoïstes, l’idéal qui fait les peuples grands et forts s’est éteint. Du naufrage, rien ne surnage, hormis les basses ambitions, l’amour de la curée. Une classe politique née des accords, du mercenariat, des crimes et de la mesquinerie s’est constituée, et la masse s’est faite au meurtre perpétuel sur son territoire devenu champ de carnage et qui a émoussé ses sensations : le peuple à bout vit comme dans une aérosphère de lâcheté et assiste hébétée au désastre éternel, ayant perdu espoir.

Mais cette conséquence sera à son tour la responsable de la deuxième cause de la crise de leadership dans notre pays : la meilleure partie, le petit reste des gens droits va se désintéresser de l’action publique quotidienne, un crime aux conséquences aussi incalculables. Car, sous le prétexte de répulsion, les meilleurs citoyens vont déserter le devoir civique, et, par cela; vont permettre aux mauvais ouvriers d’accomplir la mauvaise besogne. Il est en effet trop vrai, hélas ! que depuis longtemps en République Démocratique du Congo, la politique a éloigné d’elle les hommes qui ont le souci de garder pure leur conscience et sereine leur pensée, parce qu’elle leur apparait comme une série de compromissions auxquelles il est difficile, sinon impossible de se soustraire. On a fini par croire que toute l’agitation du parlement demeurait circonscrite aux enceintes où il siège ; que la politique était, après tout, dangereuse, gangreneuse, immonde et l’affaire des politiciens ; qu’elle absorbe trop de temps pour qu’un citoyen occupé y puisse prêter un concours effectif; que les expériences tentées par le pouvoir dans la législation ou la fiscalité ne regardent que lui. Ainsi, par degré, nous nous sommes détachés de la politique. Comme si, sous une forte tempête, on avait des capitaines de réserve lucides parmi les passagers et on laissait à ceux enivrés le soin de conduire la bateau : cela relèverai de l’imprudence, de la sottise, pourtant, c’est ce qui est arrivé à notre pays. Sans combativité, le bourbier de la gouvernance a donc émergé aussi en raison de l’absence d’hommes de bien organisés, le peuple n’ayant qu’à choisir entre les nuls d’une part; et en raison de l’absence de freins et contrepoids dans le système de gouvernance notamment en terme d’exigence de redevabilité comme peuple, d’autre part. Ce désenchantement des citoyens, a donc aussi laissé le système néo-patrimonial s’installer dans la durée, sans redevabilité, sans quête d’excellence, sans peur de la justice.

Mais alors, devant tout ça, que faire?

Nous penserions à nous chamailler sur ce tas de ruines. La solution est pourtant ici : Il faut une éducation au leadership éthique et une réhabilitation de la politique ! La première voie étant ailleurs étudiée (crise des valeurs), concentrons nous ici sur la seconde. Pour réhabiliter la politique, il faut tout d’abord une guerre sans compromis au passé ! Il faut sortir l’État de la logique prédatrice léopoldienne et pour cela de ceux qui l’y retienne et le remettre entre les mains de vrais leaders et serviteurs du peuple pour en faire un moyen de convergence des intérêts nationaux. Il faut donc les identifier et nous en débarrasser dans toute notre classe dirigeante. C’est pourquoi, il faut que tous les citoyens qui, intellectuellement et par le plus grand amour envers notre peuple, sont unis dans leur conscience par un minimum de principes communs, s’engagent et se mettent résolument à la tâche citoyenne et politique. Car dans les graves conflits dont notre pays est tourmenté, personne de véritablement sensé ne doit fuir la responsabilité commune de barrer la route à ceux qui trainent après eux les tombeaux du passé et continue d’en faire les fondements de notre pays martyr d’aujourd’hui et demain. La force, la vie, l’avenir n’appartiennent pas aux spectateurs du travail des autres ; mais à ceux qui participent à l’effort. Et l’effort d’aujourd’hui est celui de produire notre part dans la formation et la défense pour la Mère Patrie d’une nouvelle classe politique. Il ne faut donc pas que nous baissions les bras si nous sommes, non des sbires, mais des républicains. La vielle politique doit crever au pied du lit où le Kongo nouveau naitra.

