RDC : la Jeunesse et la Politique – entre illusion et déception, l’audace de l’autonomie

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Pris entre une politique-spectacle où les règles échappent totalement au fonctionnement démocratique et une société du mépris insensible aux souffrances humaines, les jeunes congolais assistent impuissants à la ruine de leur pays, par des politiciens occupés à s’enrichir, à amuser la galerie, à surveiller et à punir. Devant cette triste réalité, notre présente réflexion, nous la lançons à la fleur de notre peuple : la jeunesse, sous réserve de sa probité intellectuelle et de son patriotisme ; quelles que soient les convictions idéologiques et positions politiques des uns et des autres. Elle est simple : la renaissance africaine au sens que lui donnait Cheik Anta Diop, passera par l’autonomisation politique des jeunes, contre le non sens, les absurdités et le parasitisme des paysages politiques africains, et congolais en particulier. Pour arriver à cette autonomisation, nous appelons à son unité pour rendre possible le grand dessein de la reconstruction nationale et de la renaissance Africaine.


Au cœur de l’Afrique, il existe des régions où la nature semble avoir, à dessein, managé un abri pour un peuple prédestiné. Elles sont là, avec leurs formes carré, traversé par un majestueux fleuve, une forêt immense, une terre extraordinairement riche, et extrêmement diversifiée quant à ses habitants comme un perpétuel défi jeté à la tempête et au destin. Nuit et jour la brume les enveloppe à la façon d’un linceul; je ne sas quoi de mélancolique y plane autour du paysage. Congo (Kongo), tel est le nom donné à ces terres. Partout la nature parait dire à l’étranger : ce lieu est sacré; et à l’homme du pays : regarde ces terres, prends-en soin, et sois de par le monde, l’apôtre de la renaissance de l’Afrique. Apôtre de la renaissance de l’Afrique, mais pas seulement.

En fait, les terres du Congo furent faites pour être une féerie. Mais quand on regarde ce qu’il est devenu, l’attrait cède à la répulsion, la déception saisit le cœur. On réalise que ce beau pays a été gâté par les hommes, que cette terre si riche et si généreuse ne porte que des misères, que ce ciel si pur abrite des horreurs, que dans les palais logent toutes les dépravations, au milieu de ce grand calme de la nature, on devine les hypocrisies de l’égoïsme, et, à travers les parfums des fleurs de nos forêts, on sent l’odeur de la corruption totale. On voit vite un peuple en décomposition : le désordre, la cupidité, l’ambition, les vices, les crimes, tout cela grouille dans les ruisseaux fangeux qui verse leur impur tribut dans les nobles eaux d’une terre bénie. Et à mesure que l’observation pénètre plus profondément dans les bas-fonds de la vie de Kinshasa, il reste altéré devant cette pourriture dont il ne trouve jamais les limites et qui a rongé lentement ce beau pays, en ne lui laissant que les apparences de la vie. En cause donc, une crise sanglante des leadership.

Crise de leadership et politique du ventre

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La classe politique congolaise a montré ses limites dans la gestion de la Patrie. Anciens rebelles/assassins coupables des grands crimes, accompagnés des tiers instruits surdiplômés, ont pris en otage notre pays. Écervelés, sans vision, sans projet et sans amour pour la patrie, ils ne voient tous dans le Congo qu’une opportunité à exploiter. Au lieu de cultiver la cohésion nationale, ils la tuent et ne l’évoquent que pour leurs intérêts immondes, ces prédateurs que nous adulons ! Ils laissent crouler dans la médiocrité notre système éducatif et envoient leurs enfants en Occident. Ils défendent des gros titres creux, et sont contents de nous voir désirer l’étranger au lieu de nous battre ensemble pour rendre excellent ce qui nous sommes et ce qui nous appartient. C’est le peuple d’abord quand ils n’ont rien ou veulent être élus, mais c’est leurs familles, des paradis fiscaux, des mines et des contrats opaques, des salaires et des avantages fous qu’ils s’accordent pour des jours heureux des leurs et d’eux-mêmes dès qu’ils sont au pouvoir, à la mangeoire.

