Nos malheurs, leurs causes et leurs remèdes (1/7) : La crise de sens

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Dans un monde en course et mondialisé, il est impératif pour toutes les nations de connaître les racines qui assurent la subsistance des peuples. Car aucune nation, comme peuple pensant, ne peut définir et réussir sa politique intérieure ou étrangère sans avoir une compréhension claire d’elle-même, de son histoire, de ses racines, de ses forces et de ses échecs. Cette compréhension est incontournable plus particulièrement pour ceux qui veulent/doivent reprendre le fil du point où le continuum de la conscience civilisationnelle de leur peuple s’est perdu et réorienter le régime en accord avec les points forts de la psyché de leur société pour en faire le moteur de leur gloire future. Plus que partout ailleurs, cela est vrai pour les peuples d’Afrique. Pour y arriver, dans le cas de notre pays, il faut cerner les éléments de vitalité et la résilience de notre peuple, analyser les limites de sa vie intérieure et comprendre comment ses faiblesses ont conduit à la chute épouvantable que nous vivons aujourd’hui, et enfin trouver quelle est la voie qui doit être prise pour un nouveau paradigme civilisationnel et s’y mettre. C’est en l’effort intellectuel  de compréhension des causes profondes de la débâcle de la République Démocratique du Congo que consiste la pensée ici développée en une série de sept articles sous le thème “Nos malheurs, leurs causes et leurs remèdes”. L’objectif principal est d’aider à répondre à trois questions fondamentales : Qu’est-ce qui ne va pas au fond dans notre pays? pourquoi? et que faire pour un nouveau paradigme existentiel? A cet égard, ce travail est principalement narratif et explicatif, et vise à la fin de fournir une conjecture de la meilleure des organisations sociale, économique et politique à laquelle un Kongo nouveau doit tendre. Ce premier article porte sur la crise de sens commun.


Introduction

Dans toute son Histoire, malgré son impressionnante richesse, la RDC a traversé des phases de régression à répétition, et rien n’indique que cela s’arrêtera. De Mobutu à Tshisekedi passant par les Kabila, la corruption omniprésente est restée endémique. La plupart des villes congolaises qui méritent à peine ce nom ont engendré des fléaux de pauvreté à une échelle jamais connue dans les dernières années de la domination coloniale. Un système judiciaire politisé perpétue également une culture d’impunité et de graves violations des droits humains par le gouvernement et son système répressif, pour ne pas parler des crimes innommables des guerres. Les congolais sont enfermés dans un système politique privatisé et criminalisé, pour reprendre une métaphore empruntée à Filip Reyntjens, dans une mesure où ni le système électoral ni l’aide étrangère massive ne peuvent les secourir. Le renouveau politique et la reprise économique sombrent, et la sécurité intégrale reste un doux et lointain rêve (Emizet François Kisangani and F. Scott Bobb, 2010). La RDC est ainsi la preuve sans appel qu’il y a de fortes chances qu’une société jouissant d’une abondance de ressources naturelles et d’autres moyens, mais manquant d’engagement intelligent, s’en tire moins bien qu’une société aux traits opposés.

Certains auteurs mentionnent que les principales raisons pour lesquelles nos pays Africains sont toujours pauvres sont les guerres civiles et le terrorisme, la corruption sans fin, le manque d’éducation et de connaissances, la mauvaise santé et la pauvreté, les désavantages géographiques, l’aide internationale et les pratiques commerciales déloyales. Greg Mills mentionne dans Why Africa Is Poor que la principale raison pour laquelle les Africains sont pauvres est que leurs dirigeants ont fait ce choix et non à cause de toutes les choses citées comme manquantes ou blâmées pour cela (les dirigeants africains ont externalisé leurs problèmes, blâmant les pays donateurs et les organismes pour tous leurs maux inachevés). Si le développement d’un pays est une notion ouverte qui peut prendre de nombreuses formes perceptibles : la propreté, l’ordre des habitations et des équipements publics; l’amélioration des infrastructures et la prestation de services; l’amélioration des établissements d’enseignement et de santé; l’amélioration de l’activité économique, de la productivité et de la génération de revenus, etc., il est indiscutable que toute société dans laquelle de telles améliorations ne se produisent pas dans la durée, avec ou sans aide étrangère, a des problèmes plus profonds qui doivent sous-tendre une telle situation.

