RDC : la cause de Floribert Chebeya et de Fidèle Bazana de retour devant la Justice

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Pendant six ans, les parties civiles ont attendu que le dossier rebondisse. Ce mercredi 22 septembre, un nouveau procès en appel s’est ouvert à Kinshasa dans l’affaire de l’assassinat du célèbre défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya et de son collègue Fidèle Bazana, le 1er juin 2010. L’audience publique, qui s’est déroulée à la prison militaire de Ndolo, avait été convoquée par la Haute cour militaire la veille, en réponse à l’appel interjeté par deux protagonistes de l’affaire: le major Christian Ngoy Kenga Kenga et le sous-commissaire adjoint Jacques Mugabo.

«L’audience a eu lieu, l’affaire est renvoyée à deux semaines pour permettre aux prévenus qui comparaissent pour la première fois, Kenga Kenga et Jacques Mugabo de se pourvoir d’avocats et aussi d’atteindre la République. Ils ont comparu sans avocats, alors que les faits pour lesquels ils sont poursuivis peuvent être punis de la peine de mort. Et dans ce cas la loi oblige qu’il soit assistés. La haute cour va demander au barreau de leur assigner des avocats Pro Deo», a déclaré à ACTUALITE.CD, l’avocate de la partie civile, Marie Louise Okako.

L’Affaire Chebeya, un crime d’État ?

Floribert Chebeya avait été convoqué le 1er juin 2010 à l’Inspection générale de la police à Kinshasa pour rencontrer son responsable, le général John Numbi, selon plusieurs témoignages. Son corps avait été retrouvé le lendemain dans sa voiture, les poignets portant des traces de menottes. Celui de son chauffeur Fidèle Bazana n’a jamais été retrouvé. L’assassinat de Floribert Chebeya avait alors conduit à des appels pour une enquête de la part de plusieurs organisations, dont Amnesty International et plusieurs hauts fonctionnaires de l’ONU, y compris Ban Ki-moon, Navi Pillay, Alan Doss et Philip Alston.

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Plusieurs hauts responsables de la police nationale sont suspendus de leurs fonctions au cours de l’enquête. Le , le général 3 étoiles et chef de la police congolaise John Numbi est suspendu de ses fonctions à titre conservatoire et placé en résidence surveillée pour besoins d’enquête. 

Floribert Chebeya pose le 07 avril 2005, lors d’une visite à Bruxelles. Photo © ETIENNE ANSOTTE / BELGA / AFP. Le procès des assassins présumés s’ouvre le à Kinshasa devant la cour militaire, puis se poursuit devant la Haute cour militaire. Le , la Haute cour militaire refuse d’examiner les éventuelles implication du général Numbi. En , l’ancien responsable de police Paul Mwilambwe demande son extradition pour être jugé en République démocratique du Congo, comme témoin de l’assassinat de Floribert Chebeya. Dans un entretien donné à RFI le , il raconte que «c’est le président Kabila qui est le donneur d’ordre, le général John Numbi le commanditaire et le major Christian Ngoy l’acteur principal» de l’assassinat. En avril 2021, John Numbi est officiellement poursuivi par la justice militaire pour «association de malfaiteurs» et «assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana».

Nouveaux témoins

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” ... Si l’affaire rebondit à nouveau six ans après, c’est avant tout grâce aux nombreuses avancées survenues au cours de ces derniers mois. En juillet 2020, le général quatre étoiles John Numbi – inspecteur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) visé depuis 2016 par des sanctions internationales – est écarté de son poste et laissé sans nouvelle affectation. Rentré dans sa ferme de Lubumbashi, il assiste quelques semaines plus tard à l’arrestation du major Christian Ngoy Kenga Kenga, interpellé dans la capitale du Haut-Katanga sur la base d’un mandat de la justice militaire. Proche collaborateur de Numbi depuis plusieurs années, il est soupçonné d’être le chef du commando qui a tué Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.

En février dernier, c’est un autre membre présumé de ce commando, le policier Jacques Mugabo, qui a été arrêté, tout comme le brigadier-chef Doudou Ilunga, interpellé le 24 août. Les trois hommes ont en commun d’avoir été interpellés à Lubumbashi, où plusieurs membres du commando auraient été exfiltrés après le meurtre. Ils appartiennent  surtout au redoutable bataillon Simba, sorte de police dans la police aux ordres de Numbi, dont Christian Ngoy Kenga Kenga était le commandant. Outre ces arrestations, l’attention autour de ce dossier a surtout été relancée par les témoignages de trois policiers en exil, Hergil Ilunga, Alain Kayeye Longwa d’abord, puis Erick Kibumbe Banza, dit Saddam. Ils ont, pour la première fois, reconnu leur participation au double assassinat.”, relève Jeune Afrique.

L’ONG La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV), la structure dont Floribert Chebeya était fondateur et président a salué la reprise du procès et a exhorté «la haute cour militaire à contribuer positivement à la lutte contre l’impunité des crimes touchant les défenseurs des droits humains en République Démocratique du Congo».

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Guellord Kamangu.

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