En même temps, la jeunesse congolaise consacre ses belles années au service des caciques dans les partis politiques devenus des chambres d’abrutissement. Ils en sortent bourrés des préjugés stupides et anti-nationaux car uniquement opportunistes et séparatistes dans le fond pour certains, avec une vision tordue de la politique et de la gestion de la chose publique, le choc d’ambitions voraces prenant place au choc des idées et du sacrifice de soi pour le bien commun. Ces vautours politiques perdent ainsi la jeunesse congolaise dans un néant existentiel, et la font oublier sa véritable mission. C’est dire que le rôle que font jouer aux jeunes les tenants du système politique de prédation actuel est celui où non seulement il faut que nous nous épuisions de privations et de fatigues à leur service, mais encore ils veulent que nous assurions leur influence et leur popularité, jusqu’à des luttes fratricides sans que rien ne change dans le pays quand nous crevons de misère, le temps que nous fassions comme eux, quand notre tour d’être à la mangeoire arrivera !

L’audace de l’autonomie

Eh bien, direz-vous, que faut-il faire? Et nous répondons : notre devoir est déjà tracé. Comme ce lion qui à un tigre qu’il devait combattre tint ce langage : “Frère, ma griffe est prête, ose donc m’attaquer ! Mais crois-moi, au lieu de nous manger l’un autre, mangeons l’empereur qui nous pousse à nous combattre!”, disons à nos frères de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud : mangeons les maitres du système qui nous vampirise, les suppôts de la classe dirigeante qui nous écrase, supprimons-la, c’est elle notre premier ennemi ! Plus précisément, il nous faut prendre le contrôle de notre système politique pour une nouvelle vision sociale, un nouveau pacte politique et citoyen, pour une vigilance permanente sur les enjeux stratégiques, politiques, géopolitiques, géoéconomiques, sécuritaires, éducatifs, sociaux, économiques et civilisationnels de notre mère Patrie.  Certes, une telle tâche est trop lourde, mais nous savons aussi que la force d’inertie brave tous les assauts. Pour arriver à réaliser la transformation souhaitée, nous pensons qu’il y a deux moyens d’y arriver.

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Premièrement, la jeunesse congolaise doit s’assigner un but et s’engager résolument pour l’atteindre, faire tout son devoir sans faiblesse et sans remords pour l’atteindre, et mener une lutte énergétique et incessante contre les tenants de l’ordre politique qui enfante tant de misères et de désespoirs, et qui sont les seuls responsables de tant d’infamies, en s’autonomisant politiquement. Elle accomplira alors sa mission sans compromission. En fait, pour réaliser la prophétie de Lumumba, nous croyons que la République Démocratique du Congo ne sera libre que le jour où la classe politique actuelle sera chassée de ses positions politiques et économiques  et que tout ce qui a été arraché au pays par la guerre, la ruse et le vol lui sera remis, dans un nouveau pacte républicain. Nous croyons enfin que, par suite des résilience de notre peuple, la réalisation de notre idéal politique et social ne s’accomplira que par la révolution d’où la nécessité pour les jeunes, groupés dans un grand mouvement révolutionnaire de conquérir le pouvoir pour une nouvelle société libre, pacifiée et guidée vers les hauteurs sereines où règne l’immanente Justice.

Deuxièmement, il s’agit de compter sur l’individu. Il revient en effet à chacun de se transformer en se formant durement et en développant une culture des valeurs qui le rende incapable de se conformer au système qui nous a tous ruiné. Chacun de nous se fera donc aussi le porte parole de la pensée (et non des hommes) du parti dans lequel il a pris place sans se laisser influencer par les calculs mesquins des chefs des partis, les attaques injustes, les divergences d’opinions et de tactique, mais combattra les mauvaises de l’intérieur. Aux élections, chacun de nous exigera alors des candidats décidés à représenter le Congo que notre jeunesse veut, des candidats décidés à ne pas faire de leur siège un gradin pour sauter sur des opportunités, mais à s’en tenir au plus grand honneur qu’un homme puisse avoir, celui de représenter l’âme de la révolution et de l’Afrique renaissante.

Autonomie, pour quel projet?

Il nous faut un gouvernement qui a à la fois le pouvoir et la responsabilité, une économie et une justice indépendante des caprices des politiciens, une éducation et une armée consacrée autant que l’agriculture comme axes prioritaires, et la fin de la république des privilèges par une justice véritablement indépendante. Il nous faut une politique économique intelligent et pratique, il faut une constitution protégeant les valeurs fondamentales dont les valeurs de la famille et de la vie contre un progressisme maladif qui veut emporter tout le monde dans sa folie. Mais le préalable, est bien qu’il faut en finir à la classe politique actuelle. Puisque la résistance et l’unité sont les conditions premières à l’avènement de cette rupture, nous en déduisons que reconstruire notre pays consiste donc à résister, à nous organiser (de nous autonomiser), et à libérer notre peuple, tout en ayant une idée claire de ce que nous allons faire pour le Congo Nouveau.