Le péché originel du Congo : la crise de sens

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Il est de plus en plus clair pour nous que les obstacles ci-haut cités peuvent être largement considérés comme le résultat et non les causes de problèmes plus profonds et fondamentaux. Nous soutenons en effet que l’intrigue du mal congolais est que sa nature est décrite principalement en termes de droits des personnes à travers le prisme politique ou en termes de richesses par comparaison à l’Occident, alors qu’en fait il s’agit vraiment d’imaginaire et de sens, dessense. Plus clairement, disons que, pour nous, les problèmes persistants de notre pays sont principalement dus non pas au pouvoir monolithique des gouvernements de réprimer leur peuple ou encore à mille autres explications, mais à un manque de sens de et dans la nation traduit par un faible sentiment de finalité et d’engagement pour le développement parmi les dirigeants et le peuple en général. Pour nous, à la question de savoir ‘Quel est le problème du Congo, Qu’est-ce que le mal congolais’, la vraie réponse pourrait se trouve dans la genèse du Congo et dans le refus ou l’incapacité des élites congolaises à mettre en cause l’héritage originel du pays. Origine signifie ici, comme pour Martin Heidegger dans Les chemins qui ne mènent nulle part, titre oh combien évocateur pour notre pays, ce à partir de quoi et ce par où une chose est ce qu’elle est, et comment elle l’est, et définit son essense. Et qu’est-ce que le Congo? : Rien d’autre que le plus grand vestige public de l’«œuvre» de Léopold qui le créa ab nihilo comme instrument d’une poursuite personnelle des profits par tous les moyens et à tout prix. Or, aujourd’hui comme sous Léopold II, le Congo est la façade institutionnelle d’une entreprise criminelle, un voleur érigé en État. Les gens et les noms ont changé, mais le chemin tracé par Léopold II, le projet et l’esprit léopoldien et colonial belge, qui est essentiellement une exploitation des gens et l’extraction des ressources, non seulement survit mais prospère malgré les réformes successives.

En crise de sens, une Nation fantomatique

Nous entendons par sens de et dans la nation (sens commun) la consciente intelligence et l’intelligente conscience de responsabilité collective dans la construction de la société, intelligence et conscience qui sont reconnues par une vision commune de ce qu’on cherche, des principes organisateurs formalisés (constitution) et des valeurs, ainsi qu’une volonté inébranlable de vivre et de réussir ensemble. Par ailleurs et comme corollaire, nous entendons par Nation l’ensemble des hommes et des femmes vivants sur un même territoire et partageant un passé plein des sacrifices et des échecs donc ils assument courageusement l’histoire, un présent remplit d’efforts immenses et harmonisés, une ferme volonté de vivre ensemble, volonté qu’ils traduisent dans la définition claire d’un idéal commun qui nourrit l’esprit national, leur unité et leur foi en leur commune destinée, destinée dont la réalisation progressive génération après génération devient le principe et la fin de tout engagement, de toute existence.  De ces définitions, nous tirons l’idée qu’être unis par un territoire reconnu comme un pays ne veut pas dire nécessairement que l’on a forcément un sens commun ou que l’on est véritablement une Nation, car le territoire peut rendre possible la vie ensemble (ce qui est vrai du niveau national jusqu’à la famille, tous les groupes évoluant les uns des autres, les plus hauts formés par la fédération des plus bas), mais il n’est forcément pas un élément suffisant pour définir la cohésion et l’intégration nationales.

Ce n’est donc pas seulement tant de kilomètres carrés de terre produisant telle ou telle autre matière première, et moins encore un territoire fait de tel ou tel autre peuple pris comme ayant une seule culture. Dans le cas de notre pays, cette intelligente conscience de destinée et causes communes, cette intelligente organisation dans un idéal et imaginaire communs, cet sentiment de responsabilité individuelle et commune pour atteindre cet idéal, cette unité spirituelle, qui sont la vertébration d’un peuple, qu’il n’atteint qu’à l’âge viril, nous ne les avons pas encore, malheureusement atteints.

