Nos malheurs, leurs causes et leurs remèdes (4/7) : La RDC en crise des valeurs

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Ceux qui naissent, vivent et meurent, le sont tous au pays, dans les conditions parmi les plus indignes qui soient ici-bas, de sorte qu’il n’est plus le temps se demander avec inquiétude jusqu’à quel gâchis nous conduira la politique du mensonge et la compromission, le culte de la malignité et des apparences, l’utilisation des incompétences, la victoire de la corruption et de la prédisposition à tout faire, même vendre son âme, pour arriver à ses fins, au mépris de toute valeur, des lois et des principes. On le sait déjà, parce que l’on l’expérimente tous. Dans cet éditorial, septième de la série Nos malheurs, leurs causes et leurs remèdes, nous examinons la crise des valeurs de et dans notre société, plus particulièrement celle sa classe politique, symptôme le plus éloquent de cette blessure du Congo.


Introduction

Quand les scandales éclatent en République Démocratique du Congo, on ne s’étonne plus, on y retrouve que des versions améliorées des anciens scandales qui rivalisent les unes les autres en malice, en gravité et en horreur et ce dans tous les aspects de la vie nationale : éducative, politique, sociale, économique, spirituelle, culturelle, jusqu’à la vie des citoyens …  Partout en RDC, la vanité a revêtu des caractères multiples et se présente de mille façons différentes, chez les jeunes comme les adultes, chez les intellectuels comme chez les travailleurs, chez les désœuvrés comme chez les hommes d’affaires, dans la vie sociale, la finance et pire dans la politique. Dans celle-ci, c’est sur le fumier d’une classe politique en pleine décomposition, avide de jouissances d’autant plus intense qu’elle est plus blasée, pourrie jusqu’aux moelles, que poussent ces vénéneux parasites à graines d’épinards, qui puent à cent kilomètres la vénalité, la trahison, la recherche du gain facile, l’opportunisme et la médiocrité. Les tripoteurs sont maitres du pays, ont la main sur le Congo, sur la République, sur les caisses de l’État.

Tout est bon, pourvu que leurs poches soient pleines et que leurs portefeuilles débordent des billets et les actions des sociétés plus ou moins véreuses. Les contribuables  et les actionnaires sont chargés de payer. Autour d’eux, au-dessous d’eux, au-dessus d’eux, la corruption. Léopoldiens, c’est-à-dire capitalistes et prédateurs, nos dirigeants semblent n’avoir pas besoin d’idées, ni de sens du devoir, ni de sens de l’honneur. Les faits leurs suffisent : ils ne cherchent qu’à diriger tous les canaux de la richesse, ils ne voient dans la République Démocratique du Congo qu’un champ d’exploitation, au détriment des vies s’il le faut, comme ça l’a toujours été depuis le sinistre Léopold II, de sorte qu’il est devenu douloureusement banal de constater comment un repli sur soi a exaspéré toutes les vanités humaines dans cette société hédoniste et de consommation qu’est devenu le monde quand nous, nous n’avions même pas encore fait une organisation sociale et politique résiliente, doublant le problème. Comme résultat de ce snobisme qui s’en tient à la devanture des dirigeants et des hommes en général est né une vraie culture du vol dans notre pays.

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Redisons le : cupidité et vanité, sœurs jumelles, tatouages indélébiles, mères nourricières de tous vices, sont devenues les marques de notre société. Un mal a su les exprimer : la propension à paraitre. Et un signe insoupçonné les porte : le prestige du grade. En effet, dans cette mégère société, entre autres éléments, ce qui choque le plus, c’est cette disproportion que l’on sent partout entre la valeur individuelle (celles du cœur et de l’esprit qui seules devraient compter) et la valeur sociale, c’est-à-dire entre le mérite et le rang; entre les qualités humaines et l’avoir, entre l’être et l’avoir/ou le paraitre, disproportion qui est aggravé par le fait que les situations sont moins dues à la capacité qu’à l’intrigue ou au favoritisme, au savoir qu’au savoir-faire. Par conséquent, peu des gens sont à leur vraie place. Il semble que jamais nous n’ayons eu autant de goût pour la gloire, la richesse, et le pouvoir et ce à n’importe quel prix. Peu d’hommes, aujourd’hui, peuvent se permettre de dédaigner les rubans et les titres, s’ils tiennent aux égards de leurs semblables. C’est un signe des temps : nul ne se contente plus “d’être quelqu’un”, d’avoir des valeurs, on veut “Être quelque chose”.

Mais comment en est-on arrivé là ?