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Un concept a su résumé le cadre politique et philosophique où les jeunes qui reconstruiront l’Afrique et la République Démocratique du Congo peuvent trouver tout ce dont ils ont besoin pour un projet politique : celui de la Renaissance africaine. Ce concept a été développé à partir de 1946 par Cheikh Anta Diop. Il a été employé de façon explicite en 1948 dans l’article : «Quand parlera-t-on de Renaissance africaine?» publié dans le recueil Alerte sous les Tropiques. Cheikh Anta Diop entend par là plusieurs choses : la conscience historique africaine, fortifiée par la connaissance approfondie et autonome de tout le passé culturel africain ; le dialogue fructueux des Africains avec leurs propres héritages culturels, danses, musiques, littératures orales et écrites, valeurs esthétiques, valeurs sociales ; langues africaines ; et la nouvelle créativité des Africains dans le monde d’aujourd’hui où il s’agit non seulement de “recevoir” mais aussi de “donner”, de “participer”, de “construire”, d’”agir”. La Renaissance africaine est donc à la fois une vision du monde et une manière d’être et d’avoir, une manière d’exister, une manière de vivre, de re-construire l’Afrique. La Renaissance africaine est la renaissance d’une Afrique qui doit dépendre d’elle-même, qui a vocation d’être elle-même et non asiatique, non américaine, non occidentalisée.

Thabo Mbeki précise le concept de Renaissance africaine dans son discours «Je suis un Africain» («I am an African») en mai 1996 en Afrique du Sud à la suite de l’adoption d’une nouvelle constitution : “Je suis né d’un peuple qui sont des héros et héroïnes […] Patients parce que l’histoire est de leur côté, ces masses ne désespèrent pas car aujourd’hui, le temps est mauvais. Pas plus qu’ils ne se tournent triomphalistes quand, demain, le soleil brille. […] Quelles que soient les circonstances qu’ils ont vécu et grâce à cette expérience, ils sont déterminés à définir eux-mêmes qui ils sont et qui ils devraient être”. En avril 1997, Mbeki articule les éléments composant la Renaissance africaine : démocratie, reconstruction et croissance économique, et mise en place de l’Afrique comme un acteur important dans les affaires géopolitiques.

En 1998, il fait une articulation éloquente de la construction d’une Renaissance africaine : L’appel au renouveau de l’Afrique, à une renaissance africaine, est un appel à la rébellion. Nous devons nous rebeller contre les tyrans et les dictateurs, ceux qui cherchent à corrompre nos sociétés et à voler la richesse qui appartient au peuple. … Nous devons nous rebeller contre les criminels ordinaires qui assassinent, violent et volent, et mener la guerre contre la pauvreté, l’ignorance et l’arriération des enfants d’Afrique. … Le moment est venu de mettre un terme à la déification apparemment socialement approuvée de l’acquisition de richesses matérielles et à l’abus du pouvoir de l’État pour appauvrir le peuple et priver notre continent de la possibilité de réaliser un développement économique durable. L’Afrique ne peut se renouveler là où ses échelons supérieurs ne sont qu’un parasite du reste de la société, jouissant d’un mandat autoproclamé pour utiliser leur pouvoir politique et définir les usages de ce pouvoir de telle sorte que son exercice assure que notre Continent se reproduise comme la périphérie de l’économie mondiale, pauvre, sous-développée et incapable de développement. Bien que l’appel de Mbeki à une renaissance ait été critiqué dans certains milieux ; pour n’être qu’un simple slogan de campagne politique et pour s’appuyer sur des principes économiques néolibéraux, les intentions d’un appel clair à une renaissance sont indéniablement brillantes et opportunes (Makalela et Sistrunk 2002).

En résumé, l’Afrique de la Renaissance africaine doit être fière d’elle-même, se penser elle-même, elle doit être construite en se nourrissant de la pensée et des œuvres de ses grands esprits. Cela implique qu’une Renaissance africaine est un appel crucial pour concrétiser les rêves et les aspirations non satisfaits des peuples africains. La Renaissance africaine représente donc la reconnaissance des échecs en partie ou en totalité pour réaliser les rêves du panafricanisme et du nationalisme africain, désirant ainsi combler les lacunes.