Les causes de la crise de sens

Le Congo comme reversoir des richesses

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Le processus de balkanisation de l’Afrique a été formalisé lors de la tristement célèbre conférence de Berlin de 1884-1885. La conférence, du moins en principe, a établi des règles de base pour la colonisation et la partition de l’Afrique entre les puissances coloniales, afin de minimiser les frictions et l’éclatement de conflits entre les influences coloniales rivales. Des lignes de démarcation ont été tracées sans participants africains (Mazuri, 1986), sans tenir compte des clivages ethniques indigènes ou des particularités culturelles. Cette balkanisation a fait taire la résistance indigène par la subordination de leurs revendications à la souveraineté, fournissant dans le processus, une idéologie efficace de la domination coloniale. Ce fut une conférence qui a refaçonné le destin des peuples africains et continue d’avoir un effet considérable sur la politique de l’Afrique moderne (Anghie, 2004).  L’E.I.C constitué, et comme l’esclavage, la domination léopoldienne a radicalement modifié les conditions démographiques et détruit les structures politiques, économiques et sociales précoloniales. Par ailleurs, les structures unidirectionnelles et d’exploitation d’une économie coloniale ont conduit à des pillages et à des millions des morts. Depuis, le Congo comme beaucoup des pays africains depuis la conférence de Berlin, est victime d’un déni historique qui a permis le colonialisme et soutenu la perception de supériorité du style européen de gouvernement après l’indépendance.  En même temps, les investissements ont été limités aux zones riches en ressources et ont donc créé une infrastructure déséquilibrée, qui était exclusivement adaptée à l’objectif d’exploitation mais qui laissait de vastes parties du territoire à peine accessibles.

Par après, la domination belge (1908-1960) a abandonné le système de concession léopoldien, désormais considéré comme “inefficace” (!) (Wallerstein 1985:48). De plus, la production de caoutchouc a considérablement diminué après 1905 à mesure que le caoutchouc naturel et la main-d’œuvre congolaise ravagée par des maladies et crimes inimaginables sous Léopold II s’épuisaient. A cette époque, une pénurie d’approvisionnement en matières premières, notamment minérales, se produisit sur le marché mondial, aggravée par la Première Guerre mondiale.  Ainsi la détection au Congo belge du cuivre, du cobalt et de l’uranium en 1911 ouvrit la voie à une mutation économique. Avec l’extension du système ferroviaire au Katanga riche en ressources, le Congo est rapidement devenu le quatrième producteur de cuivre au monde. Les concessions accordées aux entreprises belges – près des trois quarts de l’ensemble des affaires coloniales étaient dominées par cinq trusts (Edgerton 2002, 169 ; Hillman 2002) – ont contribué à la croissance économique et au profit. Au cours des années 1920, les principales exportations étaient le cuivre, l’or, les diamants et l’étain. Particulièrement pendant les deux guerres mondiales, le Congo belge a réalisé des exportations de cuivre extraordinairement élevées (Edgerton 2002, 168-173).

Ensuite, semblable à la règle de Léopold II, le travail obligatoire et la cruauté des périodes léopoldiennes ont de nouveau été considérés comme importants pour un développement économique réussi, pendant la colonisation belge. L’administration est devenue plus bureaucratique (financée aussi par capitation) et l’exploitation des ressources naturelles plus efficace (McCalpin 2002, 35), alors que des officiers terrorisaient le peuple. Par conséquent, faute d’autres alternatives, de nombreux Congolais ont été contraints de travailler dans des mines dangereuses. Ils ont reçu de petits (voire aucun) avantages de la réussite de l’économie d’exportation car le surplus était transféré en Belgique, et par conséquent la colonie manquait de ressources pour l’investissement domestique (Ki-Zerbo 1988, 506). Les infrastructures ont été principalement construites par des entreprises, qui avaient un fort penchant pour le développement dans les zones riches en ressources (comme le Katanga) et non dans les zones très peuplées. Les institutions d’exploitation au Congo belge ont généralement maintenu les structures de la domination léopoldienne et ont ainsi perpétué le même système prédateur, sauf que le caoutchouc a été remplacé par des minéraux, et donc de l’une à l’autre activité extractive..