La politique, une tentation permanente même pour les justes

Le triste constat ci-haut décrit, nous ne le faisons pas en ignorant qu’un acteur politique actuel ne peut être totalement intègre, et que c’est une satire sanglante à l’adresse de tous ceux qui le sont quand appeller ceux qui occupent ces responsabilités des “hommes justes’’, des “mains propres’’, etc. Non pas parce qu’aucun n’est personnellement probe, mais parce que le système est si profondément immoral, que l’on ne voit pas qui peut s’y réclamer d’un principe moral quelconque. En fait; une présidence de la République, un mandat de ministre ou de sénateur, de député, de conseiller, sont autant des tentations perpétuelles de sales compromissions et de louches trafics.

On y peut rien, c’est la logique même des choses, surtout dans un pays comme le nôtre, de tous les enjeux. Ainsi, sans confondre l’honnêteté personnelle avec l’honnêteté politique et financière (qui souvent consistent uniquement à réussir, et dont c’est se placer à un point de vue faux par trop d’étroitesse d’esprit), nous soutenons que de même qu’aucune puissance humaine ne peut empêcher aux hommes d’argent de faire des affaires; de même aucune puissance humaine n’empêchera que les hommes politiques soient sollicités par les hommes d’argent, aient la tentation de les écouter, et succombent parfois (souvent chez nous) à la tentation. Sommes-nous entrain de justifier la société immorale et de célébrer le caractère amoral de la politique? Absolument pas. Nous sommes entrain de dire juste que si quelque chose est radicalement absent dans notre pays, c’est précisément l’honnêteté personnelle et un fonctionnement y contraignant.

Aux origines de la crise des valeurs

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Nous retenons de l’histoire de notre pays, depuis la rencontre toxique de notre civilisation africaine avec celle occidentale qui avait construit sa relation avec nous sur la division et la corruption à coté du pillage, qu’un déracinement culturel et civilisationnel total avait été fait quant aux valeurs humaines personnelles et dans la gestion, et qu’un individualisme sot fut directement encouragé chez les dirigeants qui étaient en permanence corrompus au détriment de leur peuple et de leurs sociétés. Après l’esclavage, vint “l’État Indépendant du Congo”. Pour l’argent, un double génocide (culturel et physique) sera fait. La cruelle domination ayant trop durée, elle a comme causée une acceptation-adaptation de l’homme congolais à la situation qui lui était imposée.

A sa suite, la Belgique poursuivra la terreur et le déracinement. Depuis, les signes de déchéance morale ne sont plus à démontrer : l’âme africaine, perturbée par des longues périodes d’asservissement et des modèles immondes est totalement transformée et envahie par l’égoïsme des individus qui la composent. C’est ainsi qu’un régime corrompu et de prédation (née du mariage des tares sédimentées de l’esclavage, de la prédation léopoldienne, de la colonisation, de la dictature, puis la nouvelle guerre d’agression et de la corruption) ne peut qu’être le plus favoris dans l’esprit malade du Congolais  : une véritable jungle a été érigée en société, assassinant les justes, couronnant les opportunistes, les criminels et les démagogues, faisant le lit de la corruption, des compromissions, et des détournements, à l’image du colonisateur. Les lâchetés, les trahisons et les tricotages des politiciens, la vénalité des intellectuels, renchérissant fâcheusement sur les maladies, les tares et les appétits des bandes, ont achevé de vicier le rouge et pétillant sang du Congo.

En présence de la faillite morale de nos dirigeants, on perçoit l’affaissement de tout notre peuple, et devant le spectacle attristant qu’offre notre société, on est en droit de se demander si le peuple africain n’est  pas à jamais déchu de son rôle civilisateur, si une fois tombée au lupanar il n’en est pas pour un peuple comme pour une femme.

L’Âme perdue de l’Afrique

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Nos “républiques” des déracinés font regretter à tout observateur soucieux des valeurs l’organisation des sociétés africaines traditionnelles. En effet, à l’origine, en Afrique, tous les membres de la société et de façon plus incisive ceux qui étaient appelés à exercer des grandes fonctions, étaient initiés au sens de la vie, et recevez la responsabilité en toute conscience de la divinité de la Parole et de la sacralisé de leur mission. “La parole est divinement exacte, il convient d’être exact avec elle. … La langue qui fausse la parole vicie le sang de celui qui ment” La Parole est ici la Force, le Véhicule de la Force créatrice, elle est l’œuvre et la Pensée. Le sang symbolise lui la force vitale intérieure, dont l’harmonie est perturbée par le mensonge. “Celui qui gâte sa parole se gâte lui-même”. Il est dit encore dit: “Fais attention à ne pas te couper de toi-même. Il vaut mieux que le monde soit coupé de toi plutôt que toi coupé de toi-même”. Quand on pense une chose et qu’on en dit une autre, on se coupe d’avec soi-même. On rompt l’unité sacrée, reflet de l’unité cosmique, créant ainsi la disharmonie en soi comme autour de soi (Amadou Hampâté Bâ, Histoire générale de l’Afrique – Tome I, UNESCO).

