Néomalthusianisme et politiques de dépopulation : enjeux

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On nous rebat les oreilles avec la surpopulation. La bombe démographique qui menace de nous exploser à la figure, 232.000 terriens de plus chaque jour, 10 milliards d’êtres humains à l’horizon 2050. Les scientifiques, les ingénieurs se creusent le ciboulot pour imaginer des moyens de nourrir et loger tout ce monde. Pourtant, dans les décennies à venir, ce n’est plus la surpopulation mais la dépopulation qui menacera la planète. Car après le pic des années 2050-2060, le scénario s’inversera. Si cela est bien connu, pourquoi l’oligarchie mondialiste insiste, persiste et signe qu’il faut un plan et des actions coercitives de réduction de la population mondiale ? (pour “sauver la planète”). Pour vous faire une idée sur les véritables enjeux, nous traduisons ici un article de Frédérique Vereycken publié dans Executive Intelligence Review en 1994.

Article original : Frédérique Vereycken, Malthusians hit Paris with drive, for depopulation and genocide, Executive Intelligence Review – Volume 21, Number 2, January 7, 1994.


Les 6 et 7 décembre 1993, le premier colloque “Equilibrium and Population” (Equilibre et population) s’est tenu au Sénat français. Cette association, récemment créée par un groupe de médecins-journalistes, a bénéficié d’un soutien institutionnel important pour le symposium de la part de la Communauté européenne, de la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF), du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA ou FNUAP), de la Fondation Rockefeller et de Population Action international.

La réunion fait partie de la préparation de la troisième conférence mondiale des Nations Unies sur la population, qui se tiendra au Caire, en Égypte, en septembre 1994. Comme indiqué dans l’article précédent, l’objectif de la conférence des Nations Unies est de forcer l’acceptation internationale de la population obligatoire objectifs de réduction, comme condition de l’octroi d’aides et de prêts à toutes les nations – en particulier les nations du tiers monde. Ce programme équivaut à un véritable génocide.

L’objectif de l’association Équilibre et Population, selon les mots de sa présidente Mme Tesson-Millet, est de “sensibiliser le public et de mobiliser les politiques sur le problème de la croissance démographique”. Ce fut l’occasion de réunir les meilleurs becs malthusiens de France, pays encore relativement réfractaire à l’idéologie de la “croissance zéro”. Les discours présentaient une vision catastrophique du monde, un refus de toute référence aux problèmes économiques et politiques, et une grande réticence à révéler les dérives de certains programmes de “planning familial”.

Dans un premier temps, quelques chiffres ont été présentés. Selon l’UNFPA, trois enfants naissent chaque seconde, et la population mondiale, qui est aujourd’hui d’environ 5,57 milliards, passera à 6,2 milliards en l’an 2000, et à 11,6 milliards en 2200. De l’avis de tous les participants à la conférence, une telle croissance augure d’une catastrophe future. Parviz Khalatbari, professeur à l’université Humboldt de Berlin, qui parlait d’«apocalypse», expliquait ainsi son pessimisme : «Notre Terre est une petite planète aux ressources limitées, aux terres limitées, aux possibilités limitées. Tout cela n’est tout simplement pas compatible avec un nombre illimité croissance démographique». Le professeur Elie Schneour, directeur d’un institut de recherche et membre de la société Cousteau, a sans vergogne déterré les théories discréditées du pasteur britannique du XVIIIe siècle Thomas Malthus : «Le taux de procréation humaine est géométrique et celui des stocks alimentaires est arithmétique». Nous vivons, disent ces “chercheurs», dans un réservoir de ressources fixes, déjà épuisé, et toute croissance démographique ne pourrait que détruire «écosystème». Selon les statistiques de l’UNFPA, sous la «pression démographique», 10 000 espèces disparaîtraient chaque année ainsi que 20 millions d’hectares de forêt, l’effet “de serre” produit par l’activité humaine augurant d’une catastrophe climatique.