L’impossible naissance d’une Nation

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La lutte pour l’indépendance arrivèrent. Mais, en raison de l’héritage colonial (pas d’élites), et du néocolonialisme, l’établissement d’un régime démocratique (efficace) après l’indépendance était hautement improbable, car même la simple intégrité territoriale était en fait impossible. Il fallait construire une Nation, mais ceci présupposait un sens de et dans la nation, comme dit ci-haut. Or, les artistes de l’indépendance, n’étaient pas formées pour cerner tous les éléments de cette œuvre. Et pour compliquer leur situation, aux yeux des puissances qui ne voulaient pas voir les richesses du pays les échapper, le Congo avait un sens en tant que colonie, mais pas en tant qu’État indépendant. Cette situation a donc été aggravée par les interventions internationales directes et indirectes dans les affaires intérieures après l’indépendance, ce qui ​​ne favorisait pas l’autonomisation des populations locales mais la perpétuation du pillage. Dans ces conditions, intégrée dans l’économie mondiale, la descente aux enfers du Congo après l’indépendance n’était qu’une conséquence logique. Par la suite, la poursuite de l’économie d’exploitation et une orientation unidirectionnelle vers les exportations de minerais en relation avec une politique économique invalide et la cupidité et le désintérêt de l’élite dirigeante ont également affaibli l’économie. Ainsi, comme les dirigeants coloniaux auparavant, le président Mobutu a personnellement profité de chaque transaction tout en négligeant totalement la fourniture de biens publics, même essentiels. Là encore, des ressources précieuses étaient échangées sur les marchés mondiaux alors que la grande majorité de la population congolaise était totalement exclue de tout profit. Une politique économique particulièrement négligente associée au parrainage d’acteurs mondiaux a entraîné le ralentissement final de l’économie congolaise à partir des crises pétrolières des années 1970.

“Les chemins qui ne mènent nulle part”

Après le Zaïre, n’ayant pas réussi à devenir une Nation au sens où nous l’avons défini, le fardeau qui pesait sur nos épaules s’est accru. Dans la fausse République née des défaites de la guerre et sa fausse démocratie, les conspirateurs, des criminels venus avec la guerre, des affairistes, puis de médiocres et charlatans; bref, tous les ennemis de la Nation, ont gagné du terrain et le terrain de la République (Res-publica, bien commun, sens commun) a perdu. Ainsi, naviguant piégé par son héritage historique et dans une crise de leadership, le Congo ne s’est pas contenté de ne pas marcher en avant, il a reculé, s’est perdu. Nous nous sommes tous fait banalisés, dés-attendris et avons mis notre nature délicate et brillante au niveau de l’insensibilité. Le capitalisme, esprit de notre temps, a fini par assassiner en nous tout sens de l’altérité, du commun : nous sommes devenus individualistes, consommateurs, et ce qui nous intéresse, c’est finalement aujourd’hui uniquement l’intérêt personnel. Nous sommes devenus patriotes dans les mots, mais de ce patriotisme inactif et aveugle dont les nations meurent. Et, si un instinct de combativité s’est perpétué, il s’avère qu’il ne sait triompher contre les ennemis qui entravent ou s’opposent à la prospérité véritable de notre peuple. Pourtant lorsque chez un peuple, la fierté nationale commence à disparaître; lorsqu’il a cessé de se créer des titres de gloire, surtout lorsqu’il ne met plus sa gloire à chercher sans parti pris à être ce qu’il veut être et subit paisiblement les modifications que l’étranger lui apporte, on peut être certain que son existence est gravement atteinte.

Pire, dans cette fausse démocratie, les partis politiques, par des chefs éclairés, devraient nourir l’esprit national d’un sens commun, en élevant la culture politique aux enjeux et défis nationaux. Hélas ! Des principes ont besoins d’être incarnés, et tous les partis devraient être porteurs d’un élément original indestructible et éternel de notre élan vers une vraie Nation, élément qui doit constituer leur raison d’être, leur principe et qui doit s’harmoniser, dans des conditions sociales nouvelles, avec d’autres principes et d’autres éléments de nature différente, mais non opposée. Les nôtres, sont néants, à l’image de leurs chefs. Au lieu d’être des lieux de discussions des idées pour atteindre un certain idéal national (le moyen d’y atteindre devant être la seule raison de divergence des vues et donc le fondement même du multipartisme), nos partis et toutes nos institutions sont le reflet de notre existence sans repère. Nos partis politiques tiennent uniquement leur point d’appui dans la société congolaise malade et ne sont l’expression ni des faits plus généraux, ni des principes psychologiques ou des valeurs, ni des idées. Ils ne représente que des éléments inhérents aux causes des personnalités qui les fondent. Voilà pourquoi ils peinent à se concilier ni pour la cause nationale, ni pour celle des valeurs (étant entendu qu’ils n’en ont pas), attitude entièrement opposée au but qu’on veut atteindre. Il y manque à discuter et à délibérer sur les questions de fond, parce que toute délibération et toute discussion vraiment pertinente supposent une vérité logique dont les hommes réunis cherchent à s’approcher le plus possible par l’effort combiné des volontés et des opinions individuelles. Ne pouvant pas donner ce qu’on a pas, le servilisme dans nos partis politiques a tué le sens même de la démocratie et nous a placé dans l’état d’abaissement dans lequel nous sommes parce qu’on n’y sait pas où ont veut amener le pays. L’absence de sens commun y a trouvé sa plus grande expression.