Plus que tous les autres hommes, les leaders à tous niveaux, étaient tenus au respect de la vérité. Comme on le voit (démagogues), le mensonge était non seulement une tare morale, mais un interdit rituel dont la violation interdirait de pouvoir remplir une fonction. L’interdit rituel du mensonge frappais plus particulièrement tous les «officiants» à tous les degrés, à commencer par le père de famille qui est le sacrificateur ou l’officiant de sa famille, en passant par le forgeron, le tisserand ou l’artisan traditionnel, jusqu’au roi. Un menteur ne saurait donc être un initiateur, ni un Chef, la condition essentielle étant d’être soi-même en harmonie avant de manipuler les forces de la vie. …

Car si la Parole, comme nous l’avons vu plus haut, est considérée comme l’extériorisation de la vibration des forces intérieures, à l’inverse, la force intérieure naît de l’intériorisation de la parole. On comprend mieux, dans cette optique, l’importance donnée par l’éducation africaine traditionnelle à la maîtrise de soi. Parler peu était la marque d’une bonne éducation et le signe de la noblesse. Le jeune garçon apprenais très tôt à maîtriser l’expression de ses émotions ou de sa souffrance, à contenir les forces qui sont en lui (dont ses désirs), à l’image du Maa primordial (Dieu) qui contenait en lui-même, soumises et ordonnées, les forces du Cosmos. De l’homme maître de lui-même on disait : «C’est un Maa», c’est-à-dire un homme complet.

Ubuntu, la philosophie vécue de l’africain

Le déracinement de l’africain l’a été surtout dans sa vision du monde et donc dans son rapport à l’altérité. Le synonyme de Humanisme dans la pensée africaine est Ubuntu (Bomoto ou Umuntu), selon l’ancien chef du gouvernement zambien, le Dr Kenneth Kaunda. C’est est une philosophie africaine qui met l’accent sur «être humain à travers les autres» – «Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous». C’est une éthique sociale et humaniste. Selon l’archevêque Desmond Tutu, auteur de Reconciliation: The Ubuntu Theology : «Quelqu’un d’ubuntu est ouvert et disponible pour les autres» car il a conscience «d’appartenir à quelque chose de plus grand». C’est le fondement des relations sociétales de l’Afrique. Des dictons tels que “je suis humain parce que j’appartiens” et “je suis parce que nous sommes” expriment ce principe. Cela signifie que dans la philosophie africaine, un individu est humain s’il dit que “je participe, donc je suis”.

Samkange et Samkange (1980) mettent en évidence les trois maximes de l’ubuntuisme. La première maxime affirme qu’être humain, c’est affirmer son humanité en reconnaissant l’humanité des autres et, sur cette base, établir avec eux des relations humaines respectueuses. La deuxième maxime signifie que si et quand on est confronté à un choix décisif entre la richesse et la préservation de la vie d’un autre être humain, alors on devrait opter pour la préservation de la vie. La troisième maxime, en tant que principe profondément ancré dans la philosophie politique africaine traditionnelle, dit que le roi doit son statut, y compris tous les pouvoirs qui lui sont associés, à la volonté du peuple sous lui.

Divers mots ont été utilisés pour décrire la présence d’ubuntu. Certains d’entre eux sont la sympathie, la compassion, la bienveillance, la solidarité, l’hospitalité, la générosité, le partage, l’ouverture, l’affirmation, la disponibilité, la gentillesse, l’attention, l’harmonie, l’interdépendance, l’obéissance, la collectivité et le consensus. Ubuntu est opposé à la vengeance, opposé à la confrontation, opposé à la rétribution et Ubuntu valorise la vie, la dignité, la compassion, l’humanité, l’harmonie et la réconciliation (Hailey, 2008 ; Wichtner-Zoia, 2012 ; Tutu, 2008).

Mais alors, que faire pour l’avenir du pays?

Notre thèse centrale est que la solution à la crise des valeurs se trouve dans la l’éducation au leadership éthique et sa promotion, ainsi que dans une justice indépendante et dissuasive. Nous pensons que l’avènement de ce leadership éthique passe par une éducation intégrale, la réforme de notre organisation politique et l’indépendance de la justice. Oui, il faut une nouvelle organisation politique à notre pays, qui garantisse une indépendance complète du pouvoir judiciaire. Il faut donc déconstruire le faux régime républicain dans sa forme que nous avons en RDC.