L’explosion démographique provoquerait la faim, le chômage et l’exode rural. Ainsi, l’augmentation du nombre de personnes serait à l’origine de tous les maux qui affligent ce que M. Mahler, le président de l’IPPF, appelle le «village global». Le Dr Segal du Population Council se présente comme le «plus optimiste». Il ne nie pas que dans certains cas, comme l’Inde, le niveau de vie aujourd’hui se soit amélioré au cours de la période où la population mondiale n’était que de 2 milliards. Mais alors il écarte l’exemple : «Une Inde où il y aurait un demi-milliard d’habitants en l’an 2000, ce qui est déjà énorme, au lieu du milliard auquel il faut s’attendre, pourrait catalyser un haut niveau de développement». Dans tous ces cas, l’être humain est considéré comme un fardeau à porter et non comme une source de richesse. Pour Segal, «Il est évident que la quantité de vies humaines a un effet négatif sur la qualité de vie. Pour un pays en développement avec une population croissante, comme Alice au pays des merveilles, il faut courir plus vite pour pouvoir rester immobile. Pour atteindre les objectifs nationaux, la meilleure stratégie consiste à équilibrer le nombre de personnes et leurs besoins avec les ressources disponibles». Cette notion d’équilibre est précisément celle que l’on utilise lorsqu’on étudie un écosystème composé d’animaux !

Le Dr Maurice King ne cache pas son modèle bestial dans sa définition du «piège démographique» : «Une population est prise dans un piège démographique lorsqu’elle doit dépasser ou est projetée de dépasser la combinaison des éléments suivants : la capacité d’une écosystème pour faire vivre la population, capacité à obtenir des produits issus d’autres écosystèmes, capacité à migrer vers d’autres écosystèmes pour maintenir son niveau de vie». Si vous vouliez décrire une population de moutons isolée sur une île déjà saturée de moutons, vous utiliseriez exactement ces termes.

La différence entre l’homme et la bête

Quel est le piège de la philosophie malthusienne? Malthus et ses disciples ont oublié une chose : la différence entre l’homme et la bête. Cette différence s’appelle la créativité humaine et elle permet, à travers l’invention de nouvelles technologies, de définir de nouvelles ressources et d’ouvrir de nouveaux degrés de liberté dans l’utilisation de la nature par l’homme. De ce point de vue la notion de ressources limitées est fausse, car elles ne se définissent pas par elles-mêmes, mais par l’action humaine sur l’univers. La seule condition à remplir pour que l’humanité poursuive ce progrès est celle de créer les conditions qui rendent possible le processus de découverte/développement. Toutes ces questions économiques et politiques ont bien entendu été écartées par ce symposium.

L’objectif de l’UNFPA semble être exclusivement la limitation des naissances, selon le Dr Nafis Sadik, sa directrice exécutive : «Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’il y ait un développement économique pour atteindre une baisse de la fécondité». Toute mention de l’austérité économique imposée au tiers-monde est donc exclue. Le Dr Sinding, de la Fondation Rockefeller, représente très bien cette nouvelle “école” de la démographie. Il prétend que la transition démographique (passage à une situation où les taux de natalité et de mortalité sont faibles) peut s’opérer en dehors de tout progrès économique et n’est pas liée au niveau de développement. Il raconte : «Dans les années 1960, les premières politiques de planification familiale et le climat d’urgence qu’elles reflétaient ont révélé la possibilité de conflits entre les projets des individus en matière de procréation et les objectifs démographiques des gouvernements dont l’objectif était de diminuer rapidement la natalité. Ce potentiel de conflits était renforcé par la conviction que les programmes de planification familiale ne seraient pas efficaces sans de grandes transformations économiques et sociales. Les pessimistes ont développé des théories impressionnantes et convaincantes sur les raisons qui poussaient les couples pauvres et sans instruction à avoir besoin de beaucoup d’enfants. Cependant, il semble évident que les théories sur les causes économiques et sociales d’une fécondité élevée n’ont pas permis de mesurer l’ampleur des grossesses et des naissances non désirées dans la plupart des pays concernés. Malheureusement, le poids accordé par les experts aux investissements destinés à réduire la pauvreté ont conduit la plupart des agences donatrices à sous-investir dans les ac de planification familiale activités au cours de ces 20 dernières années».

La priorité doit être accordée au développement

Ce nouveau concept de “transition démographique” est une idée anglo-saxonne, et trouve peu d’écho en France. Même lorsqu’ils partagent la notion malthusienne de ressources limitées, les démographes français brident ces extrêmes d’irrationalité, insistant sur le lien entre le nombre d’individus, la taille de la famille et le niveau de vie. Il suffit d’étudier l’histoire de la transition démographique en Europe. Ainsi, pour Jacques Veron de l’Institut national d’études démographiques, «la pauvreté dans les pays du tiers monde n’est pas seulement une conséquence de la croissance démographique mais en est aussi une cause. … L’expérience des 40 dernières années montre qu’il a été possible de modifier radicalement l’évolution de la fécondité en mettant en place des politiques de limitation des naissances : Le changement démographique ne se produit pas en dehors d’une transformation du contexte économique et social. Pour que les rationalités se modifient et que de vrais choix s’exercent, un développement minimal est indispensable. Il faut donc donner la priorité au développement». Le professeur Vinokur de l’Université de Nanterre (Paris) a également expliqué que la transition démographique ne peut se faire sans développement. Les deux chercheurs français ont été violemment attaqués et presque ridiculisés pour cette approche, notamment par Sinding.