Par ailleurs, nourrie par une crise totale de leadership, cette crise de sens est clairement mise en avant par la nature du dévouement que nos politiques disent porter pour le pays, et qui consiste en réalité à gonfler davantage leurs sacs aux billets de banque et à se procurer les agréments de toute genre que peuvent se payer sans argent une Excellence et les siens. Ils vendent ce dévouement au premier faiseur de coup d’État qui réussit, au premier riche qui arrive, au premier opportuniste à qui tout semble réussir. Que demain un nouveau sanguinaire se vautre sur le trône, et ils le suivent. Par ailleurs, les membres de toutes ces bagnes de partis, jeunes ou ainés, ont le même balancement d’épaules et d’idées. On cloue leur pensée sur les calculs politiques, on cloue leurs yeux sur l’argent. Sous le joug de la fausse loyauté – et au mépris de la vraie – le patriotisme de chacun s’efface, ou tout au moins se déforme, comme une plante s’étouffe par les racines de vingt autres. Avachissement véritable qui tue l’intelligence, la virilité et donc la dignité humaine, qui tue la démocratie. Pourtant et en plus, dès qu’un individu, aussi puissant que soit son activité cérébrale, se met à la remorque d’un de ses semblables au lieu des bonnes idées qu’il porte, se donne un maitre en lieu et place de suivre un idéal intelligent compris et partagé, toute sa clairvoyance d’esprit disparaît. C’est un détraqué, il vous raconte crédulement les plus grosses bourdes, n’est arrêté par aucune contradiction, perd la notion de tous les enseignements historiques. Or, c’est de ces robots qu’est fait en majorité nos partis avec leur art de perversion du jugement, de sorte qu’avec leurs produits, nous n’arriverons jamais à corriger nos maux. Nous les aggraverons en faisant reposer l’édifice social sur ses bases mal assurées, sur des insensés (sans sens commun).

Mais alors que faire pour résoudre cette crise de sens?

D’abord, le congolais doit définir l’idéal national (Rêve Congolais) pour lequel il veut vivre et donc le pays dans lequel il veut vivre. Pour nous, il est celui-ci : «Depuis les bords de l’Atlantique, sur les rives de notre majestueux Fleuve Congo et dans les profondeurs où règne encore la forêt, que naissent des villes opulentes, enrichies de musées, d’objets d’art et de monuments, attirant à leurs écoles toute une jeunesse éprise des choses de l’esprit et championne des sciences; des campagnes riantes aux voies bordées d’arbres, aux habitations coquettes, aux champs couverts d’une luxuriante végétation, dirigés vers un idéal éternel avec des systèmes politique et économique inclusifs dans une Nouvelle Afrique puissante et réconciliée avec elle-même. C’est l’idée d’une Nation ré-enracinée, sécurisée et réconciliée avec elle-même dans laquelle la liberté d’entreprendre et de penser seront garanties, pour laquelle le droit à la vie, à la recherche du bonheur et à la sécurité sociale, économique et le bien-être seront généraux, et pour laquelle l’on ne connaîtra pas l’abus des grandes fortunes ou des individus tout puissants ; où l’agriculture, l’environnement, le commerce, les sciences et les arts seront les priorités, où les jeunes seront préparés à porter génération après génération le mieux possible plus haut, plus loin et au-dessus de toutes les nations le flambeau de la grandeur, où la justice sociale et les valeurs humanistes africaines seront la plus grande part de la structure sociale, le tout les regards tournés vers Dieu principe et fin de toute chose».