Vous dites : nos partis politiques sont remplis des méchants, sont répugnants ! Soit. Alors, ou nous y entrons tous et nous les nettoyons, ou nous construisons un mouvement plus fort, plus éclairé, plus propre pour les engloutir ; sinon, nous ne sommes pas différents de ces sots capitaines qui laissent la conduite de leur navire aux enivrés. Ils vont insulter et mitrailler le nouveau mouvement répliquez-vous ! Ils le peuvent. Mais on peut bien aussi cracher dans un torrent quand on est fou, or ils le sont. Vous dites encore : Nous serons éclaboussés dans leurs partis ou dans la politique. Et nous vous répondons : Non il n’en sera pas cas, si vous, qui ne voulez incliner la fierté de vos consciences devant qui que ce soit ou quoi que ce soit, vous entrez, en force de nombre et d’entente morale, dans le lieu pervertit et que dans la cohésion de ce nombre et de cette entente morale, vous imposez la loi du bien à la routine du mal. Car, si, oui le mal est contagieux; il est aussi que le bien aussi a son action profonde.

Et s’engager pour quoi faire?

Il s’agit de ne pas laisser pourrir le Congo, il s’agit de revenir au berceau de la révolution de Lumumba, pour conquérir la deuxième indépendance de notre pays ! C’est donc pour entretenir la Rupture en s’unissant à tout ce qui est honnête, résolu, vivant, c’est pour faire sauter le pont par où pourrait s’évader la classe politique actuelle, et, comme acte suprême, de donner à notre pays des dirigeants aux cerveaux robustes, aux cœurs droits, et aux profondément encrées dans les valeurs, des vrais bâtisseurs, d’une part, et d’exiger une refonte de notre organisation sociale, politique et économique, d’autre part ! Et comme le pensait Lumumba, l’engagement dans l’unité seule permettra au Congo d’obtenir l’indépendance (aujourd’hui parlons de la reconstruction). Cette formule, si souvent répétée par lui, est d’ailleurs parfaitement juste à la condition d’ajouter que le mouvement unitaire doit venir de la base et déferler sur le pays en ras de marée, ajoutera Jean-Paul Sartre, qui précisera alors que pour le malheur du Congo, les divisions sociales (et politiques aujourd’hui), la timidité des revendications, l’absence d’appareil révolutionnaire issu des masses et contrôlé par elles ont rendu (et rendent encore) ce déferlement impossible. En résumé, puisque c’est la gangrène de la crise de leadership qui s’est attaquée aux viscères les plus importants de notre pays, de notre Mère Patrie, pour cicatriser la plaie envahissante, ce n’est pas aux lénitifs qu’il faut recourir, c’est au fer rouge. Il ne s’agit donc plus d’employer telle ou telle formule pour sauver un corps qui tombe par lambeaux. Si l’on ne veut pas laisser périr la société, si l’on croit à la possibilité de l’enfantement d’un Congo nouveau, il faut amputer la partie malade, extirper résolument, graduellement si l’on veut, vers une réorganisation radicale et prompte de notre pays. Il faut réhabiliter la politique.

Préparer une nouvelle élite et former le peuple

Il n’y a pas d’institutions en République Démocratique du Congo consacrée à la préparation de leaders potentiels ayant une vision globale, et qui sont capables de coopérer à l’intérieur et au-delà des frontières nationales, régionales et institutionnelles. En outre, il est très difficile pour la majorité de notre peuple d’avoir accès à des informations pertinentes et opportunes sur la plupart des problèmes nationaux, régionaux et mondiaux. Il faut donc que les meilleurs des fils et filles de la RDC qui organiseront notre peuple répondent au défit de l’acquisition et de diffusion des connaissances utiles.

Conclusion

Le succès ou non de tout pays dépend de l’efficacité ou non de ses dirigeants. Cela montre que le leadership est essentiel dans toute configuration humaine et qu’il équivaut à une politique et à un développement stables. Il y a maintenant un besoin très urgent d’un leadership capable, vrai et efficace, pertinent et soucieux du peuple. Ce leadership doit être entre les mains de personnes qualifiées, compétentes, éclairées et honnêtes. Un tel leadership exige nécessairement l’approfondissement constant du milieu démocratique pour co-diriger avec le peuple. C’est pourquoi nous sommes convaincus que la démocratie a un rôle à jouer pour aider à sauver la République Démocratique du Congo et Afrique du problème lancinant du leadership. Ce leadership n’arrivera jamais sans un combat du peuple congolais pour son avènement.

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