Pourquoi une telle férocité pour éluder toute référence aux conditions économiques auxquelles sont soumis les pays en développement ? Derrière les diatribes démagogiques et féministes sur une soi-disant «demande insatisfaite des femmes en matière de planning familial», si chère à M. Sinding, le nom du jeu est d’éviter à tout prix toute remise en cause de la politique menée par les grandes institutions financières ( Fonds monétaire international, Banque mondiale, etc.) vers le tiers monde. Il n’y a aucune légitimité à l’endettement écrasant de ces nations, victimes impuissantes de la hausse vertigineuse des taux d’intérêt et de la chute des prix des matières premières.

Mais pour sauver le système financier mondial et sa folle logique monétariste, les «élites» financières doivent poursuivre cette politique de pillage et empêcher tout véritable développement. La politique consiste à considérer le tiers-monde comme un simple réservoir de ressources et est cohérente avec la philosophie malthusienne professée par les milieux financiers. Du point de vue malthusien, la seule “aide” appropriée est d’aider à réduire le nombre de mangeurs inutiles.

Véritables objectifs cachés

Comment cette politique de dépopulation a-t-elle pu être acceptée ? D’abord parce que la véritable dérive du planning familial et les mesures coercitives sont habilement maquillées. Ainsi, dans ce symposium, Mechai Viravaidya (président de Population et Développement Communautaire, le PDA) est venu présenter fièrement le «modèle thaïlandais». «En Thaïlande, le taux de croissance annuel est passé de 3,2% en 1973 à 1,3% en 1993», a déclaré Mechai, mais il n’a rien présenté sur les méthodes utilisées. Le rapport de 1990 de la Banque mondiale donne les détails : «Des marathons de vasectomies ont eu lieu les jours fériés et le jour de l’anniversaire du roi. En 1983, une équipe de 40 médecins et 80 infirmiers réalisent un record de 1 180 vasectomies pendant les vacances. Le PDA garantit des services de vasectomie gratuits, confortables et efficaces dans les dispensaires et les unités mobiles. De juillet 1980 à juin 1984, quelque 25 412 vasectomies ont ainsi été réalisées. Les ménages qui pratiquent la planification familiale peuvent louer des buffles pour travailler leurs champs à moitié prix. Ils sont incités à vendre leurs produits par l’intermédiaire du service de planification familiale à des prix 90% de ceux pratiqués par les intermédiaires ordinaires, et à acheter des engrais et des semences à 30% de moins que ce qu’ils paieraient sur le marché. les villageois qui pratiquent la contraception baissent les tarifs d’acheminement de leurs produits vers les marchés et libèrent les cochons de lait». Compte tenu des conditions de vie, qui pourrait parler de «libre choix» ?

Lire aussi : Scénarios de fécondité, de mortalité, de migration et de population mondiales à l’Horizon 2100 : enjeux et défis.

Le cas du Brésil a été à peine mentionné, bien que selon le député Ervin Bonkoski de l’Assemblée nationale française, ces dernières années, plus de 20 millions de femmes brésiliennes ont été stérilisées, parmi eux des femmes très pauvres qui peuvent ignorer le caractère irréversible de l’opération ou ne rien savoir du tout.

Le Dr Segal, qui dirigeait l’équipe originelle de chercheurs qui a produit le Norplant (l’implant contraceptif qui rend une femme stérile pendant cinq ans), est passé sous silence les vives polémiques suscitées par l’utilisation de ce moyen de contraception dans des conditions douteuses. dans les ghettos noirs des États-Unis. Silence total sur les conditions de réalisation des programmes de planning familial sur le terrain, tandis que le grand public est nourri de discours sur les droits de l’homme. “Le droit des individus et des couples de déterminer librement le nombre de naissances et de disposer des moyens de leur choix a été reconnu pour la première fois en 1968 et ce droit de la personne humaine a été accepté presque par le monde entier”, rapporte l’un des les brochures du FNUAP.