Cette idée, n’est-elle pas une raison suffisante pour nous pousser à agir en donnant le meilleur de nous-même pour construire une autre société ? N’est-elle donc pas en elle-même un puissant facteur de progrès ? Bien sûr que oui. et notre mission est donc celle-ci : «… Riche de notre diversité (en exorcisant le mal que nos ennemis intérieurs et extérieurs utilisent contre nous même nous opposant les uns aux autres), nous devons ranimer et édifier notre âme nationale, bâtir une civilisation sur plusieurs points supérieure à celle des autres peuples. Nous devons fonder au cœur de l’Afrique une République où les Sciences, la Foi, la Justice, la Liberté, et le Développement établiront leur demeure en permanence. Nous avons des voies à ouvrir à mille activités renfermées, abandonnées ou inexploitées, des terres à peupler et à cultiver, des routes, villes, écoles, et usines à construire, eaux et cieux à explorés, des recherches et connaissances à initier et à produire, la liberté de disposer de toutes nos richesses à reconquérir, … un potentiel à libérer, une patrie à faire grande et prospère, un continent à rendre brillant, et un monde à rendre heureux ….. ».

Il s’agit en fait, d’un appel à une révolution spirituelle au sein de la Patrie. Pour y arriver, nous pensons qu’il nous faut  travailler à l’unité d’esprit de toutes les forces congolaises militantes, et ce sous la direction des leaders nouveaux, gardiens de la révolution et véritables prophètes du Nouveau Kongo qui incarnent la patrie qui ne veut pas mourir, dans une sorte de Religion de la Patrie. A ce langage de bon sens, nous condamnons gravement la prudence des timides, de même que celle de ceux qui tremblent à l’idée qu’ils auront du mal à se séparer du système qui les nourrit, et que même s’ils en prenaient le courage, celui-ci les châtierait. Nous savons qu’il y a partout du patriotisme latent et que la raison peut se faire entendre partout au Congo. Nous savons aussi que quelles que soient les différences des mœurs ou des idées, il existe des principes supérieurs et des communautés de sentiment plus profondes où disparaît l’idée de la lutte pour les intérêts personnels, de ceux des partis, ce qui est uniquement réalisable si nous érigeons cet idéal commun en principe et fin de notre engagement personnel et collectif; qui est pour nous le plus grand chainon manquant et pourtant condition nécessaire à notre unité nationale, à la paix publique, à la prospérité de notre pays et à toute renaissance de notre civilisation et de l’Afrique. Nous ne craignons par ailleurs pas aucune puissance. Notre devoir est de les vaincre l’une après l’autre en leur opposant l’évidence militante.

En même temps, il faut, pour que éclose ce sens commun, combattre tous les élément éléments diviseurs, tous les éléments déracinant ou encore ceux qui détruisent ce que nous sommes. Nous ne devons donc faire aucune concession aux idées, aux hommes, aux religions, aux partis qui conspirent et vivent contre l’intérêt du pays (tout ce qui nous éloigne de ce rêve, de cet idéal ici défini). Ce qui veut aussi dire que nous ne devons pas épargner ni cette anarchie parlementaire qui annule le pouvoir en le divisant, ni l’anarchie économique dont le peuple congolais est la plus cruelle victime et qui cause plus de malheurs partout dans le pays que les guerres de l’Est, ni l’anarchie cosmopolite qui remet à des étrangers de naissance ou de cœur nos richesses, nos terres et le gouvernement et donc notre destin, ni l’anarchie sécuritaire qui confie la sécurité nationale à des ennemis de la nation. Nous devons montrer, dans la clarté qui suffit à leur faire honte, les plaies de l’anarchie de la mondialisation, dont celle domestique, pulvérisant nos valeurs familiales, tuant et déformant l’union des époux, acharnée à dissoudre la foi et tentant d’ériger un monde sans moral en la fondant la vie sur des nuées.

Enfin, il faut prêcher une révolution de la pensée et de l’imaginaire, et diffuser notre conception du monde et notre engament à participer à l’avènement d’un nouvel ordre social pour un Nouveau Kongo. Pour cela, nous devons arriver, pour survivre, à former un peuple fort car éclairé, non corvéable à merci, courageux, magnifiquement organisé et commandé, résolu à réussir quoi qu’il arrive et malgré notre passé. Cela veut dire aussi qu’il faut pousser le peuple à cesser de penser que les affaires de l’État ne doivent être traités que selon les circonstances, au jour le jour et en quelque sorte fatalement comme les font nos cyniques et iniques dirigeants, alors qu’il doit exister un but, une direction dans le mouvement des chaque société qui veut progresser sans la course de l’Histoire. Pour y cela, il faut une complète et forte éducation de notre peuple, pour qu’il garde sa pensée pure, son imagination fraiche, et après, puisse dire et réaliser ce qu’il faut à la patrie en écoutant son cœur. Il ne faut donc pas que les écoles, les partis politiques, les églises, les médias … soient des laminoirs de l’amour de la patrie, de l’intelligence et du sens commun, surtout pour les jeunes qui doivent le plus être pénétrés de ce sens et de leur mission qui en découle.