Alors la question : notre jeunesse, est-elle capable de faire cette révolution? Après une analyse très poussé des différents classes, des diverses formes d’esprit, des divisions plus apparentes que réelles semées entre les congolais par les ténors de cette politique prédatrice, la réponse est : oui nous en sommes capables. L’unité dans l’action de la jeunesse congolaise autour d’une nouvelle vision, n’est pas impossible. Et notre oui est sans ignorer que ce qui nous manque : des vrais leaders porteurs de ce combat, et le sursaut des intellectuels. Ce que nous avons compris, est qu’au lieu de chercher ces leaders là où ils sont (dans leurs actions individuelles, dans les groupes éclairés mais qui manquent des finances), la jeunesse congolaises les cherche ces leaders où ils ne sont pas (dans les partis politiques, parmi les ambitieux et les aigris qui guettaient et guettent encore les places dans les gourdes puissants, dans la société dite civile et dans les églises, bref parmi ceux qui ont déjà prouvé leur incompétence totale, qui ont l’argent et rien d’autre).

Unifier les consciences ?

Assurément, n’être pas d’accord est une loi humaine par excellence. Elle se manifeste à son maximum d’intensité dans les périodes de gestation laborieuse des sociétés en marche vers l’équilibre, vers l’harmonie, comme la nôtre. Loi matérialiste, sans conteste, puisqu’elle découle, comme toutes les autres, des milieux, du heurt des tempéraments, de la conformation cérébrale, de la capacité acquise de réflexion; en un mot, d’une foule de circonstances qui, toutes, agissent impérieusement, à des degrés différents et sous des formes variées à l’infini. Et la lutte des idées ne se confine seulement pas entre ces grandes catégories qui s’agitent fiévreusement, mais encore, elle se manifeste d’une façon parfois plus intense, plus âpres, plus implacable, entre hommes poursuivant un même but. Ainsi, on est pas d’accord, parce qu’on est les uns conservateurs, d’autres progressistes timides, d’autres progressistes résolus, mais pacifiques, d’autres, enfin, révolutionnaires sous des rubriques différentes.

On nous objectera donc qu’elle est vraiment étrange la prétention de vouloir régenter les cerveaux, de les vouloir tous façonnés au même moule, et de ne concevoir qu’on puisse, à côté, penser autrement. Nous répondons que malgré nos différences, nous avons tous un idéal commun qui est l’émancipation complète de tous les congolais et la prospérité de notre Patrie, d’une part. D’autre part, nous soutenons que le mouvement d’une jeunesse consciente relève de la nécessité et de la raison – du bon sens – et que les divergences ne portent généralement que sur des points de détail qui se noient et disparaissent dans les théories générales et les aspirations du peuple congolais assoiffé de justice, de paix, de liberté et de prospérité – qui sont nos aspirations communes et donc une raison suffisante de rupture avec la classe politique actuelle et de convergence dans notre action. Car, nous comprenons bien que nous sommes différents, et qu’il est possible que nous, jeunesse, nous ne nous mettions pas d’accord sur le modèle de structure à construire pour relever le défi, mais nous comprenons aussi, que sans une rupture avec l’ordre néopatrimonial, sans nous organiser, dans un monde qui tend vers l’eugénisme et le transhumanisme, notre disparition n’est qu’à attendre pour peu de temps.

Conclusion

L’autonomie politique que nous souhaitons vivement pour la jeunesse de la République Démocratique du Congo n’est pas un abandon face à la difficulté de la situation : elle est au contraire une prise de distance qui autorise à refonder la réflexion politique hors des référentiels imposés de la colonisation puis du néopatrimonialisme ambiant en Afrique. Elle est un choix d’autant plus urgent que les discours dominants se développent sur un argumentaire technique et que les technostructures imposent effectivement une certaine organisation politique et sociale qui n’apporte pas des réponses véritables aux souffrances passées et aux défis du futur de notre peuple. Puisque des alternatives politiques ne peuvent émerger que dans des espaces suffisamment autonomes pour changer à la fois les sujets traités et la façon de les poser, cette autonomie ne signifie donc pas sortir du champ politique, mais trouver une voie politique originale, crédible et intelligente pour sortir le pays des cadres inefficaces existants par la mise en œuvre d’un nouveau projet de vie commune. La jeunesse africaine en général et congolaise en particulier, doit arriver à le faire, si elle veut sauver son avenir.

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