Le deuxième “facteur d’acceptation” de cette politique de dépeuplement du tiers-monde est le pessimisme culturel. Il en résulte que l’axiome de Malthus sur la limitation des ressources est de plus en plus largement accepté, y compris par les scientifiques représentés au colloque du Sénat par le professeur F. Gros (secrétaire permanent de l’Académie des sciences de France). Il a rendu compte d’une réunion des académies scientifiques mondiales qui s’est tenue cette année et qui a complètement emprunté la voie malthusienne.

Pour conclure, examinons l’objet de cette réunion au Sénat français. D’abord, pour tous ces pousseurs de la planification familiale, c’était l’occasion de faire le bilan de 30 ans d’activités. Le Dr Sadik de l’UNFPA a parlé d’un “optimisme prudent”. Malheureusement, elle a de quoi se vanter. Aujourd’hui, les femmes du tiers monde ont 3,5 enfants chacune, contre 6 en 1965. Le taux d’utilisation des contraceptifs (toutes méthodes y compris la stérilisation) est passé, durant la même période, de 8 % à 50 %. Depuis 1975, le taux de croissance de la population mondiale est resté inchangé à 1,7 %. Les “meilleurs” résultats, selon le Dr Segal, ont été obtenus en Thaïlande, en Indonésie, au Mexique, en Colombie, au Brésil et au Bangladesh.

En septembre 1994 aura lieu la troisième conférence mondiale des Nations Unies sur la population. Le colloque “Equilibre et population” au Sénat français s’inscrit dans sa démarche. Déjà, les objectifs ont été définis. Selon l’étude du Dr Segal du Population Council, «Si les Nations Unies estiment que la population mondiale atteindra quelque 6,7 milliards de personnes d’ici dix ans, un seuil à ne pas dépasser, il faut approvisionner le Tiers-Monde dans les dix prochaines années avec 50 milliards de préservatifs, 11 milliards de pilules contraceptives, 178 millions de stérilisations et 400 millions d’implants Norplant». De plus, l’objectif à long terme est la croissance zéro, car, selon Segal, «le tiers monde a déjà fait la moitié du chemin vers le niveau de remplacement simple».

Pour atteindre cet objectif, Joseph Speidel, président de Population Action International (PAI), plaide pour une augmentation massive du budget mondial annuel de la planification familiale. De 4,6 milliards de dollars aujourd’hui, il demande de dépenser 11 milliards de dollars par an jusqu’en l’an 2000. Le tiers monde fournirait la moitié de cette somme, le reste devant provenir des pays développés. Dans sa brochure sur la planification familiale et les pays donateurs, le PAl déplore «que dans certains pays l’Église catholique ou les convictions religieuses de tel ou tel fonctionnaire de la bureaucratie de l’aide aient exercé une influence en coulisse qui a empêché les gouvernements d’agir plus activement soutenir les interventions de planification familiale à l’étranger». La France est une cible particulière car elle n’a consacré que 0,03% de son budget total d’aide au Tiers-Monde à la planification familiale et, selon P.A.l, «elle n’a pratiquement pas d’experts en population dans ses services d’aide extérieure». La France est donc «invitée» par P.A.l à revaloriser sa contribution à la régulation des naissances.

Développement ‘durable’

Outre l’obtention d’une croissance zéro, l’objectif est l’adoption d’un modèle de «développement économique» dit de développement « durable ». Un document de l’ONU sur la population et l’environnement dit : «Une fois que la corrélation entre la croissance et la répartition de la population et la dégradation de l’environnement sont admises comme facteurs dans l’équation économique, les perspectives de développement futur sont profondément modifiées. Il se pourrait que nous ayons accompli des progrès dans le passé qui coûtent très cher à l’avenir. Certaines analyses remettent en cause la notion même de croissance économique détachée de la dépense des ressources disponibles. Une grande partie de ce qui a été prélevé pour le développement économique pourrait s’avérer illusoire à terme, obtenue au prix de schémas technologiques qui ne font que repousser le jour où il faudra passer à la caisse et payer les frais cachés».

Le développement «durable» est celui qui prend en compte la soi-disant limitation des ressources et les soi-disant effets néfastes de l’homme sur la nature. L’équation économique est celle de Paul Ehrlich (Stanford University) : I = PxAxT, où I représente l’impact de l’homme sur l’environnement ; P la population (chiffre absolu, croissance) ; A la Une consommation par habitant ; et T la technologie. Le but du développement “durable” est celui de diminuer I – donc, de diminuer le nombre de personnes, leur consommation individuelle, et le niveau technologique !

Le résultat d’une telle politique sera un génocide sous couvert de préservation de l’écologie. Son but est la destruction de toute économie physique, y compris celle des pays développés, et l’élimination d’une partie de la population mondiale.

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