Nous pensons que c’est par là qu’il faut commencer pour que les signes de décadence qui se sont manifestés depuis plusieurs années ne nous fassent plus envisager l’avenir d’une manière pessimiste. Si nous nous attelons à cette tâche, alors seulement, sublimes d’abnégation pour nos personnes et d’enthousiasme pour l’idéal (le rêve congolais), nous construirons une grande et forte nation et répondrons aux menaces qui pesaient sur le pays par une suite non interrompue de combats épiques et, sous les pas des valeureux citoyens, les trônes s’effondreront, les chaines de notre peuple seront brisées, les autels et les bûches seront renversés, un rire d’allégresse courra à travers l’Afrique devenue libre et maitresse de ses destinées par la déroute des brigands qui la pillaient et violentaient moralement et physiquement. Et qu’importe si nous tombons avant d’avoir atteint le but? D’autres viendront après nous à qui nos cadavres chauds encore serviront de marchepied. C’est vaincre que de mourir, quand on meurt beau, juste et vrai. Car, nous savons que ceux qui viendront après nous s’approprieront à leur tour et continueront cette œuvre de rédemption du Kongo et de l’Afrique, voilà pourquoi nous avons l’ambition de la faire utile et belle. Car plus une âme est noble, plus est profond en elle le sentiment de la solidarité humaine et tout homme aimant son pays s’efforce d’assurer aux générations suivantes la paisible possession des biens dont il a joui.

Mais, qu’on ne s’y trompe pas : les périls sont à la mesure des chances. L’histoire du Congo nous l’a appris à nos dépends : les mêmes positions stratégiques qui nous offrent tant des possibilités si nous sommes forts, nous exposent à toutes les menaces extérieures et intérieures, si nous sommes faibles. Notre potentiel grandiose nous sera donc à charge si nous cessons d’en être digne, et la prise de conscience n’aura fait qu’interrompre notre déclin si elle n’est pas l’origine d’une rénovation profonde. Car, et nous devrions l’avoir déjà tous intégré de part l’horrible expérience de l’esclavage, de l’E.I.C, de la colonisation et de notre histoire : le capitalisme prédateur n’a pas besoin d’idées, ni de valeurs, de devoir, ni d’honneur. Les faits lui suffisent : il ne cherche qu’à diriger tous les canaux de la richesse, il ne voit dans la RDC qu’un champ d’exploitation, au détriment des vies s’il le faut, comme ça l’a toujours été. Si nous ne secouons donc pas notre indifférence, qui sait si dans 20 ans il ne sera pas trop tard? (Des peuples sont tombés des plus hauts sommets de la civilisation à la ruine et à la servitude pour s’être abandonnés pendant deux générations, dit Montesquieu). Et nous devons prendre garde, car la mort d’un peuple a-t-on aussi compris, est chose lente et obscure, les symptômes en sont peu sensibles au dehors, et celui qui doit disparaître ne s’aperçoit de son état que lorsqu’il est trop tard pour réagir.

Conclusion

Ces réflexions nous paraissent dictées par le sentiment de besoin urgent de notre pays.  Tous les efforts seront sans résultats si les tâches les plus essence-tielles, et fondamentales sur lesquelles doit être fondée confrontée une nation sont complètement ignorées et oubliées. C’est pourquoi un revirement spectaculaire de l’état d’esprit du peuple (changement de mentalité de la population et dirigeants) est nécessaire le plus tôt possible. Ce n’est qu’en élevant au niveau d’objectivité l’action et l’engament politique, des dirigeants comme de notre peuple, que l’on aidera notre pays à se relever du gouffre moral, social, politique et existentiel où il est. Et c’est l’œuvre à laquelle nous devons tous ne pas cesser de travailler avec courage, assurés d’avance que les hommes de bon vouloir, tous les cœurs où règnent le véritable amour de la patrie, ne refuseront pas leur aide et leur sympathie à ceux qui veulent voir le pays réussir. Puisse donc les jeunes présents et à venir être les ouvriers intelligents qui prennent le temps et veillent sans baisser garde épris de leur œuvre et intéressés à ses résultats.

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