En effet, on le sait, la malfaisance humaine est grande, le mal est dans les hommes; mais il fleurit grâce aux institutions. S’il est des formes d’organisation nationale qui sont impuissantes à réprimer la corruption et antivaleurs des hommes politiques, il en est qui les favorisent et il en est d’autres qui sont forcés par leur intérêt même de s’y opposer et qui se créent les moyens de les réprimer. Nous pensons que, les formes d’organisation politique qui consacrent le suffrage universel comme source de pouvoir, où le pouvoir et la responsabilité sont réparties sottement (des gens capables de tout mais jamais responsable de rien); et où le pouvoir judiciaire n’est pas totalement indépendant, … sont des meilleurs ferments de la concussion entre les centres d’intérêts et les ambitieux. Or et pire dans notre pays, le suffrage universel est consacré dans les mots sans contrepoids judiciaire indépendant.

Cette organisation de notre société est donc un des éléments clés qui permettent l’âge d’or des brasseurs d’affaires, des financiers véreux et des politiciens prévaricateurs : il faut repenser notre organisation politique.  Par ailleurs, une vraie culture démocratique doit être exigée, car, nous l’avons vu, les dirigeants comme les autres hommes ont de mauvais côtés qui peuvent devenir dominants pour de nombreuses raisons, notamment le fait que dans une société où la corruption est tolérée, les dirigeants sont susceptibles de voler les ressources publiques, alors que dans une société où la corruption n’est pas tolérée, les dirigeants sont moins susceptibles de mal performer.

De même, l’influence des suiveurs et des alliés proches a également un impact sur la façon dont les leaders se conduisent, les suiveurs à bien des égards peuvent être responsables d’inciter un bon leader à agir de manière contraire à l’éthique. Ainsi, nous pensons que les formes politiques où le pouvoir judiciaire est véritablement indépendant des suffrages et où l’éducation du peuple est vraiment élevé, ont un intérêt primordial et constitutionnel à ce que le peuple ne soit pas dépouillé, à ce que le peuple jouisse en paix du fruit de son travail, à ce que son épargne soit à l’abri des voleurs : qui vole le peuple, les vole en ébranlant la confiance publique ce qui les pousserait dans les mains de la justice.

Il faut à coté de cette réorganisation, une reconstruction de l’homme par une forte et complète éducation qui réalise une véritable reconversion des esprits vers le “sens commun”, plus fort que l’individu, il faut une véritable “Religion de la patrie”! Car enfin de compte, la bataille de la reconstruction de notre pays et de l’Afrique, sont essentiellement ceux des  des écosystèmes mentaux. En fait, nous sommes convaincus que tout relèvement durable, il faut bien le dire, sera impossible, tant que les Congolais ne seront pas convaincu de la relation étroite et directe qui existe entre les maux qui nous accablent et la débâcle morale et de l’esprit de l’homme congolais.

Il faut ensuite faire réaliser comment il doit promouvoir les hommes de valeurs, mais aussi comment il doit faire le choix parmi les aspirants à la direction de ses intérêts vitaux. Car, ce n’est pas des rhéteurs et harangueurs grandiloquents de la république des ‘je suis quelque chose’ dont on a besoin aujourd’hui, mais des semeurs et prophètes intègres d’un Nouveau Congo, du Kongo, droits de cœurs et profondément ancrés dans les béatitudes (pour résister aux tentations), et capables de s’unir sans compromissions, conscients que sans cela la persistance de la non-pensée  et des palabres politiques que sait offrir notre classe politique actuelle, additionné au vide en vrais hommes et femmes, véritables leaders, scellera la mort de notre pays dans le temps.

Conclusion

La refonte de notre pays est intimement liée à l’entente loyale, c’est-à-dire sérieuse et désintéressée entre les vrais leaders et notre peuple. Et quelque grands que puissent paraitre les efforts qu’exige cette transformation, il faut les accepter avec joie, en acceptant d’être les derniers, sans titre mais en servant de tout son être, et en ayant le titre tout en acceptant de laisser place au meilleur de tous, par la grande convergence d’intelligences et d’esprits et et tout ceci exige un niveau moral de tout premier ordre et une culture de la reconnaissance mutuelle.

La Nation que nous voulons n’est donc pas celle qui recherche la paix et la prospérité en terrorisant et en pillant, mais celle qui poursuit des valeurs universelles résumée dans l’Ubuntu, valeurs qui doivent façonner de nouveau notre société et dont les textes ne sont que la formalisation. Mais ce que nous souhaitons ne sera jamais accordé. Nous n’avons donc pas tord quand nous invitons notre peuple à s’organiser pour faire l’épuration sociale. Car, il en est certaines gens comme des bouteilles sales, on les rince avec du plomb.

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